‹ Pièces de théâtreChapitre 711 sur 1069 · JULES, ALFRED · texte numérisé non relu

JULES, ALFRED

JULES. Celte femine-là t'aimait véritablement , Alfred.

ALFRED. Je le crois.

JULES. Et tu as eu le courage de rompre avec elle !

ALFRED. Monsieur le peintre , comment représenteriez-vous la nécessité?

JULES. Sourde et av^eugle.

ALFRED. Et tu auras raison ; c'est ainsi qu'elle est faite, et cependant, si tu n'avais pas été là , peut-être aurais-je eu la faiblesse de retenir cette femme.

JULES. 11 n'y a pas de tems de perdu. ( Allant vers une croisée.) Par cette îenêtie lu peux la rappeler.

ALFRED. Ce serait une folie — Merci , Jules.

JULES. Elle monte en voiture.

ALFRED. C'est bien.

JULES. Elle regarde de ce côté ! Un signe, Alfred, un regard de toi , et elle ne part pas.

ALFRED. Il faut qu'elle parte.

JULES, Le postillon monte à cheval; elle dit adieu à ton domestique ; elle lui jette une bourse ; la voitin-e s'ébranle — Adieu, belle marquise, adieu !

ALFRED, se Ic^nvit lentement et allant à la fenêtre. Oui, la voiture s'éloigne; à peine si on l'aperçoit dans le nuage de poussière que soulèvent ses roues. — Elle tourne le coude que fait la route. — Le chemin reste vide ; tout ce qiii .s'est

passé n'était qu'un rêve ; je me réveille libre : je respire.

JULES. Libre ! Mais de cette fenêtre , et avec elle tu vois s'envoler tout ton espoir d'avenir.

ALFRED. Elle me laisse plus qu'elle ne m'emporte.

JULES. Comment?

ALFRED. Regarde par cette autre fenêtre ; il ne s'agit dans ce monde c[ue de savoir changer à tems ses points de vue : c'est uu axiome de peinture.

JULES. Eh bien ! c'est le jardin de l'établissement des bains.

ALFRED. Qu'aperçois-tu sous ce mélèze ?

JULES. Une jeune personne de (jviinze à seize ans.

ALFRED. Comment trouves-tu cette enfant?

JULES. Elle me paraît charmante.

ALFRED. C'est la fille du général comte de Gaston.

JULES. Son père a été tué en 1815.

ALFRED. Elle porte un noble nom , n'est-ce pas?

JULES. Certes.

ALFRED. Avant un mois elle sera ma femme. »

JULES. Tu es fou.

ALFRED. En ai-je l'air?

JULES. Et ses parens?

ALFRED. Elle n'a que sa mère.

JULES. Elle ne consentira jamais.

ALFRED. La jeune fille m'aime.

JULES. Et... riche?

ALFRED. Non; mais coinprends-lu, Jules?

Le nouveau gouvcnicnient , chancelant encore sur sa base demi- populaire, trop faibl(! pour fonder ua système nouveau , n'a d'autre ressource que de se jeter entre les bras des hommes de Napoléon ; un mois encore , et toutes les capacités de 1812 seront rentrées aux affaires. La comtesse Gaston a conservé sur cette noblesse d'épée et d'épaulettes toute l'influence que lui donne le nom de son mari. Sais-tu une place à laquelle ne puisse parvenir son gendre ?

JULES. Voilà justement pourquoi tu as peu de chances de le devenir.

ALFRED. Je croyais t'avoir dit que cette enfant m'aimait.

JULES. Eh bien ?

ALFRED. Dans quelques jours, la mère revient de Madrid , où elle sollicite la levée du séquestre de biens assez considérables que son mari y acheta pendant le règne de Joseph : je lui demanderai la main d'Angèle.

JUr ES. Elle te la refusera.

ANGELE.

ALFRED. Oui, si je lui en laisse la possibilité.

JVLE.S, riant. Tu es un infâme. — Pauvre enfant I Innocente et belle, entrant dans la vie à peine , et qui ne se doute pas que sa vie ne lui appartient déjà plus ; qu'vui démon l'a enlacé dans un cercle invisible dont elle ne pouria sortir ; et que ses jours vont se faner comme les fleurs dont elle se fait une couronne ! — Adieu je me perdrais en restant plus long-tems avec toi. — A propos , si tu as besom de moi , tu sais que mon amitié , ma bourse , tout est à ton service.

ALFRED. Merci de ton amitié ; je l'ai et je la garde ; quant à ta bovuse, tu connais mes principes là-dessus.

JULES. C'est une bizarre délicatesse.

ALFRED. Que je pousse à l'excès.

JULES. Nous nous reverrons à Paris.

ALFRED. A l'hôtel de ma belle-mère.

Chut ! Henri MuUer.

JULES. Oh ! connue il est changé depuis mon passage ici.

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