SCENE Xil
Les Mêmes, moins HENRL
(Madame Ange'lii^ue s'assiçfl de l'autrr côté d'une petite table a Uquclle est An»èle ; Alfred au milieu d'elle, plus près d'Augèle. i'outes deux preiuieiit leur ouvrage et liavaillcnl.j
MADAME ANGÉLIQUE. Goiunient , monsieur d'Alvimar , votre sœur osait couclier seule ici ?
ALFRED, à madame Angélique. S ai\s\a moindre crainte. {A Angèle.) Votre main, Angèle.
MADAME ANGÉLIQUE. Dans ces grands appartemens ?
ALFRED, à madame Angélicfue, Quel danger voulez-vous qu'il y ait? {A Angèle.) Oh ! de grà ce I . . .
MADAME ANGÉLIQUE. Il me semble toujours, ou inomdre vent qui agite ces rideaux, qu'il y a quelqu'un caché derrière.
ALFRED, l^as à Angch. Oh 1 Angèle, Angèle! [Haut à mudanie. Angélique.) Je ferai avec vous, si vous le voulez, une visite domicilière. {Bas à Angc/e toute [}-nsli>e , qui lui ul)andoiine sa main.) IMerci , merci.
MADAME ANGÉLIQUE. Nous l'avons faite avec M. Henri... et cette nuit je n'ai pas peur. . . mais c'est une précaution qu'il faut toujours prendre. Tenez, une dame (.\c mes amies. Tu sais, Angèle , madame de Caumont, me racontait souvent une avLiiture arrivée à sa mère. Tu ne travadKs pas , Angèle.
ANGÈLE , tressaillant. Si , ma tante.
ALFRED. Mademoiselle vous écouie.
MADAME ANGÉLIQUE. C'est une aveiilure horrible qui me fait frémir toutes ks fois que j'y songe.
ANGÈLE à A/Jred, qui pose sa lélc sur son épaule. Monsieur Alfred... ah I
ALFRED. Laissez vos cheveux... vos beaux cheveux loucher mon visage...
MADAME ANGÉLIQUE , a\)prochant la lampe du hnnl de la table, et se haissant pour chercher. Pardon , ma laine est tombée.
ALFRED. L'aile d'un angecjui m'effleurerait en passant ne me ferait pas plus délicieusement tressaillir. (// niadjine Angélique.) Voulez- vous permettre, madame?
MADA.ME ANGÉLIQUE . {Pendant ce récit , Alfred s'approche d' Angèle, luisaisitla main il plusieurs reprises; une scène muette s ^éta-
blit entre eux.) Merci ; je l'ai. La mère de 7y£me jg Caumout voyageait donc toute seule , avec un petit épagueul qu'elle aimait beaucoup. Eu traversant la foret de Compiègue, elle fut surprise p.ir un orage qui devint si violent, que les chevaux s'effrayèrent , et que le postillon fut emporté par eux. Heureusement ils accrochèrent , sur le revers de la route , une borne milliaire ; une roue se brisa, mais la voiture fut arrêtée. C'était auprès d'une maison isolée où l'on apeixevait une lumière. Le postillon frappa à la porte et demanda l'hospitalité, qu'on lui refusa d'abord; mais lorsqu'il eut dit que c'était pour une dame seule, la porte s'ouvrit, et un homme qui avait l'air d'un braconnier parut sur le seuil. Quand 31'"'' de Caumont le vit, elle eût donné la moitié de sa fortmie pour pouvoir continuer sa route ; mais c'était impossible. Elle affecta de la ti-anquillilé , cacha son petit chien sous son manteau et pria son hôte de la conduire à sa chambre. Quant au postdlon, il déclara qu'il passerait la nuit près de ses chevaux. Cette chambre était effrayante d'humidité et de délabrement; les murs étaient nus et noirs, etde mauvais rideaux d'étoffe rouge pendaient devant les fenêtres. Au fond était une espèce de grabat. Quand l'homme se fut retiré , la frayeur de ^I"" de Caumont devint telle , qu'elle n'osa pas même visiter la chambre ; elle alla droit au lit , s'y jeta tout habillée , plaça sur une chaise la lumière qui n'éclairait que bien faiblement, et posa son petit chien près d'elle. Le pauvre animal tremblait de tous ses membres, et grognait continuellement ; elle avait beau lui parler avec la voix la plus douce qu'elle pouvait faire, il continuait de gémir. Tout-à-coup ses yeux se tournèrent vers un côté de la chambre, et ne quittèrent plus cette direction ; ses poils se hérissèrent ; aux gémissemens sourds qu'il avait fait entendre succédèrent des aboiemeus. M™'' de Caumont vit bien qu'il y avait là quelque chose d'extraordinaire ; elle chercha à percer l'obscurité, et enûn, au-dessous du lambeau de rideau qui tremblait devant la fenêtre, elle aperçut... ^Monsieur Alfred, levez un peu cette lampe, s'il vous plaît. Elle aperçut les deux jambes d'un homme. i^AlJrcd tourne le bouton de la lampe du côté opposé; elle s'éteint.')
Ah!
.ALFRED. Pardon. Que je suis maladroit !
MADAME ANGÉLIQUE. Appelez, sonnez.
ALFRED. Oui , oui. {Prenant Angèle dans ses bras.) Angèle, chère ame ! {Angèle w ni parler. \ Prenez garde î
angklk.
A\aÈLE. Alfred! Alfred ! grâce.
MVDVME AiVGÉLiQUE. Monsieur Alfred , ayez la bonté d'appeler.
ALFRED. Oh! un mot, un mot d'amour I
AXGÈLE. Ail !...
MADAME ANGÉLIQUE. Qu'as-tU?
ANGE LE, tombant sur une chaise. Rien. . . rien !... Je meurs.
ALFRED , sonnant. Votre histoire l'a effrayée. {A Angtle.) Reinets-toi , Angèle , remets-toi , mon amour. Oh ! je t'aime , va , je t'aime ! (^S' élançant vers la porte du corridor.) Mais venez donc, vous êtes d'une lenteur...
(Louise paratt avec deux bougies.) MADAME ANGÉLIQUE. Ah ! je renais.
ANGÈLE accablée , à Alfred. Oh ! monsieur !...
MADAME ANGÉLIQUE. Que VOUS êtes bon, 'monsieur Alfred !
ALFRED. J'avais commis la faute, c'était à>moi de la réparer. Mais il se fait tard, j'a- Luse de votre hospitalité. Etes-vous mieux?
AlVGÈLE.Oui.
ALFRED , à madame Angélique. Je vous conseille de laisser la porte de communication-ouverte.
MADAME 'ANGÉLIQUE. Point du tOUt ,
je me renferme chez moi , je me barricade.
ALFRED. Très-bien. Bonsoir, madame.
Bonsoir , mademoiselle. (^A madame Angélique, en montrant Angtle.) Voyez, nous sommes encore toute tremblante de la peur que vous nous avez faite. {Lui prenant la main.) Angèle , chère Angèle !
MADAME ANGÉLIQUE. Il ne faut pas t'effrayer ainsi, petite ; cette maison est sûre.
ALFRED. Oui, oui, et songez surtout qu'il n'y a aucun danger. Si cette nuit par hasard vous entendiez du bruit, il ne faudrait pas donner l'alarme à votre tante , entendez-vous. Répétez-lui que cette maisou est sûre , madame.
MADAME ANGÉLIQUE. Je te proteste qu'il n'y a aucun danger.
ALFRED. Vous entendez , mademoiselle ?
ANGÈLE. Plaît-il ? Je ne comprends pas. [A part.) Qu'est-ce doue que j'éprouve?
ALFRED. Est-ce de l'amour?
ANGÈLE. J'en ai bien peur.
ALFRED , sortant. Bonsoir , mesdames , bonsoir.