‹ Pièces de théâtreChapitre 696 sur 1069 · SCENE Vf · texte numérisé non relu

SCENE Vf

r«w Mkmïs, CATHERINE, LES DUCHES- Sf;S D'OXFORD ET DE ROKEBY.

l'ilUlssiER. Silence, messieurs !

CATHERI\E , s'asseyant. Oh ! milords , vo«Jl aurez pitié de moi, n'est-ce pas?

L'ilRCHEVÊQUE. Et maintenant. Sire, que votre Grâce consente à répéter l'accusation devant l'accusée , car elle a le droit de l'entendre et d'y répondre

HEÎMRI. IMilords , cette fois, ce ne sont point de simples soupçons comme ceux que je conçus sur Anne de Roulen, et que l'enquête justilia ; c'est luie conviction qui m'est entrée dans le cœur par les yeux et les oreilles : j'ai vu et entendu.

CATHERINE. Oh ! le roi se trompe , milords !

HENRI. En revenant du conseil , j'ai trouvé cette femme , dont j'ai fait une reine , enfermée avec un complice ; j'ai entendu leurs deux voix, j'ai enfoncé la porte.

CATHERINE. Mais votre Grâce m'a trouvée seule , Sire.

HENRI. Oui, mais cette autre porte dans la serrure de laquelle on avait brisé la pointe d'un poignard pour qu'on ne pûi l'ouvrir ; cette toque à vos pieds , madame : et plus que tout cela , voti-e trouble et votre pâleur, votre aveu encoie ; car vous avez avoué cpie quelqu'un se trouvait avec vous.

CATHERINE. Oh! non, nonl...

HENRI. \ ous l'avez avoué ; seulement vous n'avez pas voulu dire son nom ; mais n'importe , messieurs , vous prononcerez le même jugement contre la coupable présente et" contre le complice absent, afin que , dès cpie votie justice aura étendu la main sur lui , nous ne vous fatiguions pas à prononcer deux sentences. Ainsi donc , milord , je renouvelle l'accusation de trahison et d'adultère déjà portée contre la reine Catherine : j'affume c{ue j'ai entendu la voix d'vm homme enfermé avec elle , que j'ai trouvé la toque de cet homme dans la chambre et aux pieds de la reine. .Te l'affirme sur mon honneur et sur la religion , sur ma couronne et sur l'Evangile , c'est-à-dire sur tout ce qu'il y a de saint et de grand en ce monde. Maintenant , milords, celui qui , après ce que j'ai dit , exprimera le plus petit doute, celui-là donnera un démenti à son roi.

LE PRÉSIDENT. Qu'avez-vous à répondre»

madame ?

CATHERINE. Oh î milords , que voulezvous que je vous dise? que répondre à une parole aussi puissante que celle d'un roi: On ne lutte pas contre l'éclair et la fotidrc de Dieu. On ferme les yeux , et l'on attend le coup. On s'incline, et l'on est frappé. Quant à moi, je ne me sens pas la force tle repousser une aussi terrible accusation , milords. Jugez donc avec Totre clémence, plus encore qu'avec votre justice ; ce que vous ferez sera bien fait, et d'avance je vous remercie ou je vous pardonne.

CATHERINE HOWARD

LE i»r.KSil)î:.\T. La cliaiiibrc se croit-elle sufilsaiiiincnt oclaiiée?

LES i'AiRS. Oui, iiiiloids, oui, oui.

LE PULSlDi:\T. iSous allons délibcrer.

SL'SSEX. Un instant, niiloids. Comme ma conscience me défend de prendre part à une délibération dont à l'avance il m'est t'arilc de prévoir le résultat, comme ce résultat sera un jugement mortel, et ce jugement un remords ou une honte pour toute !a chambre qui l'aura porté , je dépose à la place où depuis quatre siècles siègent mes aïeux le manteau de pair qu'ils m'ont légué : à compter de cet instant, je ne fais plus partie de la chambre haute et je rentre comme simple spectateur de vos débats dans les rangs du peuple , qui casse les sentences et qui juge les juges.

(H dcpose son manteau, qiiiltc son sié^e, et va .s'appuyer sur la balustrade qui contient les as-

sislans.j

HENRI. C'est bien, monsieur de Sussex ; nous acceptons votre démission. Il ne manque pas , Dieu merci , en Angleterre, de nobles chevaliers qui porteront aussi bien que vous les insignes de la pairie. Je me retire pour vous laisser délibérer , messieurs.

(11 sort nar la porte du loiul.)

LE PRÉSIDENT. Faites sortir l'accusée.

C-iTiiERiNE. Milords , songez que c'est un jugement de vie et de mort que vous allez prononcer contie une reine. Songez qu'il ne lui a été accordé ni appui, ni conseil ; songez enfin que c'est un roi qui accuse ; que c'est une ]iauvre femme qui se défend ; et que , tandis que vous allez délibérer sur son sort, elle ne pourra rien , elle, que prier Dieu de toucher le cœur de ses juges.

(Elle sort.)

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