SCENE PREMIERE
r.TîIKLWOOD, appuyé ronirc le tombeau m jurr; UN PRETIIE, accomplissant les (Irnii'ers rltrsd'un enterrement catholique ; KK.NNEDY, Jednks Filles.
i.r. PUICTUE. Heureux ceux qui meurent jcui:es et qui se coudient dans la tombe avec leur robe d'innocence, car ils s'enilorment sur la terre et se ré\-eillent dans le ciel I Ce n'est plus nous maintenant , douce et blanche colombe , qui prions pour toi ! c'est toi qui prie pour nous ; conserve loi là-liaut dans la grâce du Seigneur , comme tu t'es conservée ici-bas clans sa miséricorde.
(11 prend un rameau de Luis, le trempe dans le bénitier et le sjcoue sur el'e.)
RK\.\i:dy , se jetant sur lu tombeau. IMon eiiiant, ma pauvre enfant! oh I qui m'aurait dit jamais que ce serait moi qui te feriiRiais les yeux et qui te déposerais dans le tombeau I Ohl c'est une épreuve cruelle que le Seigneur m'avait réservée... Catherine, Catherine!... Oh! mais il est impossible que Dieu me l'ait reprise si jeune!
Oh ! mon enfant , mon enfant chérie !
mon Dieu , Seigneur , mon Dieu !
(Deux femmes renliaîacnl.)
l.xii; JEUNE FILLE. Dors en paix, notre sœur ch'-rie, tu étais trop belle pour ce monde ; Dieu a vu qu'il lui manquait un an^e , et il t'a rappelée ; sans doute en ce i;iotnent tu planes déjà au-dessus de nous avec tes ailes blanches et ton auréole d'or, jouis de ta gloire éternelle, et, puisque tu nous aimais sur la terre , prolége-nous du ciel.
(Les jeunes fiUes jettent de Teau bc'iiite.)
ETIIELWOOD, quîtlanl sa phi: e et prenant le rameau des mains rie la dernière jeune fille. A mon tour, Catherine, à mon tour à
jeter l'eau sainte sur ton corps glacé. (Tout le monde sort du tombeau ; EtheLvood reste seul.) Oui , Fleming m'a tenu religieusement parole. Son sommeil est bien le frère jumeau de la nioit, et, s'il n'était mon ouvrage, mes yeux eux-mêmes se tromperaient à la ressemblance... Fragilité de l'existence humaine! quelques gouttes, ti rées de certaines plantes , suflisent ]iour la suspendre ; quelques gouttes de plus , elle était éteinte , et l'ame qui étincelait dans ces yeux maintenant fermés, qui vibrait dans cette voix maintenant muette, qui donnait la vie et la pensée à ce corps maintenant innuobile et froid , s'envolait alors à jamais, et remontait à la source des choses. Qu'est-elle devenue pendant cette léthargie, qui est plus que le sommeil et qui est moins que la mort? Voltige-t-elle dans le pays des songes , dort-elle comme une lampe sainte enfermée dans le tabernacle ? est-elle allée heurter à la porte de ce monde inconnu qu'on appelle l'éternité ?.. et lorsque le sang recoiumencera à circuler dans ces veines , lorsque la pensée reviendra animer l'esprit, et que cette ame, exilée im instant, rentrera dans ce corps, comme une reine dans son palais, aura-t-elle mémoire des choses de ce monde ou des choses du ciel qu'elle aura vues pendant ces deux jours? Ohl je conçois que l'assassin n'ait pas de remords à la vue de sa victime , car si ce corps inanimé n'est pas heureux, il est bien tranquille du moins! — ^Oh I Catherine, Catherine ! ne vaudraitil pas mieux que je me couchasse près de toi dans ce toiubeau , que j'en fisse sceller le couvercle sur nos tètes et que nous dormissions ainsi dans les bras l'un de l'autre jusqu'au jour du réveil éternel, plutôt que de remettre nos jours aux hasards du monde et aux chances de la fortune. Qui sait ce que Dieu garde pour nous, dans sa main, de bonheur ou de calamités? qui sait si un
CArilEHKNt HO\V.\KD,
jour tu me béniras ou me niauduas de ton réveil?... car il n'y a d'avenir certain que celui de la tombe , et celui-là , pourquoi l'attendre, puisque si facilement on peut aller au devant ? Oh ! Catherine I (// se baisse et l'embrasse au f roui.) Dieu!., mon Dieu!... elle a tressailli , je crois... ma voix a été chercher son ame jusqu'au fond de son sommeil. Oh I Catherine, Catherine ! reviens à toi , plus de pensées de mort... la vie , la vie... avec toi heureuse ou malheureuse , dans la joie ou dans le désespoir... Mais, ô mon Dieu, oli I la vie , la vie ! . . . {Se reloiirunnt vers Iti porte du tombeau qui s'oin'rc.) Malheur! qui vient ici ?. .. et comment, imprudent que je suis^ n'ai-je pas fermé cette porte derrière la dernière personne qui est sortie? (Faisant queLtiies pas vers l'entrée, puis rcndanl aoec effroi?) Le roi... le roi ici! {ReiH-nnnt au tombeau et se courbant sur /ai.) Puissances des ténèbres, faites peser sur ses yeux votre soninieil de fer, et qu'ils ne se rouvrent plutôt jamais que de se rouvrir maintenant.