‹ Pièces de théâtreChapitre 666 sur 1069 · ADRIEN , MORISSEAU, LE DUC · texte numérisé non relu

ADRIEN , MORISSEAU, LE DUC

MORISSEAU, ouvrant la porte. Monsieur a cet honneur-là. {Il referme la porte. y

LA DUCHESSE i)E LA VAUBàLIÈrE.

Monsieur se nomme Paul-Adrien-Cressé de la Vanbalière.

ADRIEN. Moi!

LE DUC Monsieur!..

MORTSSEAU. C'est le nom porté sur l'acte de naissance déposé dans l'étude de mon prédécessem*.

LE DUC, avec dédain. Monsieur, appartenir à notre famille ! . .

ADRIEN. Je ne le souhaite pas.

MORISSEAU. Je vous demande pardon...

monsieur appartient à votre famille...

LE DUC. A quel titre ?

MORISSEAU. Il est votre plus proche parent.

LE DUC. Lui !

MORISSEAU. Lui.

LE DUC. Son père I

MORISSEAU. Le vôtre !

ADRIEN , étonné. Quoi!..

LE DUC. Impostme !

5I0RISSEAU. Vérité... vous êtes frères.

LE DUC ET ADRIEN , s'èhignant. Nous!...

MORISSEAU. Comme Abel et Caïn.

LE DUC. Mon père n'a jamais eu qu'un seul enfant...

MORissE.vu. En France , mais dans les colonies.

ADRIEN. Les colonies... ahl... oui... ce nom.. . ce nom-là ! ... je me rappelle maintenant... oui... c'est bien ce nom-là que ma mère prononçait si souvent. . . les yeux baignés de larmes, la Yaubalière. . . oui... oui...

LE DUC , avec arrogance. Ce nom-là , monsieur , je vous défends de le porter.

MORISSEAU. Vous avez tort , il n'est pas homme à le déshonorer.

ADRIEN , avec fermeté. Si ce nom est le mien , nulle puissance au monde ne me le fera quitter.

LE nvc ■, aoec ironie et dédain . Et quand il serait vrai qu'une faiblesse de mon père, ce que je n'accorde pas , ait en quelque sorte autorisé cette ridicule prétention... encore faudrait-il la fonder sur quelqu'acte public... mon père a-t-il reconnu monsieur ? a-t-il signé son acte de naissance.

MORISSEAU. Non I LE DUC. Ah!

MORISSEAU. C'était inutile, il avait signé le contrat de mariage.

LE DUC , s' emportant. Le contrat de mariage !

M0RISSE.\U. Plus bas, monsieur le duc, ces choses-là n'ont pas besoin d'être entendues de tout le monde.

LE DUC. Et vous croyez qu'il suffira d'entasser calomuies sur calomnies?..

MORISSEAU. Ce que j'avance... je puis |

le prouver... j'ai sur moi la copie de tous les a( les, lettres , contrats et déclarations qui attestent la possession d'état de Paul- Adrien Cressé de la Yaubalière. Les originaux sont en lieu de sûreté... or donc , I\L le duc de la Vaubalièie , gouverneur pour le compte de sa majesté dans les colonies françaises , y épousa , pendant son gouvernement , au commencement de l'année 1694, Louise-Marie-Cécile-Lucie Déballas, fille unique d'un des plus riches habitansdela colonie... il repasse en Europe... joueur, dissipé, libertin, grand seigneur dans toute l'acception du mot • il oublie qu'il est marié , et afin d'échapper aux poursuites par trop vives de ses créanciers, il n'attend pas que sa première femme soit morte pour en épouser uneautx'e... immensément riche , comme de raison!.. Le contrat de mariage de M™<^ votre mère est du 11 avril 1697l'extrait mortuaire de la première duchesse est du 14 octobre 1699, plus de deux ans après. Les dates sont précises.., il n'y a rien de positif comme les chiftVes. LE DUC, avec emportement. Et qui prouvera que ces pièces ne sont pas fausses ?. .. qu'elles n'ont pas été fabriquées dans un dessein coupable?..

ADRIEN. J'apprends à l'instant leur existence.

MORISSEAU, avec malice. Je la savais, moi , car j'avais tiouyé toutes ces pièces en dressant l'inventaire du défunt... Mais ce que j'ignorais complètement, c'est l'existence de monsieur... et voilà pourquoi je n'ai pas fait usage de cette découverte , pourquoi je ne vous en ai jamais parlé... A quoi bon vous tourmenter, vous troubler dans la possession de votre nom , de votre fortune , si cet enfant de votre père n'existait plus?.. Avant tout, pour entamer l'affaire, il fallait être certain d'avoir un clunt... ce client, je l'ai trouvé!., et me voilà disposé à le soutenir, à l'appuyer de ma voix, de ma bourse et de mon crédit !

LE DïC. Libre à vous... mais enfin ces pièces ne sont pas venues là toutes seules... et le dépositaire de ces actes dont je persiste à soutenir la fausseté ?

MORISSEAU. Un vieux domestique de votre père.

ADRIEN. Celui... aux mains duquel ma mère me remit quand elle mourut dans la traversée... car elle venait en France, monsieur, rejoindre son époux, réclamer ses droits.

MORISSEAU. Ce domestique , intrigant habile, mit l'enfant en pension , et à tout

hasard ne lui laissa que son nom de baptême.

ADRIEN. Depuis plus de vingt ans... je ne m'en conuais pas d'autre .... qu'Adrien !

MOniSfiEAU. Il alla trouver IM. de la Vaiibalière... lui annonça la mort de sa femme et l'existence de son fds... puis il protesta de ses bonnes intentions, de son attachement à la personne de M. le duc, qui trouva tout simple d'acheter son silence.

LE DUC, rt<'rc arrogance. La preuve?

MORISSEAU. Elle est écrite dans vingt lettres de votre père... dont les originaux sont en lieu de sûreté.

LE DUC. Jamais... je ne reconnaîtrai un pared acte... je plaiderai.

MORISSEAU. Nous plaiderons.

ADRIEN , passcint au milieu. Traîner la mémoire de notre père devant les tribunaux ! . . Non , messieurs , jamais. La tombe couvre ses fautes ; et tant que je vivrai , on ne la soulèvera pas pour y venir fouiller les actions de sa vie.

LE DUC , brutalement. Voilà de belles phrases... qui ne prouvent rien.

MORISSEAU, vioemetit. Si parbleu.. . elles prouvent que monsieur est un véritable la Vaubalière , et qu'il tient plus que vous à conserver intact l'honneur de sa famille.

ADRIEN. Eh 1 monsieur, gardez vos biens, vos charges , vos dignités, soyez pour tous le seul fils , l'unique héritier du duc de la Vaubalière. J'y consens , et puisqvie le malheur a voulu que mon père soit aussi le vôtre... j'engage ici ma parole... la parole d'un honune d'honneur... qui n'a jamais failli à la sienne... que jamais ce secret ne sortira de ma bouche.

MORISSE.AU , à piirt. Moi , je ne m'engage à rien.

LE DUC , ai^ec fureur. Le secret ! c'est l'anéantissement de tous ces actes qu'il me faut... et que j'exige à linslant même.

MORISSEAU , froidement. Vous ne l'aurez pas.

ADRIEN , avec chaleur. Non , VOUS ne l'aurez pas.

MORISSEAU. Si vous voulez les copies collationnées pour en prendre connaissance... avec le plus grand plaisir du monde; mais les originaux...

LE DUC , redoublan t de fureur. Je les veux , je les aurai!

ADRIEN. Vous ne les aurez pas, monsieur le duc!., quand vous devriez me faire assassiner î

LE DUC Eux !.. ou ta vie , misérable! MORISSEAU. IMonsieur !

LE MAGASIN THEATRAL

LE DUC. Quel qu'd .oit le auc de la Vaubalière ne doit avoir qu'un fils... viens, jet que la Providence ou le hasai'd choisisse entre nous deux.

MORISSEAU. Arrêtez!..

LE DUC. Défends-toi, faussaire.... en garde ! . .

ADRIEN. Au nom du ciel !

LE DUC. En garde, te dis-je

I (Il a tire son e'pe'e et force Adrien à tirer la sienne , ■ Morisseau veut empêcher le duel , mais ils croisent le fer. Julie paraît à la porte du fond.)

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