STROPHES
Cesse d'être muette, ô ma harpe fidèle! J'ai besoin de tes sons ponr soutenir ma voix ; Comme si le plaisir l'effleurait de son aile , Que la corde s'éveille et chante sous mes doigts. Verse des voluptés l'ardente frénésie Aux cœurs où ses désirs sont encore inconnus. Grecs, écoutez, c'est Aspasie Qui chante l'Amour et Vénus.
Non pas ce jeune amour au long regard timide Qui sur l'objet aimé n'ose lever les yeux. Et qui laisse le temps, vieillard sombre et rapide, Lui ravir incomplets ses jours les plus joyeux ; Mais l'amour inconstant aux flammes infidèles. Papillon pour lequel les femmes sont des fleurs. Qui s'y pose un seul jour, de peur que de ses ailes Les pleurs du lendemain n'altèrent les couleurs.
Non pas cette Vénus, déesse antique et pure, A qui Lacédémone a dressé des autels, Pudique déité, qui de sa chevelure Voile son corps divin aux regards des mortels ; Mais celte autre Vénus, déesse échevelét; , Que célèbrent en chœur Amathonte et Paphos: Maîtresse d'Adonis le jour dans la vallée, Maîtresse de IMiœbus la nuit au fond des flots.
Enfant, voilà quel dieu, voilà quelle déesse Doivent se partager notre encens et nos vers. De leur culte avec moi je te sacre prêtresse, Et pom- l'initier nos temples sont ouverts. Choisis sf'lon ton goût, quitte à ta fantaisie Achille pour Hector, Ménélas pour Paris.
Voilà la leç(m qu'Aspasic
Donne à sa rivale Laïs.
LE BRAVO. N'as-tu rien de plus à dire.^
THKODORA. Ricu : j'ai fini.
LE BRAVO. Démon de l'abîme! as-tu tendu tous tes filets... pour que cette aine blanche et candide ne puisse l'échapper?
THÉODORA. Tous.
LE BRAVO. Alors ilest temps que la leçon finisse. Dieu, lui fera porter ses fruits^ je l'espère... Yioletta, {Arrachant le masque de Tliéodora.) voilà ta mère... Théodora, (// relève le voile de Vloletta.) voilà ta fille!
THÉODORA. Grand Dieu!
LE BRAVO. Oui... celle qui le réclame, mon enfant...
VIOLETTA. Oh! non, non^ c'est impossible.
LE BRAVO. Dis-lui donc que tu es sa mère... tu vois bien qu'elle ne le croit pas.
BELLAMONTE. La jeune fille du pont de la Paglia; parbleu, ici elle sera moins cruelle, j'espère.
RTJFFO. C'est qu'elle est vraiment merveilleuse; et où nous cachiez-vous ce diarnant, Théodora ?
THÉODORA. Mon Dtcu ! mon Dieu !
BELLAMONTE. Maintenant, jeune fille...
maintenant que tu as reçu ta leçon.
THÉODORA, avec expression. Messieurs...
que pas un de vous ne souille cette enfant de la parole ou du regard... cet enfant, c'est ma fille, c'est vrai... oui, je suis ta mère.
VIOLETTA. Ah !
THÉODORA. Messieurs, au nom de vos mères et de vos sœurs, respectez cette enfant.
BELLAMONTE, Yous l'entendez tous : respect à la fille de Théodora.
Chacun rit.
THÉODORA, se ye^/e sur Vloletta \io\QUci, mon enfant, ma fille... oh! viens là... viens là, c'est le cœur d'une mère, viens dans mes bras et que ces jeunes insolens osent t'y poursuivre.
BELLAMONTE. Voyous, asscz, asscz, Théodora, tout le monde s'attriste, la musique se tait, les luîiiièrt's elles-inCMiies semblent pâlir... Allons, dis à la musique déjouer, à la danse de bondir... Prends la main du marquis de lUiffo, et laisse-moi celle de tu fille.
THÉODORA, se relecaut. Comle de Bellamonte, je vous ai prié, supplié, démandé grâce... Dieu m'tOt pardonné à votre place, et vous ne me pardonnez pus ; vous continuez de m'insulter, d'insulter une femme qui pleure... Comte de Bellainonte, vous êtes un lâche; comte de Bellamonte, je donnerai inavie, mon éternité, tout, excepté ma fille, pour être un homme ; car alors, je vous jetterais ce masque au visage comme je le fais !
BELLAMONTPi. Madame...
TBÉoDORA, Sortez, messeigneurs, sortei tous ! pour les uns je supplie, pour les autres j'ordonne... Il n'y a plus ici ni bal ni fête... Laisser une^nère pleurer avec sa fille, une fille avec sa mère.
BELLAMOKTE, l'iant. MarquIs , un mot. 11 parle basa RufTo et semble seconcerter aveclui.
LE BRAVO. Violetta, voilà la mère, voilà ton prolecteur! Resies-tu avec elle; re- TÏens-tu avec moi : prononce.
THÉODORA. Oh! lu vois bien qu'elle est mourante; laisse-la-moi, laisse- la-moi, ne fût-ce que jusqu'à demain; et demain, si elle veut me quitter, eh bien, tu l'emmèneras, mais demain... demain mon enfant m'aimera.
LE BRAVO. La laisser ici, au milieu de ces infâmes!
THÉODORA. Ils sont encore là... Messeigneurs, que faites-vous donc ici?
BELLAMONTE, 7-iavt. Nous organiscHS le uadrille de Violetta.
THÉODORA. Assez, Bcllamonfe , assez, Messeigneurs, je vous ai prié de sortir, et vous ne l'avez pas fait... je vous l'ordonne, sortez... et sortez le premier, comte, vous êtes chez moi.
BELLAMONXE. Nous sommes chez toi , Théodora; nous sommes dans une hôtellerie élégante , ou tout voyageur est bien reçu lorsqu'il paie... Nous sommes chez oi, Théodora, (Jetant sa bourse en l'air.)
» le trompes... Faites comme moi, mes-
eurs, nous sommes chez nous.
RUFEO. Bellamonte a raison, nous som-
es chez nous.
THÉODORA. Oh! mon Dieu, mon Dieu!
c'est aussi tropd'oulrages! (fia5.) Violella, ma fille, tiens-toi près de celle porte, nous allons quitter ce palais.
LE BRAVO, Où veux-tu conduirc cet enfant?
THÉODORA, bas. A la maison de Mafïéo, u nous serviras de guide... mais avant...
LE BRAVO. Que veux-lu faire?
BELLAMONTE et RCFFO. Ailons, Tbéodora, le signal de la danse.
THÉODORA. Je vais le donner.. . Vousdemandiez tont-à-l'heur e les airs les plus gais, l'orcheslre vous obéit; les danses les danses les plus folles, commencez-les; vous vouliez des lumières plus ardentes, vous allez avoir une illumination royale.. Place!
Elle va fîans une des salies, met Te feu et revient en scène en jetant son flambeau dans une autie salle. — Gri d'effroi.
BELLAMONTE. Ou'aS-tU fait ?
THÉODORA. Rien , j'ai rallumé les lumières qui commençaient à s'éteindre.
CRIS. Au feu ! au feu !
THÉODORA. Maintenant, restez, messeigneurs, vous êtes chez vous.
Tumulte, confuision.
FIN DU T&OISIÈME ACTE