‹ Pièces de théâtreChapitre 626 sur 1069 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

LEDUC, MORISSEAU.

MORISSEAU. Ainsi , monsieur , c'est avec vous que je dois débattre... ( Le duc se retourne. ) Ciel ! que vois-je ?

LE DUC. Qu'avez-vousdonc, monsieur?

MORISSEAU. Je ne me trompe pas...

c'est monsieur...

LEDUC, interrompant. Lambert... intendant du duc de la Vaubalière.

MORISSE.AÙ , souriant. Ah ! monsieur le

duc... c'est par trop d'humilité, et puisqu'il vous plaisait de changer de nom , vous auriez pu mieux choisir.

LE DUC , séifirement. Je vous le répète , monsieur, je ne suis ici que Lambert...

MORISSEAU , avec ironie. J'ai parfaitement entendu, monseigneur ; mais peutêtre aussi que M. Raymond et sa fille ne connaissent pas le M. Lambert qu'ils ont reçu... peut-être ignorent-ils que ses fonctions auprès du duc de la Vaubalière ont pour objet de s'insinuer dans l'intérieur des familles, afin d'y porter le trouble , le déshonneur et quelquefois la mort.

LE DUC , vioement. Monsieur le notaire , prenez garde aux paroles qui vous échappent. . .

MORISSEAU , ^azm^n^ Moi! oh! je n'ai rien à craindre! je suis garçon , je n'ai ni femme à corrompre, ni fille à séduire.

LE DUC. Monsieur Morisseau !

MORISSEAU , ironiquement. A qui ai-je l'honneur de parler? à M. le duc ou à son intendant? Si c'est à ce dernier, je lui dirai : Le bail qui m'a été soumis , et qui paraît , au premier abord , avoir été fait dans les intérêts de Raymond , est un piège tendu à sa bonne foi.

LE DUC , vivement. Un piège !

MORISSEAU. C'est à M. Lambert que je m'adresse. Sans déranger les clauses principales, le prix du bail, sa durée, j'ai dressé moi-même un acte en bonne forme sur lequel je prie M. Lambert de jeter les yeux.

LE DUC. Monsieur, vous abusez étrangement de la position dans laquelle vous m'avez surpris.

RIORISSEAU, gaîment. Ah! du moment que monsievu' le duc redevient lui-même , je n'hésiterai point à le conjurer de renoncer aux projets qu'il a conçus. L'amant de M'^« Quinaut est déplacé dans la chaumière de Raymond. Séduire une enfant simple , naïve , dont l'honneur est l'unique fortune... c'est un exploit peu digne d'un des amis du régent ; il faut à sa seigneurie des conquêtes plus difficiles , plus honorables.

LE DUC. Et trouvez-moi donc, dans tous vos salons du Palais-Royal, une figure aussi fraîche , des yeux aussi vifs , aussi beaux!... Je donnerais dix comtesses, trente marquises , pour un regard de ma jolie fermière!...

MORISSEAU, souriant. Les dix comtesses et les trente marquises trouveraient peutêtre le marché singulier.

LE DUC. Que peut espérer Julie dans la condition oîi le sort l'a fait naître.*... ne

LE MAGASIN ÏUEATRAL.

vaut-il pas mieux pour elle être la maîtresse d'un grand seigneur que la femme d'un rustre... {/it^ec fatuité.) Au surplus , je l'aime , et je m'en ferai aimer.

MOUISSEAU, d'union ferme. Non, monseigneur. '-'

LE DUC. Qui m'en empêchera?

MORISSEAU. Moi!

LE DUC, dédaigneusement. Vous?

MORISSEAU , ai^ec fermeté. Moi 1 qui parlerai à la fille, qui avertirai le père...

LE DUC, menaçant. Si vous aviez ce malheur-là ! . . .

MORISSEAU. Il en résulterait un grand bonheur pour la famille.

LE DUC, eici'atil la roiic. Monsieur I...

MORISSEAU. fimiiaid. IMonseigneur I...

LE DUC. Yous le prenez sur un ton bien haut...

MORISSEAU , très-simplement. Dans une discussion , il faut que les interlocuteius soient toujours au diapason , autrement il n'y aurait pas moyen de s'entendre.

LE DUC, impatienté et résolu. Encore une fois, je vous répète quelafdle de Raymond me plaît, qu'elle sera à moi quand je devrais couvrir d'or les pavés de sa chambre, et changer sa cabane en palais !..

VLQVi\SSV.\\J ■) froidement. Yous ne l'obtiendrez pas.

LE DUC. Quand je devrais y perdre mon nom !

MORISSEAU, emporté. Prenez y garde, cela pourrait vous arriver.

LE DUC , virement. Perdre mon nom !

MORISSEAU, se reprenant. Yotre nom d'emprunt... celui sous lequel vous vous êtes glissé dans cette honnête famille...

LE DUC. Mais vous ne savez donc nas que je puis tout auprès dvi régent?

MORISSEAU , du même ton. Mais vous ne savez donc pas que je suis le notaire du cardinal Dubois, (^bas) qui mène le régent? (^Ji'cc fermeté.) ]Monsieur le duc, je prends la fdle de Raymond sous ma protection .. vous me jurerez de la respcctej-, ou je débaptise à l'instant M. Lambert.

LE DUC, lui tournant le dos. Yous perdez la tète...

MORISSEAU, avec résolution. C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.

LE DUC, (i part. Est-ce qu'il n'y aurait pas moyen... Ah! [Haut.) Monsieur Morisseau, je ne puis pas vous promettre de 1 énoncer à Julie... non... mais je m'engage , foi de gentilhomme , à ne plus remettre les pieds à la ferme de Raymond , à compter de demain.

MORISSEAU. A compter de demain. .. sut l'honneur ?

LE DUC. Sur l'honneur!..

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