SCÈNE VIII
Les Mêmes, GIOVANNI.
GIOVANNI, sourdement. Théodora.
THÉODORA. Ecoule, le YOÏlà.
GIOVANNI, pâle et défait. Théodora, ma fille, pas une minute , pas une seconde à perdre : parte z, partez.
viOTETTA. Mon Dieu !
GIOVANNI. Partez, vous dis-je... chaque instant qui s'écoule est une année... Pas un mot, pas une observation : fuyez!
fuyez !
THÉODORA. Mais vous venez avec nous?
GIOVANNI. Je ne le puis, mon Dieu ! oh! c'est ce qui me damue.
THÉODORA. Mais qui te retient à Venise, lorsque nous laquillons?
GIOVANNI. Une chaîue de fer, une cercle de'sang... Voyons, femmes, venez.
THÉODORA. Mais...
GIOVANNI, prenant Vioktta dads ses bras, et remportant vers la gondole. Théodora, veux-tu suivre ta fille?
THÉODORA. Partout, partout!
GiovANSi, près de la gondole. Viens donc alors. (Appelant.) Luidgi ! Luidgi!
SALFiÉRi, paraissant. Me voilà, maître
GIOVANNI. Salfiéri, malédiction! Que fais-tu là ?
SALFIÉRI. Je t'attends.
GIOVANNI, tirant son poignard. Eh bien, me voilà!
vioLETTA. Salfiéri! mon père! mon père!
grâce... [Se jetant dans les bras de Salfieri) Ma mère, ma mère! oh! mais c'est Salfiéri! âidez-moi , défendt^z-le.
GIOVANNI, laissant tomber son poignard.
Oh!
tnioDOï^x, 77iontrant Salfiéri. Lui! lui! le défendre ! El sais-tu qui il est, cet homme exécrable ?
VIOLETTA. Que dites-vous? ■
THÉODORA, l'arrachant de ses bras. Malheureuse, c'est le Bravo!
VIOLETTA, hésitant. Lui, lui, lui, oh, non...
GIOVANNI , prenant Violeita par le bras. Viens, viens.
SALFIÉRI , l'arrêtant par le bras. Arrête.
GIOVANNI. li n'est pas minuit.
sALFiÉRi. Ecoute.
GIOVANNI. Je suis perdu!
SALFIÉRI. La dernière heure est sonnée, elle est éteinte. .. A chacun son nom et son visage maintenant, .. ù toi ce masque et ce
poignard, à toi cet ordre du Conseil que lu n'as plus qu'une heure pour exécuter
THÉODORA. Qu'entends-je ?
SALFIÉRI. Tu t'étais t4 oinpée, Théodora , ce masque n'était pas fait pour nîon visage, {Le collant d la figure de Giovanni.) mais pour le sien.
THÉODORA. Lui! Toi , Giovanni, loi le Bravo!
VIOLETTA. Oh! c'était donc vous qui, pour sauver votre père...
GIOVANNI. C'était moi.
VIOLETTA. Oh! mon père, mon père!
SALFiÉiti. Toi, son père!
VIOLETTA. Oh! Salfiéri... Oh! ne le condamne pas sans m'enfendre.
Elle entraîne Salfiéri, et lui parle à demi-voix.
THÉODORA. Pauvre Giovanni, je comprends tout maintenant.
GIOVANNI. Oui... j'ai cru ua instant, j'ai cru que la vengeance du citi était lasse, je me suis trompé... Le vieillard, réveillé la nuit dans son cachot, n'a pas reconnu son fils... car il est fou, le malheureux... Il a cru qu'on venait pour le conduire à l'échafaud. pour l'assassiner, et quand j'ai voulu l'emporter dans mes bras, il s'est cramponné aux barreaux de sa croisée en crient... Il a crié l'insensé, à ses cris, le gardien est accouru, alors il m'a fallu laisser le vieillard évanoui, mourant, car je l'ai tué peut-être, en voulant le sauver... Je suis sorti, presque fou , presque insensé moi-même, pressé par l'heure fatale. J'ai voulu vous faire partir toutes deux pour vous cacher du moins mon secrel à vous, l'amour de ma fille pour Salfiéri rendait ce dépait pius pressant encore, car la fille du Bravo...
SALFIÉRI. Violeita m'a tout dit : bénissee vos enfans, car vosenfans s'aiment et vous demandent d^êlre unis l'un à l'autre.
thÉudora. Qu'cntends-je ?
GIOVANNI Tu es nn noble jeune homme, Salfiéri.
SALFIÉRI. J'aime Violella.
GIOVANNI, lit tu jures de l'épouser.
SALFIÉRI. Je le jure, mon père, et vous savez si je tiens mes sermens.
THÉODORA. oh! merci, mon Dieu!
GIOVANNI. Ehbien, écoule ! Ellesallaient partir, pars avec elles; ton vaisseau t'attend dans le golfe, m'as-tu dit; quittez Venise tous trois; laissez-moi seul comme un maudit , comme un désespéré que je suis.
théodcra. Oui, Giovanni, oui tu as raison : parlez , mes enfans ; emmène Violetla à Gênes, où tu voudras , Salfiéri,
pourvu que nous sachions où vous êtes et que vous nous aimiez.
viOLETTA. Oh! tu m'abandonnes, ma mère!..
THÉODOBA, viontrant le Bravo. Et lui, ne faut-il pas qu'elqu'un qui re?te près de lui... qui souffre avec lui , qui pleure avec lui?..
Elle tend la main à Giovanni.
VIOLETTA. Oh! ma xnère nous restons ausïii, alcrs.
THÉODORA. Pauvre enfant! as-tu oublié que ton mari est pro:?crit?. .
GIOVANNI , portant la main à l'ordre du Consil. Oh! Violelta... tu as vu Salfiéri me rendre ce masque et ce poignard... tu as vu me remettre cet ordre du Conseil en me disant que je n'avaisplus que peu d'instans pour l'exécuter... Cet ordre... c'est un ordre de mort... je ne l'ai point ouvert encore, je ne sais point encore celui qu'il va atleindre... mais crois-mui, Violetta, emmène Salfiéri... Salfiéri, prosciit... et qui, malgré sa proscription , a osé remettre les pieds sur le tirritoire de Venise.
VIOLETTA. Yous me faites frémir? Comment, cet ordre...
GIOVANNI. Quel qu'il «oit, il faudra que je l'exécute, car la vie de mon père leur répond de mon obéissance.
VIOLETTA. Oh! cet ordre...
GIOVANNI. Il va falloir que je l'ouvre...
VIOLETTA. Ah! 'fuyons, Salfiéri, fu3^ons.
Pendant que Violetta est dans les bras de Tliéodora, le Biavo remet son masque ; Violetta en se retournant, jette un cri.