‹ Pièces de théâtreChapitre 683 sur 1069 · SCE^E VIII · texte numérisé non relu

SCE^E VIII

HENRI , ETHELWOOD.

ETHELWOOD, s'iricîiiunit. Sire...

HENRI. Bonjour, milord.

ETHELWOOD. Yotrc Grâce chez moi, àSire... quel honneur!..

CATHERINE HOWARD

HENri. Il faut bien que je te vienne chercher dans ton château de Dierham , puisque tu ne viens plus me voir dans mon palais de White-IIall.

ETHELWOOD. Un Ordre de votre Grâce, et à l'instant même je m'y rendais...

UEXRl. Oui ; mais j'avais à te parler de choses instantes et secrètes ; et les murs ont là-bas tant d'oreilles ouvertes autour de ma bouche , que j'ai préféré venir te les dire ici devant ces vieilles tapisseries.

(Calherine soulève la portière et e'coute.)

F.THEI.WOOD, présenlant un siège au roi. Votre Grâce daignera-t-elle ?

(Le loi s'assied, Elhelwootl reste debout.)

HENRI. IMerci.

ETHELWOOD. Maintenant, oserai-je demander à votre Grâce comment elle a supporté depuis deux jours le chagrin dont je l'ai vue si cruellement atteinte.

HEXRI. Milord , telle est notre condition royale , que rien n'est à nous , pas même la douleur. Oui , oui , la blessure est là , ouverte et saignante ; mais l'Angleterre désolée me montre la sienne ouverte et saignante aussi ; et je dois songer à elle avant de songer à moi.

ETHELWOOD. Comment, Sire?

HENRI. Oui, Olivier Sainclair et Maxwell sont entrés sur le territoire anglais à la tète de quinze mille hommes ; toutes les marches de l'ouest sont eu feu , et nous n'avons à leui* opposer de ce côté que Thomas Dacre et John Musgrave avec quatre ou cinq cents chevaliers et hommes d'armes. ''

ETHELWOOD. Sire , tout ce qu'il y a de tioblesse en Angleterre se lèvera comme un i-eul honnne , et marchera contre l'ennemi lomniun.

HENRI. Oui , milord , et c'est moi ^qui la ;:omnianderai ; mais une guerre en Ecosse, ,inf guerre d'extermination , comme celle que je veux y faire, n'est point une entre- |)rise de quelques jours, et pendant mon absence , Londres, veuve de son roi, reste ♦•xposée;mx intrigues de Charles - Quint et de J'aul III. Ma sévérité envers les catholi(iues, sévérité qui portera son fruit dans l'avenir, j'en suis certain , a semé le mécontentement et la haine dans le haut clergé : je ne puis donc quitter Londres , qu'eu y laissant mon pouvoir royal entre des mains fortes et puissantes.

ETHELWOOD. Sire , vous avez le duc de Norfolk.

HENRI. Honune de guerro et voilà tout , qui n'a qu'un bras et ])as de tète.

ETHELWOOD. Sir Thomas (^raimier.

HENRI. Qui au fond du cœur prot('go lo clergé catholique, et qui n'a acciieilH li réforme que pour garder son évèché d'York , et son archevêché de Cantorbéry.

ETHELWOOD. Le cotute de Siisr^ex.

HENRI. C'est cela. Un jcime foii , qui encombrera mes archives de décrets soni]ituaires sur la coupe des pou!])oiii{s et la couleur des robes. JNon, milord.... il me faut pour vice-gérant de mou royaume un homme de cœur et de tète , de courage et de prudence ; il faut sintout que cet homme m'aime , et , plus que moi encore , aime l'Angleterre. . .Voyons , tu iloid, songcs-y... Ne sais-fu pas quel est l'homnn qui réunit ces qualités?

ETHELWOOD. Non , Sire, je vous le jure.

HENRI. Vous êtes bien modeste, ou bien aveugle, mon cousin —

ETHELWOOD. Comment ! il se pourrait que votre Grâce eiit songé?...

HENRI. Ah ! tu devines enfin. Eli bien! oui , miloid , tu es l'hoinnie qu'il me faut ; aimé du ])euple , qui te verra ai river à ce rang avec plaisir ; estimé de la noblesse , qui t'y verra rester sans envie. D'ailleurs, écoute -moi, milord, j'ai encore autrd chose à te dire : un projet qui éioufierait le murmure dans la bouche du plus hardi. ETHELWOOD. Parlez, Sire.

HENRI. Depuis un an tu as rêvé un honneiu- plus grand encore que celui que je t'offre.

ETHELWOOD. Moi .'

HENRI. Ta bouche, je le sais , n'a point prononcé un mot qui pût trahir ton secret ; mais tes yeux , milord , l'ont ap])ris à quiconque a voulu se donner la ])eine de le lire ... Milord , tu aimes ma sœur —

ETHELWOOD. Sire...

HENRI. J'ai interrogé hier la princesse Marguerite sur ses sentimens à ton égard.

ETHELWOOD. Elle ne m'aime pas

elle....

HENRI. Elle t'ai^ie.

ETHELWOOD. Mou DieU !

HENRI. Cette fois au moins , moii cœur et ma politique seront d'accord. ( TciidaiU la main à Eth-hvood. ) Tu seras heureux , Ethehvood , et ton bonheur assurera ma tranquillité , alors , en laissant , non seidement un ami , mais un frère , gérant du

royaume je pars sans crainte , car s'il

m'arrive malheur, comme la loi m'a autorisé , vu l'illégitimité de la naissance des princesses Marie et Elisabeth , et la fai- Idesse de la santé du prince Edouard, à nie noiiinier , de ma seule autorité, un sucressetn-. {Se Irmnl. ) Alors, frère, jeté

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laisserai un testament , dont le grand-chancelier aura le double.

ETHELWOOD. Sîrel...

HENRI. Eh bien !

ETHELWOOD. Oh ! c'est trop de bonté pour moi.... indigne que je suis.

HENRI. Comment?

ETHELWOOD. Oui, cav jenepuisiien accepter de ce que m'offre votre Grâce.

HENRI. Heim! qu'est-ce à dire ? milord... vous devenez fou , ce me semble?

ETHELWOOD. Sire. . . je comprends combien je dois vous paraître ingrat et insensé.... mais je ne le puis, Sire, je vous le juie... non , je ne le puis.

HENRI , avec le Ion de la menace. Milord!... vous réfléchii'ez.

ETHELWOOD , relevant la tête. Sire , mes réflexions sont faites.

HENRI. Vous refusez la régence du royaume ?

ETHELWOOD. Je suis reconnaissant de l'honneur que veut me faire votre Grâce... mais je ne puis l'accepter.

HENRI. Vous refusez la main de la princesse Marguerite?

ETHELWOOD. Je sais combien peu je i devais m'attendre à l'offre d'une pareille alliance — Aussi je me rends justice, en m'en déclarant indigne.

HENRI. Et vous ne songez pas qu'après l'ami vient le roi , après la prière , l'ordre.

ETHELWOOD. Sire , au nom de ce que vous avez de plus cher, ayez pi lié de moi , Sire... sauvez-moi de ma propre destinée !

Votre prière a fait de moi un ingrat

votre ordre en ferait un rebelle....

HENRI. C'est ce que je serais curieux de voir.

ETHELW^OOD, s' avançant pour lui prendre la main. Oh! je supplie votre Grâce...

HENRI , le repoussant. Arrière , milord !

ETHELWOOD , portant la main à son épée. Sire ! . . . »

HENRI. Prenez - y gai'de , mon cousin.

Vous venez de toucher la garde de votre épée en présence du roi , et c'est crime de haute trahison.

ETHELWOOD. Mais que faire! ô mon Dieu ! . . . que faire ! . . .

HENRI. Milord , nous avons vu luire autour de notre trône des fortunes plus brillantes que la vôtre, nous avons soufflé dessus , et elles se sont éteintes.

ETHELWOOD. Jelesais...

HENRI. Vous êtes marquis de Derby , je crois , n'est-ce pas ? oui , duc de Dierham , et puis encore pair d'Angleterre ; vous possédez trois cents villages , habités par dix mille vassaux ; vous êtes riche et puissant

parmi les princes. . . Eh bien î je puis arracher lambeaux par lambeaux vos titres et votre fortime, et vous jeter à l'orage et à la tempête plus pauvre et plus nu que le mendiant qui s'assied aux portes de mon palais.

ETHELWOOD. Vous le pouvez.

HENRI. Je puis vous traîner devant la chambre des pairs, où vous avez encore votre siège, vous y accuser de haute trahison, oui, de haute trahison, milord , car vous avez porté la main à la garde de votre épée, et cela en notre présence royale.

ETHELWOOD. Je ne le nierai pas.

HENRI. Et lorsque le jugement de mort aura été prononcé , vous montrer du doigt l'échafaud de Dudley, d'Empson et de Cromwell.

ETHELATiroOD. J'y monterai. ''

HENRI. Oh! c'en est trop, milord.., et nous verrons lequel pliera de nous deux, ( // fait quelques pas pour sortir , Etiielivooà le suit.) Restez,

ETHELWOOD. Sire , je suis encore marquis de Derby, duc de Dierham, pair d'Angleterre, le château où votre Grâge se trouve en ce moment est à moi ; un jugement de la chambre haute ne m'a point encore déclaré traître... Je suis donc toujours votre sujet et votre féal ; à ce titre il est de mou droit de vous reconduire jusqu'à la porte où votre suite vous attend , et de mon devoir de vous présenter le genou pour monter à cheval.

HENRI. Venez donc , milord , mais nous vous donnons notre parole royaleque c'est la dernière fois que nous vous accordons cet honneur.

(Ils sortent.)

SCEINE IX.

CATHERINE, seule, s 'avançant lentement.

Il est beau !. . . ah ! voilà donc le roi, celui qui m'aime, l'homme qui est descendu dans ma tombe , qui a passé à mon doigt cet anneau de fiançailles, qui e ût mis sur ma tète une couronne. Comme il est fort et puissant, au milieu de tout ce qui l'entoure, cet homme à qui il faut une île pour se mouvoir et respirera l'aise! comme ils sont faibles et petits auprès de lui , cee comtes, ces marquis et ces ducs qui forment le cortège étoile du soleil de l'Angleterre ! oh! les voilà tous {regardant

par la fenêtre) tète nue et inclinée , tandis que lui passe au milieu d'eux têtehaute, et couverte Mais , que vois-je Ethel-

CATHERINE HOWAUD.

wood pliant le genou et lui présentant l'étrier... Ethelwood, un homme, un noble, mon mari ; quelle honte !.. Ohl le voilà qui part , emporté vers cette ville dont toutes les portes vont s'ouvrir pour le recevoir , suivi de cette troupe de courtisans , dont pas un n'osera essuyer la poussière que le Jieval du roi fera voler jusqu'à son front!... Oli ! roi, roi, poursuis ta course, hausse-toi de la bassesse de ceux qui t'entourent, plus tu mettras d'hommes sous tes pieds , plus tu sera grand et plus celle que tu feras asseoir près de toi sera grande ! . . . Si je devenais veuve ! . . .

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