SCÈNE III
CATHERINE , seule , tombant à genoux , puis L'AllCHEVÈQLE.
CATHERINE. Oli ! mouDieuI mon Dieu I je vous remercie , car je crois que votre veuîjeance se lasse.
L'ARCHEVÈi^UE , entrant. Bien , n)a fille,
j'espérais vuus tiouver dans ces saintes dispositions et dans cette humble posture, cal" j'ai rencontré l'homme qui sort d'ici...
CATHERINE. Il s'en allait, n'est-ce pas?
l'archevêque. Oui, mais poui" revenir bientôt.
CATHERINE. PouF revenir, monseigceur?
Il vous a dit qu'il reviendrait?
l'archeaêQUE. Il ne m'a rien dit, ma fille , mais vous n'avez plus qu'une demiheure.
CATHERINE , a part. C'est ATai, je n'ai plus qu'une demi-heure pour lui... car il ne peut savoir ... (Soupirant ) Oh ! noii, non, il ne sait pas !
l'archevêque. MafiUe, quelles idées assez étranges occupent votre esprit , qu'elles puissent dans un pareil moment faire ainsi somire vos lèvres?
CATHERINE, sans l'èrouter. Croyez-vous, lUonseigneur, que si je pouvais voir Henri, mes larmes , mes prières , ce qui me reste de cette beauté qu'il a aimée, le fléchir raient ?
l'archevêque. Dieu tient le cœur des rois dans sa main droite , madame , et comme Dieu est toute miséricorde , je ne doute point que dans ce cas il n'envoie à notre souverain une pensée de clémence.
CATHERINE. Il faut que vous me fassiez voir le roi , monseigneur de Cantorbéry.
l'archevêque. 3Ioi , madame? mais c'est inqjossible. Oubliez-vous que dans quelques minutes....
CATHERINE. Et si , au lieu de quelques minutes, il me restait quelques jours...
l'archevêque. L'exécution est fixée à six heures.
CATHERINE. jMals si à six heures l'exécution ne pouvait pas avoir lieu ?
l'archevêque. Qui l'empêchera , à moins que la victime ne manque au bourreau ?
CATHERINE. Le bouneau, qui peut manquer à la victime.
l'archevêque. Je ne comprends pas.
CATHERINE. IMouseigneur, ce que je vais vous dire, songez-y, est le commencement de ma confession , et Dieu vous dé^fend de Ualiir le secret de la confession.
l'archevêque. Le vôtre mourra là.
CATHERINE , s'appuyant sur son épaule et lui parlant à demi-voix- Il n'y a pas d'exécution sans exécuteur. Eh bien ! l'exécu-
LE MAGASIN' THEATRAL
teur est parti ; quand vous l'avez rencontre, il sortait d'ici poiu- n'y plus rentrer, et à l'heure ({u'il est {plus bas encore) il a quitté Londres.
l'auchevèque. Quelle chose étrange I
C.VTliERl\E. Ecoutez , monseigtieur , vovis ne m'en voulez pas; je ne vous ai jamais fait de mal ; ainsi vous ne pouvez me vouloir de mal; et vous en eussé-je fait , înêine sans le savoir, la religion, dont vous êtes im des premier ministres, vous ordonne de mêle pardonner non seulement , mais elle vous ordonne encore de tendre la main à vos semblables dans leur dénujnent , de les soutenir dans leur faiblesse , deles secourirdansleur danger... Eh bien! monseigneur, tendez-moi la main, soutenez-moi , secourez-moi .
l'auchevèque. Que puis-je faire pour vous ?
(Piumcur dans le peuple.)
CATHEniNE. Ecoutez !...
L'AnciiEVÈQLii;. C'est le peuple rassemblé sur la place.
CATiiEUiAiE. Oui ; il attend sa pâture, et il rugit. Je vais écrire au roi, n'est-ce pas? Vous lui remettrez ma lettre, monseigneur ; vous me le promettez? {A un gardien (jui entre.) Que voulez-vous?
LE GARDIEN, veganlunt de tous cotes.
Pardon, madame... je venais voir... {A d'autres personnes (jnî sont censées être dans ia coulisse.) Il n'y est pas.
(Il sort.)
C\TilERi\E , ucec joie. Voyez, monseigneur , celai qu'on cherche ne .se trouvera point ; il m'a tenu parole.
l'archevêque. C'est Dieu qui vous protège , mon enfar.t ; je ferai ce que vous voudrez.
CATiiERiXE. Oh! que vous êtes bon, monseigneur, et que je vous remercie! Je vais écrire à Henri; je... {On entend le son d'une trompette.) Qu'est-ce cela?
l'archevêque. Je ne sais.
(Ciilhcniic le scnc cor-Ire lui.)
UNE VOIX AU DEHORS. Peuple de Londres, le lord grand-chancelier, ministre de la justice , vous fait savoir qu'au moment du supplice le bovureau a disparu ; et que , ne voulant retarder l'effet du jugement rendu , il fait offrir à celui qui se présentera à sa j)lace pour remplir son office , la sonune de vingt livres sterling , l'autori-sant de plus à couvrir , pour cette exécution , son visage d'un masque. 1! dé"
clare du reste que, ce faisant, il aura rempli l'œuvre d'un bon citoyen.
(I,a Uompclte sonne un peu plus loin, et la même proclamation se re'pète.)
CATHERINE. Ah ! monscigneur , avezvous entendu ?
l'archevêque. Oui.
CATHERINE. IMais il n'y aura pas sous le ciel un homme assez atroce, n'est-ce pas, pour se charger d'une pareille mission ?
l'archevêque . Je l'espère.
CATHERINE , S 'asseyant. Ecrivons. . . mais que faut-il que je Im écrive!' Dites-moi, monseigneur , j'ai la tête perdue.
l'archeaèque. Vous savez mieux que moi , madame , parler la langue sur laquelle vous comptez pour fléchir le cœur du roi .
CATHERINE. Oli ! personne ne s'offrira , n'est-ce pas ? personne ne voudrait remplir cet horrible emploi ! Ce serait un meurtre abominable.
l'archevêque. Ilàtez-vousd'écrire, ma dame .
CATHERINE. «Henri, c'est un pied sui » l'échafaud , c'est à la lueur d'un derniei >• rayon d'espoir que...» {S'arrèlant tout-ii-' coup , et montrant avec terreur a Varchevêqui un homme masque (pd f/iZ/r.) Monseigneur, voyez-vous? {Se levant et reculant.) C'c^A lui ! c'est lui !