QUAIS
LE LAQUAIS , annonçant. M. le duc de Saint-Aignan, M. le comte de Sabran , M. le comte de Clairvault , ]M. Dargenville !
LES TROIS SEIGNEURS. Eh! bonjour, La Vaubalière!
(Dargenville s'incline.)
LE DUC. Bonjom- Clairvault, bonjour Sabran, bonjour Saint-Aignan.. . {Saluant.) Monsieur Dargenville, j'ai bien l'honneur; et par quel hasard l'élite de la noblesse...
LE MAGASIN THEATRAL
et la plus grosse tête de la finance viennentelles faire irruption dans le château d'un pauvre reclus ?
SAINT-AIGNAIV. Nousvenous, mon cher, te prier de recevoir nos félicitations.
DARGENVILLE. Kos complimens sincères.
LE DUC. Et que m'est-il donc arrivé de si singulièrement heureux depviis hier matin que je suis absent de la cour ? . . . De quelle fortune le destin a-t-il jugé à propos de gratifier mon faible mérite?
SAiNT-AiGNAN. Tu épouses , dit-on , une femme adorable.
DARGENVILLE. Une des plus riches héritières de France.
LE DUC. La plaisanterie est ravissante !
SAINT-AIGNAN. Ce matin , au petit lever du Palais-Royal... Noce a parlé à tout le monde de ton mariage avec la niarquise de Lubersac comme d'une chose arrêtée . . . conclue .... tous tes créanciers y croyent.
CLAIRVAULT. Ce pauvre Caylus en élait tout triste , tout déconfit... La duchesse de Berry a boudé son père. . . et Ravannes prétend qu'en faveur de ce mariage .... tu seras fait chevalier des ordres.
LE DUC , leur prenant la main. Merci , merci , mes bons amis , de votre empressement à venir m'annoncer une nouvelle , à laquelle il ne manque que d'être vraie pour être fort agréable.
SAli\T-AlGAAiv. Mais tu fais ta cour à la marquise ?
DARGENVILLE. Vous rendez des soins à sa fortune ?
CLAIRVAULT. Tu es dans les bonnes grâces de la famille ?
LE DUC. Eh! certainement!... j'adore la marquise!... je suis fou de sa fortune... Et quand elle n'aurait pas cette grâce qui captive.... qui révèle sa haute origine, je n'en serais pas moins le plus amoureux de ses chevaliers!... Mon nom, mon rang, jnon titre... sont des avantages qui m'ont toujours persuadé que la balance pencherait un jour de mon côté... Je l'espère, je le crois ; mais.... je n'en suis pas encore arrivé à la certitude.
SAINT-AIGNAN. Si je te disais de quelle bouche je tiens la nouvelle de ton mariage. ... tu commanderais à Brossin tes habits de noces.
DARGENVILLE. Moi, je n'y mets pas tant de mystère.... je l'ai appris chez la Desmares, de la Comédie- Française.
CLAIRVAULT. Moi , je l'ai su par la petite Florence , de l'Opéra.
SAINT-AIGNAN. Et moi!... c*est M™* de Parabère qui m'en a fait confidence.
LE DUC , à pari. Tous ces bruits-là viennent de la même source.
SAINT-AIGNAN. Je parie mille louis... à prendre dans la caisse de Dargenville, que la journée ne se passera pas sans que tu en sois positivement informé par un message du régent.
CLAIRVAULT. Qui sait? peut-être par le régent lui-même , car le prince a commandé ses équipages.
LE DUC. Oui!., eh bien ! va pour mille louis. .. à prendre dans la caisse de M. Dargenville.
DARGENVILLE. Je suis la bourse commune... n'importe celui qui gagnera..
LE DUC. C'est vous qui perdrez.
DARGENVILLE. J'y consens, (y^ i'6i/;c basse au ^î/f.) Mais sous une condition...
LE DUC , aussi à ooix basse. Laquelle ?
SAINT-AIGNAN. Des secrels !.. ah ! oui, M. Dargenville nous a prévenus qu'il avait à traiter avec toi d'une affaire majeure... d'un marché d'orl... Nous te laissons., nous allons parcourir tes jardins., ton parc.
LE Dlic, à part. Pourvu qu'ils ne se dirigent pas vers le pavillon où elle est. {Haut.) Allez, allez , messieurs, je vous retiens pour dîner.
SAINT-AIGNAN. Et après le Champagne 5 nous te ramenons à Paris.
(Ils sortent tous trois.)