SCENE IV
Les Précédens , ETHELWOOD , masqué.
ETIIELWOOD. Etes-vous préparée , madame ?
CATHERINE. C'est sa voix , sa voix maudite !... comment l'avais-je oublié, lui! Ah ! monseigneur , je suis perdue!
(IlUe passe de l'autre côté de rarchcvèque.)
l'archevêque. Pourquoi n'essayez-vous pas de prier cet homme ?
CATHERINE. Lui , monseigneur, lui ! autant vaudrait essayer de prier le billot.
l'archevêque. S'il en est ainsi , ma fille , déposez dans mon sein l'aveu de vos fautes , et puisque je n'ai pu sauver votre corps , que je sauve au moins votre ame. Je suis prêt; je vous écoute.
CATHERINE. Je ne puis , monseignevu'.-.
je... je... je ne me souviens plus.
ETHELWOOD. Je vais donc le faire pour
CAIHERIMC llO\VAf>l>.
elle , luonseignCLir , car jo lut: souviens , moi.
l'archevêque. Cet homme sait donc tout?
CATHERINE. Aussi bieu que Dieu , monseigneur.
ETHELWOOD. Cette femme était une pauvre jeune fille , sans noblesse , sans parens , perdue dans le peuple comme ime flem- sous l'herbe, sans horizon, sans avenir. Est-ce vrai , Catherine?
CATHERINE , appuyant su tête sur l'épaule de l'arclievécpie. C'est vrai.
ETHELWOOD. Un homme la découvrit
dans son humilité ; cet homme l'aima
il appartenait , lui , à ce que l'Angleterre a de plus noble et de puissant; il pouvait la séduire, en faire sa maîtresse, puis l'abandonner ; il l'épousa. Quelque tems après on offrit à cet homme de devenir le frère d'un roi , le vice-gérant d'un royaume. Pour se conserver tout entier à cette femme , il refusa ce qu'on lui offrait. Estce vrai, Catherine?
CATHERINE, courl;ée sous la parole d'E- Uielo'ood. C'est vrai.
ETHELWOOD. Ce lefus lui fit perdre son rang , ses biens , ses dignités , ses titres. Pauvre et dépouillé de tout à cause de cette femme, 'il ne lui restait que sa vie : il la lui confia , l'insensé ; s'enferma dans un tombeau , lui en donna la clef ; et cette clef qu'il avait cru confier à l'ange de la vie, à la vue d'un palais, d'un sceptre, d'une couronne , la femme que voilà , femme oublieuse et sans remords , cette clef, qui seul pouvait rouvrir le sépulcre de l'homme qui avait tout sacrifié , tout perdu pour elle , biens, rangs , dignités , titres , elle la jeta dans un gouffre, monseigneur, cette clef I cette clef ! ! . . . Est-ce vrai , Catherine ?
CATHERINE, tomhani sur un genou. C'est vrai.
ETHELWOOD. Elle s'était faite veuve pour devenir reine. Elle le devint. Vous l'avez vue sur le trône, monseigneur, vous l'avez entendue prodiguant à un autre les noms d'époux et de bien-aimé. Il est viai que cet autre était roi ; mais en n'avouant rien au roi, elle l'avait trompé comme elle avait trompé le duc. Un roi trompé se venge. Il la traîna devant la chambre des pairs. \'ous y siégiez, monseigneur; vous avez pris part au jugement rendu ; et cette part ne peut être im remords pour vous , maintenant , car vous voyez combien cette femiue était coupable. Elle le savait , elle ,
qu'elle avait mérité son jugement , et mille morts plutôt qu'une. Eh bien ! au lieu de courber la tète sous le Doids de votre justice , au lieu de se frapper la poitrine , en disant : c'est ma faute , et d'implorer la miséricorde de Dieu , elle accepta le dévouement insensé du comte de Sussex ; il lui offrit son épée , et elle ne lui dit pas : J'en suis indigne ; il lui offrit sa vie , elle regorgea, le bon, le loyal, le noble Sussex , car c'est elle qui le tua , milord , et non son adversaire, puisqu'elle le laissa se faire devant Dieu le champion d'une cause qu'elle et Dieu savaient être injuste. Est-ce vrai , Catherine?
CATHERINE , à deux genoux. C'est vi'ai.
ETHELWOOD. Et maintenant, monseigneur, maintenant que vous connaissez tous ses crimes aussi bien qu'elle et moi absolvez-la , mon père , et hâtez-vous , car la coupable est à genoux et le peuple attend, l'heure va sonner [sortant par la jC' nêtre du fond) et l'exécuteur est prêt.
(Rumeurparmi le peuple lorscju'il aperçoit Elhcl-
WC'OJ.)
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