HENRI , LA PRINCESSE MARGUE- RITE
MAUGLERITE , couchée aux pieds du roi ci la trie sur ses genoux-. Ohl monseigneur, monseignctu-, permettez-moi de pleurer devant vous , car vous seul pouvez savoir jpourquoi je pleure I... Je l'aimais tant,, et depuis si loiig-tems I
r.ENRT. Du courage , mon enfant !
MARGUERITE. Quand avant- hier vous étiez au di'icspoir, coniuie j'y suis aujourd'hui, vous ai-je dit, moi : Du courage , mon frère? Non.. .'je vous ai dit: Pleurez, car vous avez le cœur plein de larmes !
HENRI. lofais tu le vois, moi j'ai renfermé celte douU;ur... et nul ne pounait dire maintenant que j'.'.i tant souifert.
MAROIERITE. 0!i ! ce n'^'tait pas vo(re
premier amour, à vous, et il n'y avait pas deux ans que vous le gardiez dans votre cœur, comme un avare son trésor !... puis vous êtes homme et roi : entre la politique et l'ambition , une femme tient peu de place dans votre vie... Mais moi, moi qui ne rêvais qu'im bonheur solitaire et ignoré, moi qui désire autant descendre les marches du trône, qu'un autre désire peut-être les monter !... Dites-moi donc, Henri, quel vent, venu de la terre au lieu de venir du ciel , souffle donc autour de votre palais... et dessèche ainsi tout ce qui est jeune et beau? Oh! Henri! Henri! vous avez tant donné à la mort , que la mort vous le rend !...
HENRI. Et cependant, je te le jure, Marguerite , pas une des condamnations que j'ai rendues ne pèse à ma conscience , pas un spectre ne tourmente mon sonnneil...
Tovons, est-ce la mort d'Euipson et de Dudlev que (u me leproches? mais ien':ii
CATHERINE HOWARD
SO
fait que continuer le jugement rendu con- Xvc eux , sous le règne du j'oi mon père. Est-ce la condamnation de Volsay, débauché, prévaricateur et assassin, qui avait teint sa robe de cai-dinal, non dans la pourpre, mais dans le sang ? Est-ce l'exécution de Fischer, criminel d'état, traître de haute trahison, à qui j'eusse cependant fait grâce, si Paul III, en lui envoyant dans sa prison le chapeau de cardinal , ne m'eût provoqué à lui envoyer la tète de l'archevêque ? Est-ce la mort du lâche Cromwell, parti de si bas pour arriver si haut , qui se fit pour monter un marche-pltd du corps de son prédécesseur, et que les pleurs des veuves et des orphelins avaient soulevé jusqu'au trône?... Je ne parle pas du supplice d'Anne de Boulen , condamnée, non par moi , mais par un tribunal composé de pairs , de généraux et d'arclievèques. La sentence a été rendue par eux , et non par moi. J'ai mis ma signature au bas , et voilà tout. . . Oli ! non , non , ma jœur, tout cela est l'œuvre d'un hasard funeste, et non la pmiitiou de Dieu.
(Il se lève cl se promène.)
MARGUERITE , toujours agenouillée. Oh !
mon frère, vous avez plus perdu que personne ; car parmi tous ces courtisans qui flattent le roi, c'était le seul homme qui aimât Henri.
HENRI. Je le sais.
MARGUERITE.^ C'est uue perte qui fait pencher le trône.
HENRI. Je le sais.
MARGUERITE. C'était ce qu'il y avait de plus noble parmi la noblesse, de plus brave parmi les braves.
HENRI. Je le sais.
MARGUERITE. Et cependant ! . . . c'est vous qui l'avez menacé , mon frère I c'est vous qui l'avez poussé à cette affreuse extrémité ! c'est vous qui êtes cause!...
HENRI. Tais-toi ! tais-toi ! je jetterais dans le gouffre qui tourbillonne sous cette fenêtre mon sceptre , ma couronne , mon trésor royal tout entier , pour ne lui avoir pas fait les menaces que je lui ai faites !. .
MARGUERITE. Oui, mais vous les lui avez faites, mon frèie, et il est mort!...
( La porte <la fond s'ouvre ; un huissier para'il )
HENRI. Silence! Marguerite. Voici les membres de la chambre haute, dont il faisait partie, qui reviennent de conduire le deuil. Rentre chez toi.
MARGUERITE. Non, je VOUS prie, laissezmoi encore une fois entendre parler de lui. Son nom sera assez vite oublié, allez!... Je serai couragease, je serai cahne. nul ue
saura que j'ai pleuré , \\\i\ ne veira qthe je souffre... Laissez-moi voir ceux qui le quittent, et qui ont fermé hier sur lui la porte qui ne se rouvre jamais.
UN HUISSIER. Milords de la chambre haute.
LE ROI. Faites entrer.