SCÈNE I
GIOVANNI, appuyé contre une colonne qui donne sur le canal, THÉODOIVA, ouvrant la porte intérieure.
THÉODORA. Giovanni, Giovanni, qu'atlends-lu là ?
GIOVANNI. Luidgi.
THÉODORA. Mais viens auprès de nous....
et lorsque Luidgi sera arrivé , il nous préviendra.
GIOVANNI. Non, non, ii faut que je rn'assuie, sans perdre un instant, car je n'ai pas un instant à perdre ; il faut que je m'assure qu'il a suivi fidèlement toutes mes inslructions; que je lui indique la place où il doit m'atlendre, afin que je sois sûr de pouvoir l'y trouver, et que nous parlions aussitôt.
THÉODORA. Et où irons-uous.
GIOVANNI. Je n'en sais rien... au bout du monde, s'il le faut... tu dois être aussi désireuse que moi de quitter Venise... Venise dont le séjour, d'ailleurs, n'est plus sans danger pour toi.
THÉODORA. Mais pourquoi avoir deman-
dé à Luîdgiiine gondole assezgrande pour contenir cinq personnes, lorsque nous ne sommes que trois.
GIOVA^NI. Théodora, il faut que j'embarque avec moi les anneaux de la chaîne qui m'attache à Venise.
THÉODORA. Rie répondras-lu donc toujours par ce langage mystérieux que je ne puis comprendre?.. Tu me caches quelque secret horrible.
GIOVANNI, ileloiirneprès de lafille, Théodora, près de notre fille... et dis-lui de te r;iconter une histoire que je lui ai dite, celle d'un Bravo de Venise.
TiiÉODORA. Oh! puisque tu viens de prononcer ce nom de Bravo... laisse-moi le demander ce que lu as de commun avec cet homme exécrable.
GinvANM. Moi, moi!
THÉODORA. Es-tu SOUS Ic poids dc quelque proscription.
GIOVANNI, lienlre, Théodora!
THÉODORA. Je ne sais pourquoi... il me semble que je suis enchaînée ici, et que je ne quitterai pas Venise; Venise la ville maudite.
GIOVANNI. Onze heures bien lof... Rentre, je t'en supplie, et sois prête à partir lorsque je l'eu donnerai le signal... car alors un instant de retard pourrait nous perdre tous.
THÉODORA. Sois tranquille, nous serons prêtes.
GIOVANNI, la poussant. C'est bien; c'est bien.