‹ Pièces de théâtreChapitre 709 sur 1069 · ALFRED, JULES RAYMOND · texte numérisé non relu

ALFRED, JULES RAYMOND

3TJLBS. Dieu te soit en garde , mon don Juan ; que fais-tu de la vie ?

ALFRED. Demande-lui plutôt ce qu'elle fait de moi , et nous venons ce qu'elle osera te répondre.

JULES. Ah! de l'ingratitude! tu la traites comme une maîtresse.

ALFRED. Crois-moi , Jules , il est facile d'être reconnaissant envers elle quand on la traverse comme toi , n'en acceptant que ce qu'elle a de bon ; riche assez pour repousser avec de l'or ce qu'elle a de mauvais, et une palette à la main pour railler ce qu'elle a de ridicule.

JULES. Allons , tu es dans ton jour de fièvre... Parlons d'autre chose.

ALFRED. Oui... Je te croyais de l'autre côté de la Sierra Moréna.

JULES. J'ai repris la poste, mon ami, et je brûle les routes. Je veux revoir Paris en ce moment. Je retrouventi toujours la Sierra , les Alpes . les Cordillères ; mais le Paris de juillet, tout chaud de sa révolution... avec ses pavés mouvans... ses maisons criblées de balles , cela se voit une fois , non dans la vie d'un homme, mais dans la durée d'un monde! et je veux le voir... entends-tu?

ALFRED. Hâte-toi donc alors, enthousiaste! car il ne faut qu'un jour pour

remettre en place des milliers de pavés... Il ne faut qu'un peu de plâtre pour effacer la trace de bien des balles... et vienne une pluie d'été , le sang que la liberté aura versé dans les rues sera lavé à tout jamais. . . et alors... va, enthousiaste, va, poèteartiste... et tâche de deviner qu'une révolution a passé par là.

JULES. Mon ami, permis à toi de la calomnier. Je connais ton opinion.

ALFRED. Mon opinion! Est-ce que

j'en ai une?

JULES. Tu étais un gentilhomme de l'ancienne cour.

ALFRED. Je serai un citoyen de la notivelle.

JULES. Que feras-tu de la marquise de Rieux ?

ALFRED. Demande-moi plutôt ce que j'en ai fait?

JULES. Il n'y a qu'un mois cjue tu étais au mieux avec elle.

ALFRED. Il y a une heure que j'y suis au plus mal.

JULES. Elle est donc à Colterets?

ALFRED , montrant la porte. Elle est là.

JULES. Et qu'y fait-elle?

ALFRED. Ses malles.

JULES. Elle retourne à Paris?

ALFRED, Dans dix minutes.

JULES. Jeté laisse.

ALFRED. Pourquoi cela?

JULES. Il y aiua une scène d'adieux,..

ALFRED. En restant tu me l'épargneras.

JULES. Ma foi , non.

ALFRED. Je t'en prie.

JULES. La voilà.

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