SCENE V
HENRI, SLSSEX, CRANMER, membres du Parlement.
HENRI , debout. Or , vous savez , messieurs, que l'accusation de trahi.son et d'adultère entraîne la peine de mort ; aussi jc renouvelle l'accusation et demande la mort.
LE PRÉSIDENT. ?7lilord3 , la chaïubre se croit-elle sufiisanuueut éclairée ?
PLUSIEURS VOIX. Oui, oui, oui.
sussEX. Non.
HENRI, (comment , milord !
SUSSEX. Sullisanuneut éclairée j)ovu' le dévouement, oui; pour la <onscicnce , non. Le itarlement est une cour d'indépendance et de justice , qui ne doit compte de ses arrêts qu'à Dieu seul Depuis deux heii- Ctillicrine Howard.
res que cette séance dure , vous avez accusé, Sire, mais les preuves d'accusation où sont-elles ?
HENRI. C'est bien , c'est bien , milord , nous donnerons ces preuves ; en attendant, nous donnons notre parole.
SUSSEX , continuant. Car nous avons le droit d'exiger ces preuves de votre Grâce ,' avant que nous ne rendions la sentence qui séparera la tête du tronc, l'ame du corps, la reine du roi.
HENRI. L'adultère l'a déjà séparée de j moi , milord, mieux que ne peut le faire I et que ne le fera la hache du bourreau. I . SUSSEX , Oiicc grm'ité. Je disais donc , j messcigncurs, qu'avant de renvoyer à Dieu, sa tête à la main, celle qu'il nous a envoyée une couronne sur la tête , c'est à nous de peser religieusement , dans la ba-
lance de nod'e justice , l'accusation portée contre elle, et de ne rendre l'arrêt , je le répète , que le plateau de ses fautes est véritablement assez lourd pour que la miséricorde^divine seule puisse lui servir de contre])oids.
WiNM , furieux , et posant un pied sur la table qui est devant lui. C'est-à-dire , uiilord, que lorsque j'accuse, tu défends, que lorsque j'affirme , tu doutes, que lorsque je jure , tu nies. Milord, milord! tu ne te rappelles ni qui tu es , ni qui je suis ; tu oublies que Dieu m'a mis, dans cette main, un des plus grands royaumes de la terre, et que selon que je l'ouvre ou que je la fernie , je donne de l'air à quatorze millions d'hommes, ou que je les étouffe.
SUSSEX. Sire , votre Grâce se trompe ; ûieu lui a donné la royauté et non le royaume , le corps et non l'ame.
HENRI. Et voilà pourquoi, monsieur de Sussex. quand ce corps qui nous est soumis renferme une amc cjui nous est rebelle , voilà pourquoi nous appelons le bourreau à notre aide }>our faire sortir l'ame du corps.
SUSSEX. Et quand le bourreau tarde , nous savons tel roi qui porte à sa ceinture une dague qui remplit merveilleusement l'office de la hache.
nv.^Vi\, faisant un mouoement. Milord I...
LES PAIRS, entourant Sussex. Comte, de grâce... Milord de Sussex... voyons...
SUSSEX. Oh ! écartez-vous, messeigneurs, que le roi voie bien que je suis seul et qu'il puisse venir à moi, si tel est son bon plaisir.
L'ARCHEVÊQUE DE CANTORBÉRY. Sire ,
la persuasion pénètre dans le cœur par les paroles et non par le poignard... Votre Grâce a parlé de preuves.
HENRI. Vous avez raison , monsieiu- de Cantorbéry. (La reine entre.) Et voici l'accusée qui vient elle-même m'en fournir deux que vous ne récuserez pas : son trouble c(i sa pâleur.
(I^a reine paraît. Rumeur parmi le peuple.)
LE MAGASIN ïHEATRAt,.