‹ Pièces de théâtreChapitre 682 sur 1069 · SCENE YI · texte numérisé non relu

SCENE YI

CATHERINE , ETHELWOOD.

ETHELWOOD , de la porte. Catherine !

CATHERINE , Se relevant. Heim ?

ETHELWOOD. Catherine, viens , tout est tranquille; sors de ce caveau funéraire.

CATHERINE , allant à lui. Ethelwood , tâche que ton palais me paraisse aussi beau!

CATHERlïiE' "IÏOWAUD.

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(Êimtxïhnc '^abkaiu

line chambre du château de Dlerham.

SCEINE VII.

ETHELWOOD, près d'une fenêtre ouverte, la tête posée dans se^ r/?<//H.f;CATHERINE, entrant.

CATHERINE , allant à Ethehvood et lui ifonnant lawain. Monseigneur...

ETHELWOOD. Oh ! c'est VOUS... Soyez la bien-venue pour mon cœur. Comment ma belle Catherine a-t-elle reposé cette nuit dans sa nouvelle demeure ?

CATHEiiiNE. Je n'ai pas dormi un seul tustaut.

ETHELWOOD. Et cependant vos yeux sont brillans , et votre teint rosé, comme si le sommeil avait secoué sur vous toutes les fleurs de la nuit.

CATHERINE. C'est que la veille a parfois des songes aussi doux que ceux du sommeil ; c'est que le bonlieur et l'espoir rendent aussi les yeux brillans et les joues rosées.

ETHELWOOD. Yous êtes donc heureuse ?

CATHEUlXE. Oh! oui, depuis que vous m'avez promis que nous ne quitterions pas l'Angleterre.

ETHELWOOD. Mais si nous ne quittons pas l'Angleterre, ma belle duchesse, il vous faut renoncer à ce titre , aux plaisirs de la cour de France , au bonlieur de vous er.tendre dire vingt fois le jour que vous êtes belle.

CATHERINE. Vous me le direz , vous.

ETHELWOOD. Mais vous vous lasserez de l'entendre toujours répéter par la même bouche.

CATHERINE. Oh! non.

ETHELWOOD. Chère ange I

CATHERINE. Mais, dis-moi, pourquoi m'as-tu reléguée dans l'appartement le plus reculé de ce château ; il me semble cependant que la vue que l'on découvre de cette chambre est beaucoup plus belle , et durant tes absences , car , tu me l'as dit , tu seras obligé d'aller de tems en tems à la conr, cette vue m'eût été une distraction?

ETHELWOOD. Catherine, cette chambre a toujours ét('' la mienne. Un changement dans mes habitudes eût pu faire naître des soupçons ; mes pages , mes domestiques y

viennent cherclier, à chaque heure du jour, mes ordres ; si quelcjue étranger s'arrête au cliâteau , c'est ici qu'on le conduit à l'mstant; tu vois que j'avais tout calculé, et que c'était une chose impossible.

CATHERINE. Mais je poiurai, n'est-ce pas, car d'ici l'on découvre la route , je crois , y venir épier ton retour , te saluer de loin avec mon mouchoir, et te dire par im signe ce que je ne pourrai te dire encore avec la voix : Viens vite, car je t'aime, je pense à toi , et je t'attends.

ETHEL^WOOD. Mais lecliâteau tout entier n'est-il pas vôtre, mon amour? — Oui , viens ici , mais jamais sans les plus grandes pxécautions , n'est-ce pas, jamais sans fermer cette porte comme je vais le faire?

CATHERINE. Dis-moi , c'est Londres que l'on découvre d'ici !

ETHELWOOD. Oui.

CATHERINE. Est-ce qu'ou peut aperc« voir le palais de White-Hall ?

ETHELWOOD. Levoici.

CATHERINE. C'est la résidence royale, n'est-ce pas 't

ETHELWOOD. Pendant l'Jnver ; l'été , le roi habite Greenwich.

CATHERINE. C'est dans ce palais que fut conduite Anne de Boulen lorsqu'elle monta sur le trône ?

ETHELWOOD. C'est vrai.

CATHERINE. Anne de Boulen était de petite noblesse , je crois ; ce fut le roi qui la fit marquise de Pembroke , lorsqu'elle n'était encore que dame d'honneur de Catherine d'Aragon ?

ETHELWOOD. Pourquoi me fais-tu ces questions ?

CATHERINE. C'est que l'on m'a raconté que lorsqu'elle se rendit du palais de Greenwich à Londres , elle avait une suite royale ; elle remonta , m'a-t-on dit , la Tamise dans une barque aux armes d'Angleterre , suivie de cent autres bateaux remplis les uns d'officiers de la maison du roi , les autres de dames nobles et de musiciens : dis-moi, est-il vrai que , lorsqu'elle mit le pied sur la rive, on lui jeta sur les épaules un manteau de reine, et qu'elle monta dans une litière de satin blanc ou verte de tous côtés , afin que le peuplé pût

ÎO

contempler à son aise celle qui allait régner sur lui? C'est Kennedy qui m'a raconté tout cela.

ETHELWOOD. Elle ne t'a pas trompée.

CATHERINE. Aux deux cùlés de sa litière, n'est-ce pas, marchaient le connétable et le grand- maréchal ; derrière elle venaient les femmes de la grande noblesse d'Angleterre, les ambassadeurs de France et de Venise, puis trois cents gentilshommes montés sur de magnifiques chevaux? {Rciiiurqinint le regard fixe et étonné (rElIielawod.) jN 'est-ce pas , vêtue de ce magnifique costume , et avec cette suite splendide , qu'Anne de Boulen arriva à la porte du ])alaif de ^Vhite-Hall où l'attendait le roi?

ETHELWOOD. Et trois aiis après elle sortit par la même porte vêtue de noir et accompagnée d'un seul prêtre pour se rendre à la 1 our de Londres où l'attendait le bourreau.

C.VTUERINE Elle avait mérité son sort en trompant le roi; car, enfin, elle jeta , eu présence de toute la cour , au tournois de Greenwich, son bouquet à un chevalier.

ETHELWOOD. Yous êtes admirablement instruite de toutes ces choses , ma belle savante, et c'est un nouveau mérite que je ne A'ous connaissais pas.

(Il va pour lu; baiser !a inaiii, touche de ses lèvres l'anneauque leroi lui a mis au doigt, et tressaille.)

CATHERINE. Qu'as-tu donc?...

ETHELWOOD. RieU.

CATHERINE. Mais, enfin?

ETHELWOOD. Je n'ose.

CATHERINE. VoyonS.

ETUELW^OOD. Et SI c'est uii Sacrifice que je vais te demander.

CATHERINE. Dites toujours et nous

verrons si nous vous aimons assez pour vous le faire.

ETHELWOOD. Cette bague.. .

CATHERINE. Eh bien!

ETHELWOOD. En baisant ta main tout à l'heure, je l'ai rencontrée sous mes lèvres: et cette bague te fut donnée par un autre que par moi... tiens-tu à la conserver?

CATHERINE. Ne tiouves-tu pas qu'elle va bien à ma main et qu'elle en fait ressortir la blancheur?

ETHELWOOD. Mais, cher amour, ta main

est assez belle et assez blanche sans elle

donne-la-moi.

CATHERINE. Vn anneau qui vient d'un roi est une chose rare et curieuse à conserver...

ETHELWOOD. Oui , mais lorsque ce roi l'a donné comme un gage d'amour ?. ..

CATHERINE. Jaloux que tues...

LE MAGASIN THEirKAL.

ETHELWOOD. Oui, je l'avoue, Catherine oui, je suis jaloux, et il est bien

heureux , je crois , que nous vivions ainsi séparés du monde , car ce que j'aurais souffert lorsque je t'aurais vue l'objet des désirs et de l'adoration des autres hommes , non, cela ne peut s'exprimer. Oui, j'aurais été jaloux de tout , j'aurais pris en haine celui que ta robe aurait effleuré en passant. Oh ! Catherine, Catherine! ( Se jetant à ses pieds. ) Oui , je sais que c'est de la folie, que je suis un extravagant, un insensé, mais n'importe, tu me plaindras, tu auras pitié de moi, tu ne me briseras pas le cœur en gardant cette bague...

CATHERINE, selci^onl. Ethelwood sur

la route de Londres là-bas Yois-tu

pas une troupe de cavaliers qui vient de ce côté? elle prend l'avenue de ton château.

ETHELWOOD. En effet!... quels sont ces hommes , et que viennent-ils faire?

(Il se penche en dehors de la fenêtre.)

CATHERINE , Cl part. Il Oubliera l'anneau ! . . .

ETHELWOOD. Mais je ne me trompe pas...

Mon Dieul... c'est lui... lui!... Que me veut-il encore?...

CATHERINE. Qui lui?

ETHELWOOD. Henri d'Angleterre.

CATHERINE , faisant un moiwement pour s^élancer vers ta fenêtre. Le roi...

ETIIELW^OOD , la repoussant. Oui, oui, le roi! {L'entraînant.). Fuis à l'instant, Catherine, rentre, rentre chez toi, je t'en supplie ; et , au nom du ciel , au nom de notre amour, au nom de ma vie... oh I cache nron trésor à tous les yeux. (S' arrêtant au milieu delà chambre.). Entends-tu le son du cor?... il est là... à la porte... il monte. . . il va venir. . . (La poussant dehors.) Il vient!..

( Catherine disparaît, Elhelwood tire la tapisserie sur la porle par laquelle elle est sorlii; )

ETHELWOOD, seul. Quc vient-il faire?..

Aurait-il appris que je l'ai trompé... Oh! non, car alors c'est le grand-chancelier qui serait venu , et non pas lui.

l'.N PAGE, annonçant. Sa Grâce le roi.

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