‹ Pièces de théâtreChapitre 670 sur 1069 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

[.!•: LORD CHAMBELLAN, atlmdant le lever du roi; LE DUC DE NORFOLK, entrant; ensuite SIR THOMAS CRAN- MER.

LE DLC DE NORFOLK. Monsicur le lord cliambellan.

SCPPL.

LE LORD CHAMBELLAîV. Monseigueur ?

LE DUC DE NORFOLK. OÙ est Sa Grâce?

LE LORD Chambella?;. Dans sa chai& bre à couchei" , avec inilord grcind-chancc liei".

LE DLC DE NORFOLK. Rien n'est changé au cérémonial ordinaire de son lever ?

LE LORD CHAMBELLAN. Rien , milord.

Lîi MAGASIN THÉÂTRAL.

• LE DL'ô bii xouiOl.K. Merci ; je vais l'attendre. (A rarc]i(fvèqiie de Canlovhr.ry qui entre.) Salut à monseigneur de Cantorbéry.

SIR THOMAS. Salut , milord.

LE DUC DE NORFOLK. Quelles nouvelles de Rome , monseigneur l'archevêque ?

SIR THOMAS. Quelles nouvelles d'Ecosse, iwilord lieutenant-général ?

LE DUC DE NORFOLK. Sommes-nous loujours brouillés avec le Saint-Père?

SIR THOMAS. Sommes-nous toujours mal avecle roi Jacques?

LE DUC DE NORFOLK. Aussi mal que l'arcliange Miclicl est avec Satan : vous savez que le roi est revenu avant-hier d'Yorck. Sa Grâce y a passé six jours à attendre vainement son écervelé de neveu , qui , au bout de ce tems , lui a envoyé je ne sais cjuelle mauvaise excuse ; le roi est reciré furieux à Londres.

siu THOMAS. Les nouvelles de Rome ne valent guère mieux que celles d'Ecosse alors.

LE DUC DE NORFOLK. Excommuniés toujours, n'est-ce pas? roi et royaume, noblesse et peuple ?

SIR THOMAS. Oui ; mais vous savez sans doute que nous ne sommes pas en reste avec le Saint-Père ; une assemblée de dix-neuf prélats et de vingt-cinq docteurs a formulé l)ier une déclaration qui rejette la domination du pape, qui déclare ne lui reconnaître d'autre pouvoir cju'un pouvoir purement spirituel , d'autre titre que celui d'évêque de Rome , et qui proclame le roi Henri VIII d'Angleterre le chef suprême de la religion. C'est, j'en ai bien peur, comme avec le roi Jacques , milord , une guerre mortelle.

LEDUC DE NORFOLK. Moins dangereuse cependant , vous en conviendrez ; les foudres papales ne renversent plus les trônes. SIR THOMAS. Non ; mais elles allument encore les bûchers.

LE DUC DE NORFOLK, d'un air sombre.

Sans compter ,que ce vent de guerre cjui nous arrive d'Ecosse n'est pas de nature à les éteindre. Monseigneur , il y a du J accrues V dans l'excommunication du pape , et il y a de l'excommunication du pape dans la déclaration de guerre de Jacques V; car c'estunevéritabledéclaration de guerre, ne vous y trompez pas , que son mariage avec Marie de (hiise , et que l'acceplalion du titre de défenuur de la foi que lui a donné Paul III.

LE LORD CHAMBELLAN. Chut! milord ; il me semble que le roi parle bien haut.

LF, DUC DE NORFOLK. Silence 1 Voici .son Altesse la princesse IMarguerjte.

SIR THOMAS. Quel est ce jeune seigneur c|ui l'accompagne?

LE DUC DE NORFOLK. C'est milord de Sussex qui arrive de France pour recueillir l'héritage de son ])ère , et la place cpie sa mort a laissée vac.inte à la chambre haute.

SCvWii II.

Les Prkcédens, LA PRINCESSE ?<IAR- GUERITE, IMILORD COÎMTE DE

SUSSEX, Dames d'honneur , Seigm;l;i;s

DE LA SUITE DE LA PrINCESSE.

SUSSEX. Lorsque je vis pour la première fois la duchesse d'Elampe à la cour du roi François Y"' , elle avait une robe d'une étoffe absolument pareille à celle de votre Altesse.

MARGUERITE. Vous avez bonne me moire, milord , et nous vous ferons j si notre gracieux frère et souverain le permet , grand maître de nos atours ; cette étoffe vient, en effet, d'outre-iner; Henri l'a reçue avec d'autres' présens que lui a envoyés le roi de France , en gage de bonne amitié ; et il me l'a tlonnée au même titre

Salut, monseigneur de Cantorbéry, salut, milord.

(Le duc de Norfolk et Tarchcvéque s'incliucnl.)

SUSSEX, après Is'î ai'nir salues /égèrrrncnf.

En gage de bonne amitié , dites-vous :'

Voilà qui me désespère , madame ; nous nous étions cependant bien promis, de concert avec MM. de Montmorency et de Guise, que cette bonne amitié ne tlurerait pas toujours.

LE DUC DE NORFOLK. Conuucnt , VOUS

voulez nous biouiller avec la France , comte?

SUSSEX. JMais nous ferons tout ce que nous pourrons ]iour cela , milord lieutenant-général ; nos voisins ont sur le cœui la journée des éperons , et le pied-à-terrt que le roi Henri conserve à Calais leur l'ai' espérer qu'il ne tardera pas à traverse" de nouveau la mer pour venir leur oflri

j une revanche.

LE DUC DE NORFOI.K. IMalhcureuscmcnl inilord , je crois que sa Grâce a ])our le moment de la besogne toute taillée qui l'einpèchera d'entrer dans vos vues politicjues, si profondes et si avantng. uses qu'elles lui paraissent. JMais MM. de Montmoreney et de Guisepeuvent passerla mer

I 4 leur lour ; je crois même c^u'en ce mo-

CAillEKI.NJi HOVVAUD.

ment deux cpc-es , aussi bravos et aussi fidèles que les leius, ue seraient pas mal reçues à la cour du roi Jacques , et comme j'e.sj)ère, miloid, vous compter parmi les cliel's de l'armée que je conduis à la frontière , ce sera une bonne occasion à saisir , si vous voulez renouveler avec vos amis, aux bords de la Twède , la connaissance commencée aux bords de la Seine.

SLSSEX. Il sera fait comme vous dites , monsieur le duc , si Dieu ou le roi n'y mett'.Mit empêchement. Il y a un vieux ])roverbe anglais qui prétend que chaque lois qu'il y a dans notre île deux lames d'épée qui brillent au soleil , on n'a qu'à regarder au côté d'un comte de Sussex si l'on veut trouver un fourreau vide.

SIR THOMAS. C'est connue vous le dites, milord, un vieux proverbe ; si vieux qu'il commence à tomber en désuétude.

SUSSEX. Il avuait repris une nouvelle vie, monseigneur , si je m'étais trouvé en Angleterre lors du procès de la malheureuse Anne de Boulen ; et peut-être eût-il mieux valu que je m'y trouvasse , je ne dirai pas pour mon honneur, à moi, qui. Dieu merci , n'avait pas besoin de ce nouveau lustre, mais poiu celui du roi , monseigneur, et pour le vôtre, auquel j'eusse peutêtre sauvé une bien fâcheuse tache.

sm THOMAS. Si je vous comprends bien, milord , vous voulez dire que vous eussiez défendu la reine ?

SUSSEX. Oui*, monseigneur, et de deux manières.

SIR THOMAS. Peut-on les connaître?

SUSSEX. Au parlement avec ma parole.

SIR THOMAS. Et si celle du roi lui eût imposé silence comme il a fait à la mienne?

SUSSEX. En champ clos avec mon épée.

MARGUERITE, Milord, vous oubliez que vous parlez de Henri qui est votre roi, devant moi qui suis sa sœur.

SUSSEX, Pardon , madame ; mais je voyais les yeux de votre Altesse si distraits, que j'espérais que le son même de ma voix n'arriverait pas à son oreille.

MARGUERITE. Milord, depuis que Dieu a fait à mon frère la grâce de lui accorder un fils, j'ai perdu toute chance de succéder au trône d'Angleterre, et par conséquent tout désir de m'instruire dans les choses de guerre et de politique. Croyez que, dans le cas contraire , j'aurais écouté avec le plus grand intérêt la belliqueuse discussion que vous venez d'engager avec monseigneur l'arclievêfpie.

SI SSEX. Hélas! madame, si les ])aroles que je viens de ])rononcer , tout insigntliaiites qu'clh's sont , étaient sorties de la

bouche d'un atitre que je pomTais nommer... Yotre Altesse serait à cette heure ime rebelle , car elle aurait , je le crains bien , oublié , pour s'instruire dans les choses de guerre et de politique, jusqu'à l'existence de sonneveule prince Edouard.

MARGUERITE. IMilord , je ne sais si la sœur de François I'^'^ permet aux chevaliers français de faire eu sa présence de pareilles remarques ; mais ce que je sais bien, c'est que si elles se lenouvelaient devant la sœur de Henri ^ III, elle se croirait obligée de s'en plaindre au roi d'Angleterre.

VS HUISSIER , à la porte du fond. IMilord Ethelwood , duc de Dierham.

(Entre Ethelwood.)

SUSSEX. Vous arrivez bien à propos , milord , pour plaider en ma faveur vme cause que je suis tout près de perdre au tribunal de son Altesse.

ETHELWOOD. Comte, VOUS tombcz mal; vous le voyez , j'ai moi-même un pat don à obtenir ; car si j'arrive assez tôt pour offrir mes hommages à sa Grâce , j 'air ive bien tard pour les déposer aux pieds de son Altesse.

MARGUERITE. Il cst quelquefois plu S facile de pardonner aux absens qu'aux présens , car l'absence, milord, n'entiaîne avec elle qu'une accusation , celle de l'oubli.

ETHELWOOD. Et celle-là, madame, vous savez combien il serait injuste de la faire peser sur moi ; non , j'ai été arrêté à la grille du palais par l'emcombrement que causent nos envoyés d'Ecosse et la loule qui les entoure.

LE DUC DE NORFOLK. Comment, milord, ils sont là ?

ETHELWOOD. Attendant audience de sa

Grâce.

On entend le bruit des cornemuses, accompagné de cris.)

SUSSEX. Eh I tenez, les voilà , Dieu me damne ! qui nous donnent im concert.

LE DUC DE XORFOLK. C'est la marche et les cris de guerre des Mac-Lellan.

SUSSEX. IMadame , c'est notre lieutenant-géni'ral qui mérite le compliment que vous me faisiez tout à l'heuie, car il a, si je ne me trompe , meilleui'e mémoire encore que moi.

LE DUC DE vouFOLK. Milord , croyez-e un vieux soldat ; quand vous aurez , une fois seulement, entendu sur le champ te balalUe cette marche et ces cris, vous .'rcs reconnaîtrez toujours , et plus d'une fois , ])cut-ètre, vous vous réveillerez en sursaut, poursuivi par eux dans vos rêves.

LK MAGASIN THEATKAI.

M.lRGUEUlTE , « Eihehood. Ces cris et cciu; ïimsique sauvage m'épouvantent , iiiilord.

(Elle se jette de côté. En ce tnoincnl Heini ouvre violemment la porte lîc sa chambre à coucher; il e'coute un instant sans rien dire.)

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