‹ Pièces de théâtreChapitre 675 sur 1069 · C.\TUERI\E. ]Me tiouvez-vous jolie · texte numérisé non relu

C.\TUERI\E. ]Me tiouvez-vous jolie

ETHEIAVOOD. Si uion ]iortrail , entouréde rul>is ou d'c'-nieraudes , s'<''(ait trouvé par ha.'^aid ]ie.ndu à ce collier, ou encadré sur ce Ijraeelet Oh ! oui peut-être alors

l.U MAGASIN lUÊATRAL.

il y aurait eu parnù vos pensées Je coquetterie un souvenir uionienlané d'amour.

CATHERINE. Me trouvez-vous jolie?

ETiiELWOOD. Oh! que trop pour mon malheur, madame.

CATHERINE. Alors, remerciez le ciel, qui m'a fait ainsi pour vous ; et venez m embrasser, monseigneur. ( Ethelœood /" prend dans siis hms , mais sans V embrasser. ) D'ailleurs , je me suis parée par instinct ; je me suis faite belle par pressentiment. ( Mettant la main sur son cœur. ) Je vous

sentais venir là Quittez donc cet

air soucieux , voyous , asseyez - vous , et moi je vais me mettre à vos pieds , mon (jontil chevalier, mon beau baron, mon

noble comte Par lequel de ces titres

faïU-il que je vous appelle^

(Elle vr» chercher un l.ibouret et s'assied.)

ETIIELWOOD. Par aucun de ces titres, car aucun ne m'appartient.

<.\TiîEi5l.\E. Comment èlcs-vous donc venu... c[ue je n'ai jwint entendu le galop de votre cheval, de votie merveilleux llalph, qui vient si vile... et qui s'en va si lentement.

ETiiELWOOD. J'ai remonléla Tamise dans une barque de pécheur ; car aujouid'hui , plus que jamais, je craignais d'être reconnu.

CATHERINE. Toujours myslérieux

mais tu as donc des motifs bien piiissans! ETiîELWOOD. Juge de mon ainoui , puisque je te les cache à toi , cjui es ma vie. CATilEUlNE. Oh ! si lu m'ahnais !

ETIIELWOOD. Ecoute, Catherine ; doute de ton existence , de ton auie , de Dieu I... doute de la luisiièrc du jour qiiand le soleil le plus ardent embrase le ciel , mais ue doute pas de mon amour... car jamais femme ne fut aimée par un homme, comme toi par moi. ..

CATHERINE. Pardon , mon ami.

ETIIELWOOD, îui prenant la tête dans ses mains. Oh ! mais regarde-moi doucl...

moi... ne pas t'aimer! mais mon cœur

jusqu'à son dernier battement, ma vie jusqu'à son dernier souille, mon sang jusqu'à la dernière goutte , tout cela est à toi , Catherine... Et elle dit que je ne l'aime pas, mon Dieu , elle le dit ! . . .

CATHERINE. IS OU , iion , je ne le dis plus....i

ETIIELWOOD. Et si je te perdais , voistu... Si un autre!... Oh! Seigneur!...

Seigneur!...

CATHERINE. Qu'aS-tU ?

ETIIELWOOD. Je souffre.

CATHERINE. Toi?

ETIIELWOOD. Oiii... je suis fatigué. Le front me brûle... j'ai soif...

CATHERINE , se leK'uiii. Je vais vous servir , mon seigneur.

( Pcn(l,iii' ijiie Catlicri:ie va ouviir un buffet goihlque, lùhclwood lire un flacoiid de sa poi — tiino, et verse une partie do ce qu'il contient dans le vase d'argent ciselé qui se trouve sur la table.)

ETIIELWOOD. IMou Dieu , pardounezmoi!... c'est tenter votre puissance.

C.VTIIERINE. A défaut de page, voulez* vous que sois votre échanson ?

(Elhchvood tend le verre, Ca'herine verse.)

ETIIELWOOD. Merci.

CATHERINE. Comme ta main tremble...

ETIIELWOOD, toujours assis ei. la prenant

dnjis ses liras. Catherine , Catherine !

Oit ! ... jamais , jamais. ..

CATHERINE. Oh! comme vous êtes triste aujourd'hui ; voyons, cjuel moyen y a-t-il de vous distraire?... \oulez-vous que je vous dise une ballade sur un ancien roi d'Angleterre nommé Edgar , qui a épousé une vassale. . . la belle Eliride

ETHELWOOD. Ttlais chaque mot qu'elle me dit est une torture nouvelle.

CATHERINE. Yous m'écoutez?

ETHELWOOD. Oui.

Dans une route cnforice'e , Le roi, du haut d'un vochcr, AperijOU la liancc'e De iiichard le franc-arthcr.

11 s'i'lancc sur sa trace :

Ali! lui dit-il, prends de grâce iVlon bras jusqu'à la maison.

— Non.

— Ecoute-moi, jeune fille, Voudrais-tu pas l'allier, Toi , vassale et sans famille , A moi, noble et chevalier?

Tu seiais dame appele'e, Et sur ta main gantelce Tu porterais un faucon.

— Non.

— Mais peut-èlre de baronne Le rang te séduirait-il?

Je puis l'offrir la couronne Où s'enlace le tortil ; El deux lionn. s dressées, De chaque côlé placées, Soutiendront ton écusson.

— Non.

— Si tu deviens nia maîtres.se , Mon cœur, prompt à s'embtaser .

Eail du litre de comtesse Le piix tl'un premier baiser.

La couronne au liirc est jointe, Et iioile sur chaque pointe Ui'.e perle pour fleuron.

— Non.

CATHERIN!-; HOWARD.

• - Brillante entre tes rivales.

Dès demain, si tu le veux, Les escarbouclcs Jucales Se noieront ilans tes cheveux , Et sur la couionne insigne L'or des feuilles île la vigne Imitera le feston.

— Non.

— D'un mot tu peux être reine ;

Dis ce mot; car je suis roi,

Et ma suite souveraine

S'inclinera (levant toi.

Une couronne royale

Peut, crois-moi, d'une vassale

Séduire l'œil e'bloui.

— Oui.

EïHELWOOD. Et telle est la fin des amours de la belle Elfride?

CATiiEUîXE, Est-ce que son histoire ne finit pas bieii , elle devient reine.

ETHELWOOD. Mais îlichard ?

CAïlu:i\l.\'E. Quel Piichaid?

ETHELWOOD. Son amant.

C\TiîERi\E. La ballade n'en dit plus rien.

ETHELWOOD. Ainsi pas m) souvenir pour fe pauvre abandonné, ni dans l'ame tie sa maîtresse , ni dans les vers du poète. Je sera» moins ingrat qu'eux , je boirai à sa mémoire.

(!1 tient le verre sans le porter n sa bouche.)

CATHERINE , Ic regcirddiit. Eh bien !

ETHELWOOD. Eh bien! oublieuse que vous êtes , ne vous rappelez- vous plus les habitudes de nos amours? Ai-je jamais porté à ma bouche un verre sans que vos lèvres l'aient touché auparavant , sans que je pusse chercher sur ses bords la place où elles l'avaient pressé. . . Voyons , ma belle

Elfride, non, ma Catherine je me

tromper A la mémoire de Richard

[Ciithcrine hoit ; Ethfhvood la suit des ynix tout litiletanf, prêt à lui ar radier h verre des lèores, puis le jette à ses pirds en criant : ) O Catherine, Catherine! pardonne-moi.

CATHEUiNE. Quoi donc ?

ETHELWOOD. C'est qu'il le fallait , voistu, c'est qu'il n'y avait que ce seul moyen... que cette unique ressource...

CATHEUî.XE. jMaisque veux-tu dire.

ETnEL\00D, l,ous étious perdus sans cela... nous étions à jamais sépar('s; tu pâlis... Catherine.

CATHERiXE. Oui , oui , je ne sais ce que

j'éprouve un vertige, uti éblouissc-

ment !...

ETIÎELWOOD. IMon Dieu...

CATHERINE. ?.îa poitrine bnile , mon front est en feu... oh! miis cette sueur est mortelle...

ETHELWOOD. Oli ! malheur .sur moi , malheur !. .. La voir souilVir ainsi... oh I ne valait-il pas mieux...

CATHERINE. Laisse-moi. . . laisse-moi...

de l'eau, de l'eau .. j'étouffe... oh! par grâce. . .par pitié, mon Ethel. . . SLaisjesens que je meurs... à moi... au secours !...

ETHELWOOD , ht pnnuiU dans ses brus Non, non, pas un cri...

CATHERINE , pnrluiil les rnains à sa iêle. Des fleurs, des bijoux! .. {Les arrarhun/.)

Désespoir oh! la vie, la vie, mon

Dieu...

ETHELWOOD. Mais tu ne mourras pas...

CATHERINE. Si jeiuic , si jenue, mourir... oh! mon Dieu, ayez pitié! Kennedy, Kennedy... oli ! miséricorde... je ne vois plus... je meurs.

(Elle sr; dc'bal ealre les bras iVEllse^woo^l et loniI)C en le rcponss.'inl.)

ETHELWOOD, courdié sur die el la serrant dans ses bras. Oh! Catherine, (>at!ierinc I Jilaintcnant, oh i je suis sûr au moins que nous mourrons ou que nous vivrons ensemble...

( Il l'embrasse encore , va à la porte par laquelle est SOI tie Kennedy, l'oiivrc, pi end une .<^onncl!c et sonne vio!cnimi:n!, puis icvtent à Callicrinc, l'cmbriisse ua^' fois encore, et disparaît par l.i même porte par laquelle il est entré. AussilAl Kennedy parait c'fiayéi; à la poite du fond.)

KENNEDY. Catherine, mon enfant

que t'arrive-t-il ali ! évanouie

pâle (^Mettant la main sur son cœui.)

Sans battement... {S^ approchant de sa /,o//- 67i5.) Sans souffle... morte!... morte!...

FIN lii: p.". nMiJîR Acrii,

LE MAGASIN IlIEATRAL.

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