‹ Pièces de théâtreChapitre 716 sur 1069 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

Les Précédens, madame AXGÉLIOUE, HENRL

ALFRED, Jdîsant semhiant de continuer Une conversa/l'on, et feignant de ne pus voir les arrioans. J'étais en Espagne alors. Vous ne connaissez pas l'Espagne, mademoiselle? Des villes et des hommes du moyen âge ; le quinzième siècle exhumé vivant avec ses moines , ses cavaliers , ses amours.

MADAME ANGÉLIQUE. Et SeS Voleurs.

ALFRED, se retonrnant Ah I

HENRI. Rassurez-vous , madame , ils ne passent pas la Bidassoa.

ALFRED. Demandez à M. Henri s'il n'est pas de mon avis.

HENRI. Je ne connais pas l'Espagne.

ALFRED. Quoi ! si ])rès que vous en êtes, vous n'avez pas été curieux de voir ^ladrid avec ses balcons de fer et son Escurial sombre comme un couvent? Barccîoi.e , qui étend ses deux Inas à la mer coinmc un nageur qui s'élance? Grenade la mauresque, avec ses palais à dentcllesdepieir'.-?

Cadix , qui semble un vaisseau prêt à mettre à la voile , et que la terre retient par un ruban ? puis, au milieu de l'Espagne , comme un bouquet sur le sein d une femme , Séville l'andalouse , la favorite du soleil , aux bosquets d'orangers , aux haies de laurier-rose ? Oh ! le ciel de l'Andalousie et l'amour d'une Française , ce serait le paradis dans ce monde !

ANGÈLE. Enthousiaste I

ALFRED. Oui, vous avez raison. Vous me faites souvenir que l'enthousiasme est une fleur de la jeunesse , dont le désenchantement est le fruit. Oh ! n'en veuillez pas à mon cœur de s'être conservé plus jeune que mon âge.

ANGÈLE. Et vous, monsieur Henri, étesvous enthousiaste?

HENRI. Jj'enthousiasme est le partage de l'homme heureux ; la croyance seule reste à celui qui souffie. Je crois , voilà tout ; et c'est mon âge, à moi, qui est moins vieux que mon cœur.

ANGÈLE. ^lais quelle différence d'années y a-l-il donc entre vous deux ?

ALFRED. Dix ans , je crois.

MADAME ANGÈLIQLE. Mais ce n'est rien que dix ans.

HENRI. Dix ans ne sont rien, dites-vous? Si Dieu me les accordait , je croirais qu'il me fait don de l'éternité.

LOUISE , entrant. Monsieur Henri , monsieur 3[uller vous demande.

HENRI, prenant son chapeau. Vous le voyez , mesdames , mon père est comme moi ; il calcule la rapidité du tems , et il veut que je le passe près de lui.

MADAME ANGÉLIQUE. Je lelui pardonne, si vous promettez de revenir demain nous faire un instant compagnie.

HENRI. Pour vous attrister encore.

ANGÈLE. Qu'importe que vous nous laissiez un peu de votre mélancolie , si vous emportez un peu de notre gaîté.

HENRI. Merci. Votre gaîté est dans la candeur de votre ame. Soyez long-tems gaie.

MADAME ANGÉLIQUE , à Louise. Prenez cette bougie pour éclairer M. Henri , nous avons assez de la lampe. — Bonsoir, monsieur Henri.

HENRI, se retournant. Bonsoir, mesdames.

( Pendant qu'il sort et que mailamc Angélique le reconduit, .^llrej b;iisc viveminl la main il' Angèle. ,

ANGELE. Que faites-vous?...

MVDAME ANGÉLIQUE , SC relournant. Heim?

ALFRED, ramassant l'oui'rage d' Angèle et

le lui présentant. L'ouvrage de mademoiselle qui était tombé... (// Angèle.) Le voici.

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