‹ Pièces de théâtreChapitre 738 sur 1069 · SCENE PPtEMlERE · texte numérisé non relu

SCENE PPtEMlERE

A?\GELE, couchée sur une chaise /ongne; LOUISE, entrant; puis après LA COM- TESSE, ensuite HENRI.

ANGÈLE. L'avez-vous vu?

LOUISE. Pas encore.

ANGÈLE. A-t-il lu ma lettre , au moins !

LOUISE. Son domestique la lui a remise quand il est rentré cette nuit.

ANGÈLE. Oh! me laisser ainsi depuis trois jours! Alfred! Alfred!

LOUISE. Voici madame...

ANGÈLE. Chut! retirez-vous!...

L\ COMTESSE. Puis-je entrer?

ma mère.

Eii bien,

comment te

)nc pas me

ANGÈLE. Oui , LA COMTESSE

trouves-tu?...

ANGÈLE. Très-bien, maman..

LA COMTESSE. Tu ne veux doi dire ce que tn as?

ANGÈLE. Mais que voulez-vous que je vous dise, ma mère ; je n'ai rien...

LA COMTESSE. A'ois... Oh! tu me caches quelque chose...

ANGÈLE. Moi, moi... Rien, oli ! rien, je vous jure.

LA COMTESSE. Si, tu as quelques chagrins, dis-les-moi Voyons , doutcs-tu

de mon amour?

LE MAGASIN THEATRAL

A.NGÈLE. Je serais biea malheureuse , maiiière, si j'en doutais!

LA COMTESSE. Mais je puis douter du

tien, moi Yoilà trois jours que lu es

souffrante et que , malgré mes prières , tu

refuses de voir uu médecin Tu veux

donc mourir?

ANGÈLE. Ma mère...

LA COMTESSE. Ecoute.... Je comprends ta répugnance pour un médecin étranger... pour un homme que tu ne connaîtrais pas. Mais... pour un ami...

ANGÈLE. Que voulez-vous dire?

LAC03ITESSE. Si M. Henri, par exemple...

A\GÈLE. Henri Muller...

LA COMTESSE. Oui , il est à Paris.

ANGÈLE. Oh! M. Henri Oh! lui

moins que tout autre...

LA COMTESSE. Je lui ai écrit.

ANGÈLE. De venir?

LA COMTESSE. Oui.

ANGÈLE. Oh!

LA COMTESSE. Et...

ANGÈLE. Et et il est là, n'est-ce

pas?... Voilà ce que vous voulez dire.

LA COMTESSE. Eh bien , oui.

.\NGÈLE. Ma mère , ma mère , au nom du ciel I

LA COMTESSE. Mais il existe donc quelque chose , quelque chose que tu ne peux

pas avouer Mais que veux-tu que je

suppose alors... Voyons.

ANGÈLE. Rien rien.... rien

LA COMTESSE. Ainsi tu consens!

ANGÈLE. Faites tout ce que vous voudrez , ma mère.

LA COMTESSE , allant à la porte. ^Ionsieur Henri... venez...

HENRI , entrant. Madame.

LA COMTESSE. J'ai obtenu d'elle qu'elle ,'ous voie. Oh ! je vous la recommande , monsieur Henri , c'est mon enlant chérie, voyez-vous. . .Oh ! vous me répondez d'elle.

HENRI. Est-elle donc si souffrante?...

LA COMTESSE. Je ne sais ce qu'elle a... Tâchez de découvrir son secret , si elle en a un. Parlez-lui comme on parle à une sœur. . . Je vous laisse avec elle , pour que vous soyez plus libre... Devant moi... Je

ne sais qu'imaginer. Vous comprenez

enfin , monsieur Heiui.... Tout, tout — Faites tout pour elle.

HENRI. J'ignore si je puis quelque chose, madame, mais je suis bien entièrement à vous. ..

LA COMTESSE. Je VOUS laisse J'attendrai chez moi. Venez me trouver après l'avoir quittée; aussitôt après, je vous mie...

HENRI. J'irai.

LA COMTESSE. J'y compte.

HENRI. Mademoiselle... mademoiselle!

ANGÈLE. Et ma mère où est-elle?

HENRI. Sortie un instant.

ANGÈLE. Oh !

HENRI. Je croyais que vous auriez plus de plaisir à revoir un ancien ami.

ANGÈLE. Pardon...

HENRI , s' asseyant près (Telle. Voulezvous me donner votre main?

ANGÈLE. Ma main!...

HENRI. C'est à titre de médecin que je vous la demande.

ANGÈLE. Et c'est à titi-e d'ami que je vous la donne.

HENRI. Elle est bien brûlante Vous

avez la fièvre.

ANGÈLE, retirant sa main. Dieu!...,, si l'on pouvait reconnaître !

HENRI. Qu'avez-vous ? . . . dites-moi.

ANGÈLE. Rien.

HENRI. C'est impossible vous souffrez, vous devez souffrir du moins... Vous êtes pâle , changée...

ANGÈLE. Ne me regardez point ainsi ,

monsieur Henri vous me faites mai ;

vous me mettez au supplice...

HENRI. Mon Dieu! que puis-je vous dire? que puis-je vous faire?...

ANGÈLE. C'est le chagrin de la mort de ma bonne tante... c'est le voyage c{ui ni'a fatiguée... et pas autre chose... quelques jours me remettront.

HENRI. Et quand ètes-vous arrivée?

ANGÈLE. H V a quatre jours , le soir du bal...

HENRI. M. d'Alvimar m'avait dit que ce n'était que le lendemain....

ANGÈLE. H s'est trompé sans doute, car je l'ai vu quelque tems après être descendue de voiture.

HENRI. Et pourquoi ne pas vous être montrée un instant.^

ANGÈLE. J'étais en deuil , j'étais fatiguée.

HENRI. Et où étiez- vous pendant ce temsl

ANGÈLE. Dans cette chambre.

HENRI. Dans cette chambre?

ANGÈLE. Oui , c'est la mienne.

HENRI , frappé d'une idée. J'en ai vu sortir Alfred, en effet... pâle, agité... au moment où... {^11 regarde Angèle fixement puis il se relève, recule, et s'écrie avec ex plosion : ) C'est impossible ! . . .

ANGÈLE. Quoi, quoi donc?

HENRI , regardant autour de lui. Mon Dieu!... mon Dieu!...

ANUÈLE , le regardant aller vers la porte, Pi se souley'unt sur ses hras. Que fait-il?...

ANGLLE.

HEMlI , ouorant la porte, ^oilà la fcnèti'e. . . au lez-de-cbaussée. . . voilà la porte. . . voici un meuble auquel je me suis heurté... {Marchant droit à An gèle épom'antce.)

Anoèle , Angèle répondez-moi connue

vous répondriez à Dieu.

ANGÈLE. Que voulez-vous? que voulezvous?...

HENRI. Angèle... la nuit du bal...

ANGÈLE, répétant machinalement. La nuit du bal.

HENRI. Ah!.... un homme conduit par Alfred.

ANGÈLE. Eh bien?...

HENRI. Les yeux bandés...

ANGÈLE. N'achevez pas I...

HENRI. Est entré ici... dans votre chambre.

ANGÈLE. Comment le savez-vous?

HENRI. C'était moi !...

ANGÈLE, se jetant à ses pieds , le front contre terre. Mon Dieu ! mon Dieu ! tuezmoi...

HENRI, se tordant les bras. Oh! oh !...

ANGÈLE , soulevant sa tête doucement , puis regardant Henri, puis se relevant loutà-coup. Et mon entant , monsieur, qu'avezvous fait de mon enfant ?. . .

HENRI. Que dites - vous ? je n'entends pas , que dites-vous?..

ANGÈLE. Mon fils... c'était im fils... on m'a dit que le jiîédecin l'avait emporté. Oh! qu'est-il devenu? vous m'en répondez , monsieur !

HENRI. Il vit.

ANGÈLE. Oh! 11 vit... il vit, pauvre ange... Vous l'avez vu... vous avez vu mon enfant? Henri... ohl mon bon Henri, que je vous embrasse...

HENRI. Angèle ' vous me tuez.

ANGÈLE. Nous irons le voir, n'est-ce pas?.. Aussitôt que je pourrai sortir, nous irons ensemble ; vous ne me refuserez point de me conduire près de lui, n'est-ce pas? Une mère qui demande à voir son enfant, c'est sacré... on lîe peut pas empêcher une mère de voir son enfant. . . son enfant est à elle. Oh ! l'on ne peut pas la priver de son enfant I

HENRI. Nous irons.

ANGÈLE. Quand ?

HENRI. Bientôt.

ANGÈLE. Mon fils !..

HENRI. Parlons d'autre chose...

ANGÈLE. Et de quoi voulez-vous que j'ose pailler, si ce n'est de lui?..

HENRI. Parlons de son père.

ANGÈLE. Oh!..

HENRI. Point de honte, Angèle... la honte est pour l'infâme !

Anifèle»

AXGELE. Henri , s'il m^pouse î HEXRi. Oui... mais il faut qu'il vous épouse.

A\GÈLE. Il me l'a promis.

H EMU. Quand ?

ANGÈLE. Pendant cette nuit fatale.

HENRI. Et depuis?..

ANGÈLE. Oh ! monsieur , je ne l'ai pas revu.

HEMtl , entre ses drnt^. Le misérable ! .. ..

ANGELE. Oh! voilà ce qui me faisait mourir... ne rien savoir... ne point oser me confier à personne ; des remords , des

craintes, de la honte plein le cœur Et

ma mère, qui ne me quittait pas.

HENRI. Il faut tout lui dire , Angèle.

ANGÈLE. Oh! je n'oserai jamais.

HENRI. Alors , jelelui dirai, moi... car il faut que cet homme vous épouse ; il le faut... Voulez-vous, moi... que je lui dise, à votre mère?

ANGÈLE. Non, non, non... par grâce...

j'aime mieux encore moi-même.

HENRI. Il faut lui tout avouer, lui dire qu'elle aille trouver cet homme; car, si elle n'y va pas. .. j'irai , moi. ..

ANGÈLE. Non... oh! non, pas vous.

HENRI. C'est qu'il n'y a pas une minute à perdre.... Voyez-vous , Alfred est capable de tout... de partir, de s'éloigner.

ANGÈLE. Oh ! vous le calomniez

Hemi.. .

HENRI. Dieu le veuille !

ANGÈLE. Eh bien !... aujourd'hui.

HENRI. Oh ! ce n'est point aujourd'hui , c'est tout de suite...

ANGÈLE. Mon Dieu !

HENRI. .T'ai bien le droit d'exiger quelque chose de vous, Angèle... Eh bien!

j'exige qu'à l'instant même vous avouiez tout à votre mère.

ANGÈLE. Quelques minutes de grâce.

HENRI. Pas une seconde... Je vais l'aller trouver, lui dire de venir... Angèle.,. An gèle... du courage... Votre mère vous al me ; et puis d'ailleurs il le faut!..

ANGÈLE. Allez donc!.. {Henri sort.) Oh!

oh!... {Sanglotant.) Que je suis malheureuse, mon Dieu!., oh!., oh ! mon Dieu !

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