SCÈNE VIIJ
M-" POCHET, M'™ BON VIVANT, ensuite M'"« CACAO.
MADAME POCHET
V'ià tout mon monde invité; il n'y a plus qu'un embarras, c'est qu' je n' sais pas c' que je leur fricotterai ; je mettrais ben un morceau d' veau ou une épaule de mouton au four avec des pommes de terre ; mais la bouchère est un' canaille qui ne veut plus m' fair' crédit. (Madame Cacao paraît sur la porte de sa boutique.) Si j' leux donnais un' collation, ça s' fait le soir avec des pruneaux et des quatr' mendiants! Justement, v'Ià l'épicière sur sa fio'te; elle ne vaut pas mieux que la bouchère et la laitière ; c'est égal, faut que j' la consulte. Bonjour, mame Cacao; comment qu'ça va, marne Cacao? et vot' époux? et vot' petit qu'est en nourrice... et vot' petit chien Zémire ?
MADAME CACAO, s'avançant.
Merci, mame Pochet, ça n' va pas mal, excepté que mon mari a la goutte.
MADAME POCHET
Tant pis , vaut mieux la boire que d' l'avoir.
(Elle rit.) MADAME CACAO.
Mon p'tit a la coqueluche.
MADAME POCHET
C'est z'un malheur; mais tout's les enfants, l'ont, c'est un' pidémie...
MADAME CACAO
Et Zémire s'est cassé une patte.
MADAME POCHET, avec exagération.
Ah! pauvr' petite bête! heureus'ment qu'il lui en reste trois.
MADAME CACAO
Mais moi , je me porte bien.
MADAME POCHET
Alors il n'y a pas d' mal... Dites donc, maino Cacao, j'ai qucqu' chose à vous d'mander.
madamp: gibou et madame pochet.
MADAME CACAO
Tant pis, car je n' donne rien.
MADAME POCHKT.
C'est un conseil.
MADAME CACAO
Ah ! tant que vous voudrrz.
MADAME POCHET, riant.
Ça ne ruine pas. J"ai du monde ce soir pour une soirée que je veux donner, et je ne sais quoi faire.
MADAME CACAO
Voulez-vous que ce soit dans le bon genre?
MADAME POCHET
Certain'ment ; et même si vous vouliez , raame Cacao, m' faire le plaisir d'en être, nous rirons; il y aura des jeunes {;ens, on fera des jeux innocents , et !e petit voisin de dessus mon carre nous fera danser avec son flageolet.
MADAME CACAO
Pas de refus, mame Pochet ; je n'haïs pas la société. Eh bien ! je vous conseille de donner un thé.
Quequ' c'est que ça, un thé ?
MADAME CACAO
C'est à l'anglaise.
MADAME POCHET
Je n' connais pas ça; c'est-y éeolomique?
MADAME CACAO
Oh! oui, par exemple : pour six sous vous pourrez en faire trois ou quatre pintes.
MADAME POCHET
Trois ou quatre pintes ! ça fait joliment mon nffaii'e ; comment qu' ça se fait?
MADAME CACAO
Avec de l'eau bouillante, tout bonn'ment. ( A la cantonade. ) François ! apportez à mame Pochet pour six sous de thé. (A madame Pochet. ) Vous servez ça dans tles tasses, bien chaud, avec du sucre.
MADAME POCHET
Ah ! faut du sucre ?( A part. ) Bah ! ça ira bien avec de la castonade.
MADAME CACAO
Vous donnez avec ça des petits gâteaux.
MADAME POCHET
Ah! faut des petits gâteaux?
MADAME CACAO
Ou du pain rôti...
MADAME POCHET, à part.
Je leux ferai rôtir du pain.
MADAME CACAO
Et du beurre bien frais.
MADAME POCHET
Bon, bon! je tripoterai ça comme il faut. Monsieur François, je suis-ty pesée?
MADAME CACAO , prenant le cornet des mains de Franc;ois.
Voilà... Flairez-moi ça...
MADAME POCHET
Ah ! la drôle d'odeur que ça vous a ! ça sent comme chez i'arbolisse.
(Elle marche à reculons en parlant à l'épicière. Un {;arçon pâtissier entre, portant une corbeille de pâtisseries sur sa tète ; il marche à reculons en parlant à la cantonade :
LE GATIÇOK PATISSIER.
C'est bon , porte-toi bien ! quand lu voudrai me voir...)
( Il vient se cogner contre madame Pochet , dont le cornet ' de thé saute des mains ; les gâteaux tombent dans la rue, la corbeille du pâtissier sur le pot de la laitière, qu'il renverse. Madame Pochet ramasse son thé qu'elle remet dans le cornet. )