SCENE II
HENRI, ETHELWOOD.
HENRI , après aooir avoir fermé la porte et se truuiHint un instant dans /es ténèbres. Duc de Dierham , où étes-vous ?
ETUELWOOD , allant au-devont du roi.
Me voilà. Sire.
HENRI, s' appuyant sur lui. Bien, Ethelwood. . . bien ; vous êtes mon fidèle, vous.. . Où est-elle?
ETHELWOOD , montrant le tombeau de lu main. Là.
HENRI. Je te remercie, inilord, de l'avoir fait déposer dans les caveaux de ta famille... huit jours plus tard, je te donne ma parole l'oyale qu'elle eût dormi dans ceux de Westminster.
ETHELWOOD. Sire , la femme siu- laquelle votre Grâce avait daijjné jeter les yeux pendant sa vie devait être, même après sa mort , un objet de respect et de vénération pour moi. Mais conunent votre Grâce est-elle descendue seide ?
HENRI. J'ai voulu la voir encore une fois avant que le tombeau se fermât sur elle... Lorsque les gens de ma maison qui t'avaient accompagné hier malin sont revenus médire que vous l'aviez trouvée morte, et que tu étais resté pour lui rendre les derniers devoirs, je ne voulais pas croire k rctte nouvelle.,, et comprends-iu, Ethel-
wood .. iiîoi qui resterais impassible devant la chute de mon trône, eh bien! en apprenant la mort de cette enfant, mou cœur s'est gonflé... mes yeux se sont remplis de larnîcs ! . . . Oh ! il faut que je la voie encore une fois!...
ETUELW'OOD, acec une résolution désespérée, tire su/i piiiqiinrd d'an- main, de t'uutre. Icçe le roile qui co'H'rc Catherine , cl prenant la lampe, il l'a/iprorlie de sa jigur<'. Regardez-la donc. Sire...
LE ROI , la regardant fixement. IMorte . morie , morle ! . . ( LcKVud les yeux au riel.) J'ai donc bien od'ensé Dieu !... Une étoile
se levait sur l'Angleterre et sur moi la
mort souffle dec^siis et l'éteint Cette
femme m'eut peut-èire fait meilleur et plus juste cependant... car, en dissipant la tristesse qui enloure mon ame comme un nuage , elle l'eût éclairée. IMisérable pouvoir humain, si puissant pour détruire, si impuissant pour rendre à la vie!
ETHELWOOD. Sire, au nom du ciel...
HENRI. Oh ! s'appeler Henri YIII , être roi d'Angleterre , être aussi grand que François I"^"^ , aussi riche cjue Charles- Quint ; n'avoir qu'à souffler sur une flotte pour la pousser d'un monde à l'autre , n'avoir qu'à choquer sa lance contre son bouclier pour soulever des armées, et se sentir ici... devant ce tombeau , aussi faible , aussi impuissant f[ue le dernier des êtres créés auxquels s'arrête la chaîne de la vie ! .. Oh ! presser cette main entre mes mains royales, et ne pouvoir la réchauffer.
ETIIELW OOD , touchant l'autre main.
Presse cette main, Henri, je te le permets, car cette main est froide encore...
HENRI. Catherine , ma belle fiancée !
[lui mettant un anneau au doigt) porte au moins dans la tombe cet anneau que tu n'as pu porter sur le trône.. . Oh ! si je pouvais racheter ta vie, quelle rançon royale j'en donnerais ! — Que vous faut-il , mon Dieu, et que demandez-vous pour souffler une seconde fois sur cette ame?
ETHELWOOD. 3Ialédiction ! .. . son cœur commence à battre. . .
HENRI. Seigneur, Seigneur, n'avez-vous pas deux balances j)our peser les destinées humaines? est-il vrai que souverains et sujets soient égaux devant vos yeux? et la mort entre-t-elle d'un i)as aussi insouciant dans les palais que dans les chaumières?., des genoux royaux qui plient, une tète couronnée qui implore, ne peuvent-ils ]ias obtenir davantage devons, c|u'un mis 'râble moine dans sa cellule, ou qu'un malheureux bûcheron dans sa cabane?... C< n'ét-îil; ou'une pauvre femme , celle qui
LE MAGA.-IN THÉAIKAL
VOUS priait de lui rendre sa filie morte , et cependant vous avez pris sa tille par la main , vous lui avez dit : Levez-vous I et elle s'est levée... Mais aussi cette femme... c'était une mère ! . . .
ETHELVVOO» , étoutuiit. Elle respire !.. . Sire , vous ne pouvez rester plus long-tems ici. Ces regrets sont une profanation , ces paroles des blasphèmes pour tenter la puissance de Dieu...
HEMil Mais sortir... je ne le puis, je ne puis m'arrachcr de cette tombe...
ETUFXWOOD. Damnation! elle s'éveille! .
Sire ! Sire!... laissons dormir les morts dans leurs suaires , ou tremblons qu'il ne se dressent devant nous, pour nous maudire d'oser troubler ainsi leur dernier sommeil. (// entraîne le roi.) Venez!...
( ElhcKvood sort avec "e roi , feraie la porte tlu loin beau à ck'f. )