‹ Pièces de théâtreChapitre 690 sur 1069 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

ETHELWOOD, CATHERINE.

ETHELWOOD , pâle et défait , paraissant à la porte du laboratoire de f leming , s'ai'nnce lentement jusqu'à la première marche du trône, et là s'incline. Salut à Catlierine Howard , reine d'Angleterre !

CATHERi.NE , à moitié renversée en arrière^ Horreur ! horreur ! . . . '^

tTHEI.WOOD. 11 n'y a qu'un instant que lu os reine, Catlicrine, et déjà, tu le vois, tes désirs sont accomplis aussitôt qu'exprinu'-s.

v..\i IIEKINF.^ Ethehvood ! . . .

ElHrLWOOD. Alil lu me icconnais!

la tombe est tuie dcn;euie bien infidèle, i'i*est-ce j)as : — Et tu la ciovais plus sure et plus profojide.

CVTHEHiNE. Aiiséj'icoidel mon Dieu!

rî'Vfiiiez-moi I Ne me laissez pas plus longtems en proie à ce sonfje infernal.

ETHELV.oon. Ah ! n'est-ce pas maintenant c[ue tu voudrais bien que ce fût un son{;e?01i I mais non, Catlierine ! tu es bien éveillée , tu ne dors ]iasl...

CATUElliNE. I\la:s alors, tu es donc un spectre... un fanlôme , une ondjre ?. ,.

ETHEi.woOD. Oui , pour tous , excepté poiu' lol...^Ials j.onr toi, jevis... Pourtoi, je suis ton é|)Ou\!. ])our tous tu es veuve!..

CVTlir.ulM".. Hiu 1 cit'mon t'a donc évoqué de la tombe ?

ETHELWOOD. Tu as oublié, Catlierine, qii'il y avait «linx clefs qui ouvraient et fermaient la miii.e junte; que je t'avais reinis l'iuie, mais (jne l'anlre devait être remise au roi... Tu as oublié qu'il y avait deux femmes, l'une que je n'ainiais pas et qui m'aimait ; celle là s'appelait la princesse Marf.uerite ; l'autre que j'aimais et qui ne m'aimait ]ias : celle-là s'appelait Catlierine Howard!... Elles ont changé de rôle, ces femmes ; celle qui devait se souvenir a oublié, (elle qui devait oublier s'est souvenue. .. si bien qu'en rouvrant les Veux , j'ai trouvé près de ma tombe l'une iui K^n de l'autre .. voilà tout !

CATHEUîNE. Oh! giàce , giàce ! Etlielwoodl... {,!/'<irit à lui.) Pardonne-moi, fuyons, ])arlons ensemble... comme tu le voulais d'aboid!.... me voilà, enveloppemoi d.Tii> ton manteau! cmporte-iaoi

dans (es bras! — cache-moi dans quelque

coin du monde isolé et désert IMais

l'iiyons , fuvons !

f.t;:el\vcod ^ lu repoussant. Non pas , niadame ; il faut que toute destinée s'acconiyiîisse ici-bas .. la mienne comme la vô;re.

<:vTnEni\E. Ethe'wood '...

ETiiELWOOD. Ce n'a point été asscz pour vous , simple vassale (pie vous étiez , de «levenir marquise de Derby , duchesse de Dierham , paiicsse irAngieterre ?... vous nvrz Miis le pied sur tout ct-la, et vous avez

dit : Je veux être riine! Eii bien ! vous

le serez'.. \ ous n'avez pas craint l'amoiir de Henri \IlI...eb bien! e; t aiiioiir vons dévoreia.

CATHERINE. Mais prenez donc pitié de moi î...

ETHEEWOOD. Vous avez voulu une coulomie ? vous la poserez sur votre tête , et

elle blanchira vos cheveux ! Vous avez

voulu un sceptie ? vous le toucherez , et il séchera votre main... Tous avez voulu

un tiône?.... vous y êtes montée mais

en descendant vous heurterez le billot d'Anne de Boulen.

CATiiEniXE, portcml les deux mains autour (le .vu cuu. Oh! mon Dieu! mon Dieu!

ETHELWOOD. Ah I pour que votre sommeil ait des songes dorés, madame, il vous faut un lit ou aient dt^jà dormi quatre reines? Osez-v feimer les yeux, Catherine, et dans huit jours, vous me répéterez ce que ces reines sont venues vous dire tout bas , à riieure où les morts sortent de leur tombe!.. .Te reviendrai vous le demander.

r.ATiiEiu.\E. Je vous reverrai donc ?

ETHEI.WOOD. En doutes- tu , Catherine.*.... iSe sonunes-nous pas liés devant l'autel, et la mort seule ne séparc-t-elle pas ce que l'autel a uni ? — Oui , tu nie reverras, car les passages les plus secrets de ce palais me sont familiers ; car Fleming et la yirincesse Marguerite me prêteront leur aide et me garderont le silence... Catherine Howard , devenue reine d'Angleterre, n'en est pas moins restée marquise

de Derby IVIes droits sont plus anciens

que ceux de Henri, madame, et, si fidèle sujet que je sois, je ne puis consentir à lui en céder cjue la moitié.

CATHEiUNE. 3Jais que voulez-vous donc faire?

ETHELWOOD. \ous étes montée au liône par une jiente tortueuse et lente ; hâtezvous, Catherine, de jouir du bonheur d'y être arrivée , car vous en descendrez par une pente glissante et rapide.

CVTHEUlNE. Mais vous ne pouvez me perdre sans vous perdre avec moi.

ETHELWOOD. Je VOUS l'ai dit, Catherine, ma destinée sera la vôtre ; dans la vie et dans la iiunt!. .. Nous avons reposé dans le nu'me lit , nous monterons sur le même édiaiaiid , nous dormirons dans la même tombe.

SCÈ^E YIÏ.

Ets Pkkcédkns , LE ROI.

(I,.i [oïlc lUi loîiil s'ouvre ; |)l'jsiciiis p>'>gcs et sci- Ciîi'uis cnlreiit.)

CATUEîXiNF.. Le roi! fuvez , milord , fuyez!...

CATHERINE HOWARD

(Elhelwood se place derrière la colonne qui louche à l'appartement de la princesse .'NJar^^ucrile.;

HENRI. Messieurs, voici la reine I

Saluez-la. {Tous s'inclinent, puis le cri de. Vive la reine ! Vii>e Catherine Howard ' retentit. A Catherine.) J'ai tenu ma parole,

Catlierine, et j'ai prévenu l'archevêque. ETiiELVVOOD. A iiion tour alors de tenir la mienne , Catlierine , et je vais prévenir le bourreau ! ...

{ Il enlrc thïz la princesse.)

FIN DU TP.flISli'.Mr. ACTr.

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