SCENE V
LE DUC , DARGENVILLE.
LE DUC. Voyons, monsieur Dargenville, quelle est cette condition ?
DARGENVILLE. Monsieur le duc me
doit tant argent prêté en son nom ,
qu'argent prêté à lui-même...
LE DUC Mais je vous ai dit cent fois, que ces choses-là ne me regardaient point., adressez-vous à mon homme d'affaires...
DARGENVILLE , sourîaut. Qui n'a jamais d'argent.
LE DUC Eh bien! alors, qu'est-ce que vous demandez ?
DARGENVILLE. Je ne demande rien.
LE DUC. Cet original de Daigenville. . . il débute toujours d'une façon effrayante, et au demeurant c'est le meilleur de nos partisans.
DARGENVILLE. Quand on se marie, d'ordinaire on se range.
LE DUC. Ce n'est pas d'abligation.
DARGENVILLE. M"^ Quinault va être
LA DUCHESSE DE LA VAUBALIERE
lee... de ce qu'eUe appellera votre infidélité.
LE DUC. Est-ce que vous auriez la prétention dé la consoler ?
dargeivville; Pas directement... mais indirectement
LE DUC. Regardez-vous donc.
DARGEiWiLLE. J'ai l'habitude de me voir ; ça ne me fait plus d'effet.
LE DUC. Et M'i'= Quinaut sait-elle que vous avez des prétentions à lui plaire ?
DARGENVILLE. Monsieur., elle sait que je suis fort riche I
LE DUC. Et vous prenez cela pour des espérances ?
DARGEWILLE. Les dames de la plus haute distinction m'ont accoutumé à ne jamais désespérer.
LE DUC. Comment donc... de l'esprit!.
DARGENVILLE. En portefeuille.... au service de votre seigneurie.
LE DUC. Enfin, jusqu'à présent, je ne vois pas encore..
DARGENViLLE. Ail! Monsieur le duc, cette petite Quinault me tourne la tête.
LE DUC. Je vous croyais attaché au char de M""' de Tencin.
DARGENVILLE. Il est vrai , monsieur le duc. . . que cette dame s'était éprise pour moi de la passion la plus... la plus... je cherche le mot.
LE DUC. La plus extraordinaire.
DARGENVIDLE. Oui, la plus extraordinaire.
LE DUC El comment êtes-vous parvenu à l'en guérir?
DARGENVILLE. Je lui ai confié que j'étais ruiné,., et elle m'a fait l'amitié de le croire... Mais vous le savez, vous, monsieur le duc, jamais fortune ne fut plus brillante, plus solide que la mienne.
LE DUC. Eh! eh!., vous prêtez beaucoup aux grands seigneurs.
DARGENVILLE. Je ne compte pas cet argent-là dans mon actif... et pour vous en convaincre... j'anéantis le lendemain de votre mariage avec M""= la marquise de Lubersac, les deux cent mille francs de titres que j'ai à vous... sous la condition...
LE DUC. Ah ! nous y revenons ! DARGENVILLE. Sous la condition que votre seigneurie rompra tout-à-fait avec la charmante, l'adorable Quinault... et me permettra de déposer aux pieds de cette actrice inimitable... un château, deux châteaux, trois châteaux...
(On £ait beau'^oup <le bruit.)
LE DUC. Eh I mais d'où vient ce mon- V ment, ce bruit ?
DARGENVILLE. C'est un bruit fort mdiscret qui vient me couper la parole !
UN D03IESTIQUE , entrant. Monseigneur , M. le régent de France entre à l'instant dans le château.
LE DUC. Le régent I
DARGENVILLE. Vous êtes marié !.. vous avez perdu, je paierai.
LE DUC. Courons au-devant de lui,
(Au moment où il s'y dispose , ou voit entrer, avec l'escorte du duc , les pages, les gentilshommes des scènes prc'ce'dentes.)
UN PAGE , annonçant. Le régent !