‹ Pièces de théâtreChapitre 67 sur 1069 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Mais j' m'en suis donne zun' fier' bosse , J'ai bu conim' quequ'un qu'a l' moyen.

Ah ! qu' c'était bien ! ( bis. )

Dieu! laitière, que c'était bien!

Quel plaisir d'aller à la noce, Sur-tout quand il n'en coûte rien !

MADAME BONVIVAST, se levant et s'approchant d'elle.

La noce à la fille à madame Gibou, n'e.st-c' pas?

MADAME POCHET

Oui, mon enfant....

Même air.

Faut qu' mam' Gibou soit généreuse Pour donner un pareil repas; La pauvr' fill" mérit' d'être heureuse , Ou ben c'est qu' je n' uiy connais pas... Jusqu'aux orang's dans sou écosse, Au dessert il ne manquait rien ; Ah ! qu' c'était bien ! {Ois.)

On peut dire que c'était un repas bienfaisant en légumes, salade et toute sorte de fricot; c'était vraiment un lusque asmatique.

Quel plaisir d'aller à la noce.

Sur-tout quand il n'en coûte rien * !

MADAME BONVIVAST.

Je vous crois bien.... Et quand est-ce que nous irons à celle de mam'zelle Pochet? car j'espère que vous m'inviterez.

Comment dont! laitière, avec plaisir; je n'ai pas oublié qu' vous m'avez invitée à vos vendanfjes a Clignancourt. Je m'y suis même bien amusée, le vin doux m'a donné la colique.... Dieu! qu' nous avons ri ! j' n'en pouvais pus le len lemain , comme aujourd'hui pour la noce de mam'zelle Gibou ; mais bah! faut prendre son plaisir quand on 1' trouve.

MADAME BONVIVAST.

Eh ben ! dépéchez-vous donc de la marier, c'te jeunesse.

MADAME POCHET

C n'est pas qu'on m' l'a déjà bien d'mandée ; mais c'est plus difficile que l'on n' croit , sous r rapport du pécuniaire. Ma fille a du talent, d' la conduite ; mais ils demandent tous combien qu'elle a de dot.

MADAME BONVIVANT.

Qui donc qui vous d'mande ça?

MADAME POCHET

Tous ces monstres d'hommes î

MADAME BONVIVANT.

11 faut donner votre fille à un bon ouvrier, un homme qu'ait un état, qui travaille pendant qu' sa femm' tiendra 1' ménage.

MADAME POCHET

Comment, vous voudriez que j' donne ma Palmyre à un ouvrier, un homme du commun , un' fille qui danse tromme un poisson ! qui postume pour la grande Opéra! J'espère ben

' Ces couplet» sont cnipriiiitc» a U chanson de iM. J.iinic.

qu'elle y débutera cet hiver, et là sa fortune sVa faite.

MADAME BONVIVANT.

Bien, bien ! je vous entends. On ne fait pas dans c' pays-là des mariages trop catholiques, par exemple.

MADAME POCHET

Pourquoi donc ça? on a vu des danseuses épouser des seigneurs , des ambassadeurs, et même des milords anglais.

MADAME EOSVIVAST.

Les épouser?

MADAME POCHET

Eh quoi donc ?

MADAME BONVIVANT.

Au surplus, ça n' me regarde pas; ce que j'en dis, ce n'est pas qu' j'en parle.

MADA.ME POCHET, avec humeur.

Dites donc, la laitière, vot' lait est ben clair d'puis queqii' temps, et puis il tourne; ça vous fera perdre vos pratiques.

MADAME EOSVIVANT, en colère.

Ça n'est pas vrai ! mon lait n'est pas farlaté , il est naturel; vous êtes une mauvaise langue.

La vôtre est p't'-être bonne ?

MADAME BONVIVANT.

Pourquoi que vous méprisez mon lait?

MADAME POCHET

Pourquoi qu' vous critiquez ma fille? Chacun fait valoir sa marchandise.

MADAME BOXVIVAKT.

Allez, allez, mam' Pochet, la critique ne fait rien à ceux qui n' la méritent pas: ma crème se soutiendra touj ours , et j'vous conseille d' faire attention à votr' Palmyre ;y n'faut pas vouloir s'élever plus haut qu' sa condition ; le lait qui bout trop passe par-dessus les bords , et la vertu des filles fait d' même.

MADAME POCHET , s'aniinant.

Voyez-vous, une paysanne de campagne qui veut en remontrer à une femme comme moi , une Parisienne, Jeanne-Marie-Dorotiice Pochet, née native d' la Pointe-Saint-Eustache! allez donc garder vos vaches !

MADAME BONVIVAST.

Et vous , gardez vot' fille !

MADAME POCHET

Insolente!

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