SCENE ÏIÎ
Les Précédens , MICHELEMMA, /7a<s
LE MABQi;iS DE RUFFO.
MiCHELEMMA, entrant en scène. Luidgi !
Lnidgi! bi)i ne nouvelle!..
LUIDGI. Ah! te voilà, piccoline... qui te fait si joyeu'^e?
MICHELEMMA. La nouvellc que je t'apporte. Je viens le dire qu'à compter d'au- (our<rhui, tu fai< partie de la maison de la signora Ihéodora... en qualité de gondolier de confiance.
LUIDGI. Per Bacco!
MICHELEMMA. Eh bien? es-tu content?
LiiiuGi. Oui, certainement, pour mon coips... qui trouve une coiidilion fort agréable... niai» je t'avoue que je sois diablement inquiet pour mon ame.
MICHELEMMA. Oh! povcro!.. Mon Dieu!
voilà encore le. marquis.
LUIDGI. Quel maniuis?
MICHELEMMA. Lc uiarquis de Ruffo : c'est moi qu'il cherche.
niDGi Comment, c'est toi qu'il cherche , (lis-tu?
MICHELEMMA. Oh ! rassurc-loi. jaloux...
ce n'e^t pas pour moi qu'il me cherche.
LUIDGI. El il fait bien...
MICHELEMMA. Comment cela?
LUIDGI. Parce que s'il s'était permis de jetei- le-i yeux sur tid.,.
MICHELEMMA. AlorS?
LUIDGI. Il aurait eu .iffaire à un homme qui depuis long-tcm ischerchel'tjccasion...
M'CHELEMMA. Eh bieu ! mon ami, elle se pi ésent"...
LUIDGI. Hein ?
MICHELEMMA. Et tu douneras en même temps à ta nouvelle maîtresse une preuve de ton dévouement... dont elle te sera fort recoimais.-ante.
LUIDGI. Explique-toi.
MiCHhLE.MMA. Ce jeune seigneur poursuit la signora Théodora à toute heure , en tout lieu.
LUIDGI. Et que veut-il d'elle?
MICHELE.1ÉMA. Son auiour.
LUIDGI. Esl-il liche !
MICHELEMMA. Oui.
LUIDGI. Alors qu'il l'achèle.
MICHELEMMA. Oui; mais il n'est que cela... Tiens, le voici...
Le marquis de RuflTo etitre en ayant l'air de chercher quelqu'un.
LUIDGI. Ah ! je trouve qu'il est très bien, ce jeune seigneur.
MICHELEMMA. Comment?
LUIDGI. Qu'il a l'air très noble, et que ta maîtresse a grand tord de le dédaigner.
HiCBELEMMA. Maj3 Cela ne nous regarde pas, et du moment qu'elle nous ordonne...'or je dis nous, maintenant que tu es à son service... du moment qu'elle nous ordonne de la dt'barasser d'un importun...
ti'iDGi. Ta maîtresse n'a pas le droit d'empêrlier qu'uu gentil homme d'une ausiii noble maison que celle dont soit le marquis de iluffo...
MiCHELEMMA. Veux-îu quc je te dise une cbose , Liiidgi ?
LtllDGI. Dis.
MicBELEMMA. Et que je te parle franchement?
LiiDGi. Franchement...
MICHELEMMA. ïu es un poltron...
LriDGi. Moi !
MICHELEMMA. Oui, tOi... et si quelqu'un veut in'ufl'iir le bras et me débar.i.-,'"er de ce jeune homme, je lui do'^nerai à lui te que )'e l'auniis flnnné à loi.
iriDGi. El que m'aurais-tu doimé?
MicuELEMMA. L' u bai-cr... uinsi que l'on me donne un bras, et vous veriez si je suis de parole.
LE BRAVO, allant d elle et lui offrant son bras. Voilà ce que vous demandez, mon enfant.
MICHELEMMA. Comment! votre Seigneurie lonsentirait...
LE BRAVO. Cerlainemeut.
MICHELEMMA. Merci.
iiiDGi, s'éloignaiit. Encore ce diable d'iiomnie.
RTFFO, nperceva?it Michelemma. Ah! je ra{)erçois enfin.
MICHELEMMA. Il vicut à HOUS.
LE BRAVO. Ep irgnons-lui la molié du chemin.
LE marqdis. Ah! te voilà enfin, ma charmante...
MICHELEMMA. Mon Dieii!.. monsieur le maïqnis... me tourmenterez-vous donc touj(ini> ?
LE MARQUIS. ïoiijours, jusqu'à ce que tu te sois chargée de remettre celle lettre[à la signora.
uicdELEMMA. Mais, mo!!sieur le marquis, je ne le puis pas, vcus le savez bien...
LE MAUocis. Pourquoi?
MICHELEMMA. Je VOUS ai déjà dit que ma maîtresse me l'avait défendu.
LE MARQUIS. Et pourquol te l'a-t-elle défendu?
MICHELEMMA. Parcc qu'elle ne vou3 aime pas.
LE MARQUIS. Et pourquoi ne m'aime-telle pas ?
LE BRAVO. Parce que vous êtes un fat.
LE MARons, reculant cf'inpaa, Siguor...
LE BRAVO, s'arancant d'un pa'^. M uqiis
MICHELEMMA, Se flelackaiit des bras da Btavo. O mon Dieu !
LE MARQri.-., tirant son épee à demi. Vous avez dit là de ces paroles qui font sortir une épée du fourreau.
LE BR*vo. Et je vais en dire d'autres qui l'y feiont rentrer: marquis de Rntfo, votre oncle le sénateur q.ii élait si riche, et dont vous étiez le seul héritier, est moit bien vite, et a élé enterré bien prnmptement...
LE MARQUIS. Que ditCS VOUS?
LE BRAVO. Je dis que si les ensevelisseurs avait regardé au-dessous du sein gauche...
LE MARQtiis. Silence!... au nom du
ciel...
Il repousse son épée.
LE BRAVO. Je vous-l'avail bien dit...
LE MARQUIS. Mais qui êtes-vous donc pour savoir de tels «ecrets , mon maître?
LE BRAVO. Un riche marchand du golfe Persique, qui suis venu à Venise par Bagdad et Jérusalem, et qui pendant les nuits de marche me suis amusé à lire dans les étoiles... [Se retonrnanl.) >lichelemma!
MICHELEMMA. MoilSC ignCur. ..
LEBRivo, Sois tranquille, lu n'as plus rien a craindre de ce jeune homme...
MICHELEMMA. Voici uui maîuesse , permettez...
LE BRAVO. Ah!., la belle Théodora... l'Aspasie de notre époque, qui pi end le siècle de Jules II pour celui de Périclès , Venise, pour Athènes, Bellamonte pour Alcibiade.