‹ Pièces de théâtreChapitre 674 sur 1069 · CATHERINE, KENNEDY · texte numérisé non relu

CATHERINE, KENNEDY

((2:i: lierlne entre anpuyc'e sur le bras de sa nourrice.)

KENNEDY. Nous rentrons déjà , mon enfant?

CATiiEniNE. Oui, bonne, car il se fait tard.

KENNEDY. Le solcil se couclic à peine , cl, à celte heure, l'horizon est si beau, vu du haut de la montagne I

r.ATllEniNE, suiiria/if. Oui, magnifique! ... mais c'est le même soleil et le même horizon que j'ai vu hier!...

(Elle s'assied.)

KEWEDY. Allons, te voilà encore triste!..

(;\THEK[\E. Non, Kennedy, mais ennuyée.

KKNNEDY. Otii , pauvre "enfant , c'est rcniini qui fane tes joues, qui ternit tes yeux , qui brise tes forces... I\Iais conunent pc'iix-lu t'e!Hiuy;"r au milieu de cette belle campagne, si verte et si riche?...

c \TiiEK3NE. Certes, je la trouverais belle

SI je la voyais pour la j>remièie fois

lu.ii-; il y a dix-luiit ans que je la vois tous les joins.

KENNEDY. Il y a pl'is du double , moi... f .' "ependant je no m'en suis ])as encore i ■ fe : c'est cjue pauvre femme que je .suis, î. 5 désirs et sans ambition , j'ai toujouis etierché le bonlieiu- dans les clioses que je pouvais atteindre , et jamais au-delà.

r, \TnEni\E. Nourrice, tout ce qui est au-delà de ce que mus pouvotis atteindre doit être ce})endaiit bien beau! Londres!...on ditque c'est majîilifique. Quand donc habiterai-je Londres! mon Dieu!

KENNEDY. Tu te marieras un jour, mon

enfant , tu es trop belle et trop pure pour ne pas trouver un époux riche et nol)le.

CATHERINE, Th'cmeii/. Oui, n'est-ce

pas .^ et alors nous aurons un palais à

Londres... des barques sur la Tamise, des forêts où nous poursuivrons le gibier , un

faucon sur le poing suivis de valets et

de pages Tu viendras avec moi — parcourir mes terres recevoir l'hommage

de mes vassaux et alors je ne m'ennuierai ]dus , je serai belle , riche je

serai puissante, je dirai: je le veux... ei tout le monde m'obéira.

KENN.i:DY. Folle que tu es!...

CATJIERINE. Oh! vois-lu, Kennedy, si je croyais toujours rester ainsi , dans cette petite maison isolée.. .. entre ces murs étouff'ans... vêtue de ces habits, et entourée de ces meubles si simples ; vois-tu.... j'aiiiierais mietix me coucher dans un cercueil... pourvu qu'il fût couvert d'nn tombeau de marbre...

KE\\EDY. Il y a des jours , mon enfant, ou les rêves de ton imagination m'effraient.... Crois-moi , ne t'abandomie pas à de pareilles pensées.

Caïiîekine. Kennedy, mes pensées sont mon seul bonheur, mes rêves ma seule r ici le.sse . . . lai.sse-les-moi . . .

KENNEDY. Allons, je vois bien que tu veux encore être seule , pour te livrer à toutes tes folies Depuis un an je m'aperçois que ma présence te gêne, te fatigue.

CATiiERiNE. Oh ! ma bonne nière, tu te

tronqjes, tu es injuste mais, vois-tu ,

dès que je suis seule j'entends des voix

étranges qui mmiuurent à mon oreille...

je vois des apparitions bizarres qui jiassent devant mes yeux — Alors, tout se peuple et s'anime autour de moi.... la chaîne des êtres créés ne s'jri êle plus à l'honune ; elle

CATHERINE HOWAR'J .

monte jusqu'à Dieu Il me semble que

je parcours avec les yeux tous les degrés de cette échelle lumineuse , dont l'une des extrémités repose sur la terre , et dont l'autre touclie au ciel. Le feu qui pétille ce sont des salamandies , qui, en

se jouant , soulèvent des milliers d'étincelles... Dans cette eau qui coule sous ces fenêtres... il y a une ondine , qui , toutes les fois que je me penclie , me salue comme >a sœur... Cette brise parfumée, qui nous arrive le soir, passe toute cliargée de syl-

plies , qui s'arrêtent dans mes cheveux

Et salamandres, oudine, sylphes.... murmurent à mon oreille des paroles Oh!

des paroles à me rendre folle, tu l'as dit

kr\\î:dy. Quel âge de bonheur que celui où l'on n'a qu'à ferniei' les yeux pour voir de semblables merveilles!.... où l'on

se console de la véiité par des songes'

Dors, mon enfant , la nuit vaut mieux que le jour... I\îais prends-y garde: de tous les démons qui visitent les jeunes fdles pendant leur veille ou pendant leur sommeil, le plus dangereux et le ])k!S dillicile à chasser est celui de l'-înibition.

CATUEUiNE. Celui-là , Kennedy ce

n'est point un dt'mon , c'est un ange... et c'est le plus beau , le ]ilus séduisant de

tous C'est le roi du ciel car il a des

ailes dorées et une couronne sur la tête.

KEWEUY. Bonsoir, ma noble maîtresse. ..

CVTUEUINE. Bonsoir, Kennedy.

KEN\EDY. Bonsoir, rêveuse. IMe voilà plus tianquille, puisqiie je te laisse au milieu d'une cour de lutins, de fantômes et de fées.

SCE.C^ii VH.

CATHERir*, E , aenlr , fcniuinl la purle ih — Oiiiit dit; et aUanl en uin'n'r une uuirr.

Va, ma bonne nourrice, va, et laisse-moi ouvrir la porte parlaquelle entrent etsortent tous mes rêves. Kthelwood viendra-t-U ce soir? (Je matin il m'a dit, jieut-ètre.. . peutêtre est toxijours, oui. Il m'aime tant!

Cependant, s'il m'aimait, aurait-il des secrets ])our moi? me cacherait-il son nom , son sang , son titre ? quand je me suis donnée à lui , je me suis donnée tout entière , moi: je n'ai pas séparé mes jours de mes nuits , je ne lui ai pas dit: il y aura tant <riieures pour toi , tant pour le monde ; je lui ai dit : me voilà, prend-moi. Oli ! quel supplice! .serrer dans ses bras un houinie qu'on aime , et ignorer quel est cet homme, perdre son esprit dans des rêves d'espnir .

insensés peut-être , user les belles et joyeu ses années de sa jeunesse dans l'attente , dans l'ignorance , dans l'isolement , ne pas connaître le terme fixé à cette agonie , entendre pour seule réponse à toutes ses questions : plus tard , plus tard. Et tout va se perdre dans ce mot qui creuse inces^ samment un abîme dans ma vie. Le matin se lève , et j'espère tout apprendre dans la journée ; le soir arrive , et je n'ai rien appris. Bien heureux quand il peut dérober quelques heures, à qui? je n'en sais rien: à une autre peut-être , pour mè les donner, à moi, esclave, prisonnière ici, loin du monde. Et me voilà , moi, à cet instant où les heures de plaisir ])r,..sent joyeuses sur les villes, me voilà seule et triste , attendant mon mari , qui ne viendra pas peutêtre, mon mari qui a un titre , un rang ,

j'en suis sûre et qui ne me donne ni

rang, ni titre Si cependant j'étais à

Londres avec lui uiainlenant , au lieu de me d(''poui!ler deces modestes habits, dont la simplicité m'humilie , pour demander avant l'heure un sonuneil qui nv viendra

pas, je m'assiérais devant ma toilette!

( Elle s\issic:l dciuinf une ghicc. ) Je choisirais dans ces écrins qu'il m'a donnés , et qui me sont inutiles, les bijoux les plus riches. ( Elle oindre ses crrlns. ) .Te mettrais ce collier de perles à mon cou, ccsdiamans à mes oreilles , ces bracelets à mes bras. Parmi ces simples fleurs qui parent mes chevaux, ces épis de diatnans trouveiaii lU place. Cette ceinture de ]i:rrreries , nouée autour de nia taille , en ferait ressorî.r l'élégance. Un page nous ]m'céderait ; on ouvrirait devant nous des salons resplei;dissans de lumière ; et qitand je paraîtrais oh 1 si mon miroir ne ment pas,

tout le monde dirait: une reiiic n'est pas plus parée, une reine n'est ])as plus belle. . ( Se rcioiiriKint et ajien e\.iitnt EtheUvuod del/uut piès (le Iti jtorte , rt (ji'l d niteiidu lu fin

du nioiioliigiic.) Oh! oh! Etiiehvood ,

mon ami, je ne t'avais pas vu.

scÈ?vE yni.

CATHERINE, ETIIEL^VOOD.

ETHELWOOD. Je conçois. Vous étiez occujjée de soins trop ini])ortans pour reip.arquer mon airiv(''(;...

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