SCENE VIL
SALFIÉRI, THÉODORA, TIOLETTA, MICHELEiMMA.
MiCHELEMMA, Sortant avec précaution. Personne, madame, personne que Luidgisans doute, car sa gondole est aui.irré.
VIOLETTA. Oh! ma mère, de grâce, prcnous un moment l'air sous ce veslibulc , la soirée est brûlante, et l'on élouffe dans cet appartement.
THÉot)ORA. C'est une histoire bien étrange que celle que tu m'a^ racontée.
VIOLETTA. Et c'est uu liomuie bien malheureux que le héros de cette histoire.
thÉodora. Oui, mais ainsi est faite VeuiM, mon enfant... ville maudite, ville de pjai-ir, de pleurs et de sang. Oh! réjouisloi , ma fille, nous allons la quitter.
VIOLETTA. Pour n'y plus revenir, ma mère?
THÉODORA. Oh ! jamais, jamais !
VIOLETTA. 31oij Dieu!
TBÉonoRA. Des regrets, des larmes, mais ton père et moi nous t'accompagnerons, mon enfant, que peux-tu pleurer, que peux-tu regretter en quittant Venise?
VIOLETTA. Oh! ma mère... celui que je pleurais, celui queie regrettaisen quittant Gênes.
THÉODORA. Ce jeune homme dont m'avait p;irlé JMafféo, et que je craignais que tu n'aimasse?, lorsque je l'ai rappelé près de moi... mais il est ù Gênes.
VIOLETTA. Il est à Venise, ma mère.
THÉODORA. Et tu l'as revu?
VIOLETTA. Hier.
THÉuDORA. Imprudente enfant que tu es, d'avoir donne ainsi ton cœui... cartu l'aimes.
VIOLETTA. Oh! oui.
THÉODORA. A un hommc qui ne t'aime pas, peut-être.
VIOLETTA. Il ne m'airaepas, lui, ma mère! Salfiéri ne m'aime pas! oh! écoutez... Il était prosoritpar le Conseil de Venise, ce tribunal de mort qui ne pardonne pas : sa tête était à prix ; eh bien ! sur une simple indication, d'après un mot gravé avec un diamant sur une glace, il m'a suivie, ma mère, il m'a suivie à Venise, dont l'air seul doit lui être mortel ; poignard de sbire, échafauddela place publique, mort cachée, mort infamante, il a tout bravé, tout pour moi... m'aime-t-il, ma mère?
croyez-vous qu'il m'aime?
THÉODORA. Pauvre enfant?
VIOLETTA. Comprenez-vous maintenant?
il faut que je quitte Venise à l'instant, sans le lui dire, sans aucun moyen de savoiroù je suis ! Venise où il va rester, seul, proscrit et désespéré; et partir, partir... ma mère, oh! ma mère, dites-moi, pourquoi faut-il que nous parlions ?
THÉODORA. Je ne le sais pas moi-même , c'est ton père qui le vent, mon enfant; lui seul peut te dire ce mystère, l'expliquer ce secret... seulement, il fautquecc soit un mystère profond, un secret terrible... car i! paraissait bien agité, car i!
était bien pâle, car sa voix était bien altérée.