‹ Pièces de théâtreChapitre 684 sur 1069 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

CATHERINE , ETHELWOOD , entrant pâle et agité.

ETHELWOOD. Catherine !

CATHERINE , suwant le roi des yeux. Me voici.

ETHELWOOD. Bien , bien , écoute, attends, tme plume, un parchemin.

CATHERINE . Que faites-vous ?

(Il se met à une table et écrit.)

ETHELWOOD , écrioant. Où étais-tu pendant que le roi était ici ?

CATHERINE. Derrière cette tapisserie.

ETHELWOOD , écihunt toujours. Et tu as entendu ?

CATHERINE . Tout !

ETHELWOOD. Tu sais que mes biens sont con6squés?

CATHERINE. Oui.

ETHELWOOD. Que je n'ai plus de titi-es?

CATHERINE. Oui.

ETHELWOOD. Que ma vie même est menacée?

CATHERINE. Oui, oui , mais le roi se laissera fléchir ! . . .

ETHELAVOOD, se teocini et la regardant. Et tu sais pour qui je perds tout ?

CATHERINE , se jetant dans ses bras. Oui, je le sais.

ETHELWOOD. Eh bien! le moment que j'attendais est venu.

CATHERINE. Que veux-tu dire ?

ETHELWOOD. ÎMaintenant je puis te rendre ce que tu as fait pour moi.

CATHERINE. Conunent?

ETHELWOOD. Lorsque tu craignais que cette liqueur narcoticjue ne fut un poison, je te montrai le flacon à moitié plein encore.

CATHERINE. Oh ! mon Dieu !

ETHEL\A'OOD. Eh bien ! Catherine , ma bien-aimée^ i inou tour de faire pour notre bo'iiieui' ce que tu as fait pour le mien, ^. mon tour de descendre avant l'âge , marqué pour moi, dansle tombeau, comme tu y es descendue ; à mon tour de mourir pour les hommes et pour le monde, et mort pour eux de renaître pour toi.

CATHERINE. Oh! ue fais pas cela.

ETHELWOOD , lui montrant le jlacon vide. Regarde !

CATHERINE. Vide I . . . miséricorde, je veux appeler au secours , je veux !...

ETHELWOOD. Silence ! et songe que nous n'avons pas une minute à perdre, mes instans sont comptés, et j'ai mille choses à te dire.

CATHERINE . Ethelwood ! . . Ethelwood !..

au nom du ciel !... oh ! comme il pâlit!..

ETHELWOOD. Catherine! oh! ne t'effraie pas ; tu sais bien que cette mort n'est que feinte. Ce parchemin que l'on trouvera sur moi indique que , craignant la colère de Henri , voulant échapper à la honte de l'échafaud, je me suis empoisonné... Ma mort paraîtra donc probable à tous , et personne n'en doutera , car elle aura un motif évident.

CATHERINE. Ethehvood ! Ethelwood!

c'est tenter Dieu !

ETHELW OOD. Je lui ai déjà confié un trésor plus cher , et qu'il m'a rendu. Laissemoi donc te dire encore quelques mots , car je sens , oh ! je sens que la mort vient. Ecoute , je suis le dernier de ma race , pas de famille, pas de parens, pas d'amis peut être. Moi mort, mon nom est éteint, el mes biens appartiennent au roi : oh ! sois tranquille , il me reste assez d'or et de pierreries pour acheter im autre duché.

CATHERINE , préoccupée. Que dis-tu ?

ETHELWOOD. Je dis que, du jour où la porte du tombeau sera tirée sur moi , personne ne pensera plus au dernier cadavre qu'elle séparera de la teire des vivans, personne ne viendra s'agenouiller sur le seuil de cette porte , et dire en pleurant : Mon Dieu! Seigneur! il était bien jeune , et vous êtes bien cruel... Toi seule conserveras parmi les hommes mémoire et souvenir de moi ; toi seule songeras à celui qui sera renfermé dans ce tombeau , dont la porte ne pourra se rovnuir qu'avec deux clefs !

CATHERINE. DeuX?

ETHELW OOD. Oui ; dont l'une sera remise au roi , comme à mon héritier.

CATHERINE. Et l'autre ?

ETHELWOOD, lui mettant une clef dans la main. A toi , connue à ma femme.

CATHERINE. Non, non ! garde cette de ,

et lorsque tu te réveilleras, tu t'en serviras toi-même.

ETHELWOOD. Et qui la déposera près de moi ? As-tu oublié que tu ne peux paraître à mes funérailles ?

CATHERINE , prenant la clef. Ah ! c'est vrai !

ETHELWOOD. Bien. Maintenant , chère ame , maintenant entoure mes derniers momens de douces caresses et de tendres paroles; {tombant àjgcnoux) que tant que je pourrai voir , je lise dans tes yeux un réveil d'amour et de bonheur ; {Catherine tombe sur un sofa) que tant que je poiurai en tendre, dis-moi que tu m'aiines avec cette voix si douce et si mélodieuse, qu'elle me fera tressaillir dans mon sommeil ; car tu seras là, épiant mon retour à la vie, la vue fixée sur mes yeux , la main posée sur mon cœur. {Tressaillant.) Oh! cotte bague encore , cette bague, rends-la uioi.

CATHERiAE. La voici.

ETHELWOOD. Quc je t'aimc , et que je suis heureux de ton amour ! Oh î parle-moi donc , dis- moi donc que tu m'aimes, que tu m'appartiens, que tu es heureuse d'è-

LE MAGASIN THEATRAL

tre à moi. Oli ! tes lèvres I tes lèvres adorées I . . .

CATHERINE. Ethelwood , nion ami. — Je ne sais que lui dire.

( Elle le prend convulsivcinent dans ses bras et l'embrasse. )

ETHELW^OOD, se releimni. Oh ! ne m'embrasse pas ainsi, je ne pourrais, je ne voudrais plus te quitter, même une heure. Le feu de ton haleine brûle mon sang... de l'air... j'étouffe. .. Cadierinel (// tombe.) Catherine ! . . .

CATHERINE, inclinée sur un genou, lut posant la tête sur l'autre. Oh ! mon Dieu ! mon Dieu !

ETHELWOOD. Je ne vois plus , je n'entends plus.. . Ta main. . . {La lui serrant aocc force.) Ta main , où donc est-elle?... Oh 1 Catherine ! mon amour I mon ange I ma bien-année... Adieu , adieu, à demain.

(I.a !ôte d'EtlicKvood glisse du genou de Calberinc el lomL)K à terre; Ciillitiint ronlcinplc un ins— lanl ce corps ('tendu devant elle; puis, les lèvns Ircmblanles, mais sans parler, elle lui pose la main sur le cœur, et. sentant qu'il a cesse de baUre, elle lui tire du doigt l'anneau royal et le passe au sien.)

FIN RU nElIXlKMF, ACTE.

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