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SCÈNE Ili

Les Précédens, THÉODORA.

Grande rnineur au fond. Les masques s'agitent. On entend circuler le nom de Tliéodora : elle paraît entourée de plusiers jeunes gens, tous masqués.

BELLAMONTE, marchant à sa rencontre.

Ah! madame, vous êtes comme l'étoile de Vénus, qui se lève la dernière et la plus belle...

THÉODORA. Ah ! c'est vous, comte... sans rancune... je suis si heureuse ce soir que je veux que tout le monde soit heureux.

RUFFO. Vous avez dit ù Bellamonte..

sans rancune... me direz-vous encore sans espoir, à moi ?

THÉODORA. C'est VOUS , marquis... l'espérance est une des vertus théologales... conservez-la comme je conserve sa sœur la charité...

ROFFO. lime manque la foi...

THÉODORA, lui tendant la main. Je vous la donne.

RUFFO, lui baisant la main. Oh! madame...

BELLAMONTE. Il n'v û donc que moi qui resterai malheureux!..

THÉODORA. Vous, comtc... oh J dangereux comme vous l'êtes. ..vous seriez le dernier des hommes que je voudrais aimer.

BELLAMONTE. J'attendrai mon tour.

TBÉoDOiiA, regardant le Bravo. Hein!., mais quel e?t ce seigneur qui vient chez moi à visage découvert?

BELLAMONTE. Vous qui conuaissez Venise toute entière... tirez-nous d'embarras, iriadame, et dites-nous qui il est?

THÉODORA. Je ne le connais pas... Votre Seigneuiie nous a fjit l'honneur de venir à notre bal et nous la remercions.

LE BRAVO. Sans être invité...

THÉODuRA. Nous l'en remercions deux fois alors... et il nous amène une compatriote...

LE BRAVO. Qui vient de la patrie de Laïs pour avoir Aspasie...

THÉODORA. Mais c'est une rivale que vous nous dénoncez.

LE BRAVO. Non, c'est une élève... qui a besoin d'expérience et de conseils , et qui vient demander la lumière au soleil...

THÉODORA. Je regrette que nous n'ayons point là deux danseurs cypriotes, pour exécuter devant elle cette danse d'amour qu'on appelle la Pyrrhique et qui lui rappellerait les souvenirs de son pays... mais nous avons fait venir d'Espagne, de Séville en Andalousie, deux merveilleuses créaliire... qui dansent , dit-on , à ravir, le boléro... la danse de la volupté...

VIOLETTA. Quel langage! mon Dieu!., et où suis-je ?

LE BRAVO. Taisez-vous...

THÉODORA. Holà! mes gilanos. .. nous sommes gens de plaisir et d'amour comme vous... nous avons un soleil chaud comme le vôtre... qui fait nos têtes ardentes et nos cœurs brûlans... allons, vos danses andaloui-es, qui rendent envieuses la valse tudesque, la mazurque polonaise et la tarentelle napolitaine...

Tout le monde se range en cercle .* les danseurs

espagnols exécutent le boléro au milieu des cris

et des bravos des jeunes seigneurs; Violette cache sa lète sur la poitrine du Bravo.

LE BRAVO. Dites donc à cette enfant timide de regarder cette danse : dites-lui que si elle veut marcher sur vos traces... il faut qu'elle y habitue ses regards trop candides...

ao

THÉODORA. Allons, ma belle Athénienne aux pieds nus, regardez donc cette danse...

vioLETTA. Alors donoez-moi votre masque, madame; car bientôt mon voile ne suffira plus pour cacher ma rougeur.

LE BRAVO. Je vous ai dit que nous venions chercher des leçons, madame, et vous avez commencé par des exemples.. .

que la voix réparc la faute des yeux... Aspasie prêchait l'ait qu'elle exerçait... les jardins et les palais d'Académus étaient moins riches et moins resplendissans que les vôtres... Allons, Aspasie, allons, AIcibiade, Périclès vous écoutent et Socrate est, je l'espère, consigné à la porte.

BELLAMONTE. Théodora , ïhédora , vous entendez.

RUFFo. C'est un défi , madame.

THÉODORA. Que j'accepte, messieurs.

TOCS. Allons, allons, Aspasie!

THÉODORA. Aspasie ne peut parler que dans la langue de Sapho. Michelemma, ma harpe.

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