‹ Pièces de théâtreChapitre 667 sur 1069 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

Les Mêmes, JULIE.

JULIE. Deux frères!

(Etonnement et silence.)

LE DUC, laissant tom-ber son èpée. Que vois-je?.. quoi!.. Julie!..

JULIE. Viens-tu lui demander sa vie en échange de la mienne, et le punir de t'avoir épargné un crime.

LE DUC. Non... non... ce n'est pas toi. je t'ai vue morte., froide...

ADRIEN. Et conservant, sous les apparances de la mort, une vie qui devait échapper à ta cruauté.

LEDUC. ]\Ialédiction!..

ADRIEN. Misérable, qui, jugeant mon ame d'après la tienne, m'as cru assez lâche pour immoler à ta cupidité la vie d'une femme !

LE DUC. Mort et enfer I

ADRIEN. Et sais-tu quelle est cette femme dont tu pressais la mort avec tant de barbarie , à laquelle mes mains devaient , à ta voix, ouvrir les portes du tombeau?.. Cette femme, c'estl'espoir, l'amour, l'idole de toute ma vie.

JULIE. Oui, le voilà., celui que j'aime., que je n'ai jamais cessé d'aimer, dont l'image s'est constamment placée entre vous et moi ! . . dont les paroles d'amour retentissaient toujours à mon oreille et glaçaient toutes celles qui m'étaient adressées ; le voilà, celui dont la tendresse m^a prései-yée de la mort, qui m'a arrachée de la tombe oîi vous m'aviez précipitée.

LE DUC, avec rage. Mais par quel miracle ?

MORISSEAU, s avançant. Votre aigent a tout fait.

LE DUC, Mon argent !

MORISSEAU. Le prix du crime m'a servi à en empêcher l'accom plissement... avec

LA DUCHESSE 1)E LA VAOBALIEAE

l'or de votre portefeuille, j'ai corrompu vos domestiques, j'en ai fait d'honnêtes gens, ils m'ont aidé à vous arracher votre proie ; ceux même qui vous avaient accompagné dans votre retour à Paris ont transporté nuitamment chez moi cette bonne Julie , leur maîtresse, dont le sommeil léthargique, si semblable à la mort, a fasciné tous les regards... C'est chez moi et par les soins d'Adrien que ce long sommeil a cessé et qu'elle a été rendue à la vie.

JULIE. Et c'est devant Dieu !.. que j'ai juré de lui consacrer les jours qu'il m'avait conservés.

MORISSEAU. Or, tandis que la fille de Georges Raymond renaissait à l'espérance du bonheur... moi, je procédais gravement aux funérailles de M""= la duchesse de la Vaubalière. Un cercueil vide... un cercueil de plomb traversait la foule immense des curieux, et recevait les bénédictions du peuple, qui paraissait regretter que, des deux époux, le plus âgé ne fût pas parti le premier.

LE DUC, altéré. Et pendant tout ce tempslà , forcé de me taire, réduit à me cacher.

MORISSEAU , se frottant les mains Oh!

votre position nous a merveilleusement servi.

JULIE. Je laisse à votre conscience le soin de vous faii;e les reproches que mérite votre conduite. Mon père, en me forçant à recevoir votre main, ne croyait pas exposer ma vie aux violences d'mi meurtrier.. Je vous le rends, monsieur, ce nom que j'ai subi avec résignation, et qui n'a reçu de moi aucune atteinte.

LE DUC. Qu'est-ce que vous dites, madame?

JULIE , avec fermeté. Je dis, monsieur le duc, que nos liens sont rompus., qu'il y a entre vous et moi une tombe sur laquelle vous avez vous-même écrit notre séparation...

LE DUC. Morte ou vivante, vous êtes à moi...

ADRIEN. La duchesse de la Vaubalière n'existe plus... des actes authentiques prouvent sa mort...

LE DUC , ai'<?c rage. Nous les casserons ces actes, nous prouverons l'existence de madame, et n'en déplaise à ceux qui m'entendent, elle sera toujours la duchesse de la Vaubalière.

MORISSEAU. Et sur ce point vous avez parfaitement raison... mais le duc, le voi-

(Il montre Adrien )

LE DUC, confondu. Monsieur.

xMORissEAU. Voilà la seule brandie de l'arbre généalogique... Voilà le duc de la Vaubalière... et vous, monsieur, né d'un second mariage, mariage nul, puisqu'il a été contracté avant la dissolution du premier , vous n'êtes pas même un enfant naturel.

LE DUC. Ah! du moins ce titre de frère, qui excite en moi des transports de rage, m'est un sm* garant que jamais il ne sera son époux.

SIORISSEAU. Voici le bref de la cour de Rome, qui casse et annule votre mariage

LEDUC. Casse... mon mariage I

JULIE. Grand Dieu !

MORISSEAU. Vous le disiez bieu, Julie., il arrivera quand je serai morte. En effet, je l'ai reçu à Paris, pendant qu'on enterrait M"^ la duchesse dans les caveaux de sa noble famille.

LE DUC. Tout m'échapperait !..

(Il s'assied atte're' et au comble du de'scspoic )

JULIE. Adrien!

ADRIEN. Julie!

MORISSEAU. De triste, souffrante, opprimée que vous étiez, vous voilà maintenant heureuse, libre, au comble de tous vos désirs. {Montrant le duc.) Monsieur était riche, puissant, tout ployait sous ses volontés, sous ses caprices despotiques... Il vivait au milieu des plaisirs, des iètes..., peut-être mourra-t-il à la Bastille.

LE DUC, se rele\}ant. Mourir à la Ba? tille !

MORISSEAU. Cela dépendra du temp" que vous y resterez. {Un exempt et deux, gardes paraissent à la porte du fond.) Ua exempt vous attend f >ur vous y accompagner.

FIN

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