‹ Pièces de théâtreChapitre 745 sur 1069 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

LA COMTESSE . DO:\rLMQUE , puis ALFRED.

LA COMTESSE. Votre maître est-il chez

lui :•

UOMINIQLE. NonI madame.

LA COMTESSE, flentreia-t-il bientôt!....

DOMINIQUE. Je ne sais.

LA COMTESSE. N'importe, je vais l'attendre.

DOMINIQUE. ]\rais , madame la comtesse, peut-être ]M. d'Alvimar restera-t-il dehors jusqu'à la nuit.

LA COMTESSE, s'asseyunt. Eh bien! je l'attendrai jusqu'à la nuit.

d'alvimar , dans Vaniichambre. Non , non... Les chevau.x à la voiture.

LE MAGASIN THEAIHAL.

lA COMTESSG. Vous VOUS tlOluplcz , Diçn ami ; le voici...

ALFRED, entrant. Vite, Dominique, il

faut, . (ji"////!r/;6»TO/>««^.) La comtesse !

{Allant à elle.) Ah î madame, que je suis liem-eux, fatigué que je suis «le visages diplomaliciues , de trouver, en rentrant chez moi , im pareil contraste!...

L V co'ïITliSSE. Faites sortir cet homme , monsieur.

ALFUKD. Dominique, laissez -nous. (// peut.) Mets les chevaux à la voiture. ^L-? domeslHjue sort.) Eh bien, maintenant, madame... que toutes nos démarclies sont terminées, et terminées heureusenuent — à quand mon mariage?...

LA co>lTi:sSE. C'est ce que je venais vous demander de la part d'Angèle...

ALFilED , làr.liant la iiiain de la cumlcsxr. Ah!...

LA COMTESSE. Celte enfant vous aime...

vous l'aimez aussi...

ALFRED. -Moi!

LA C0:^ITESSE. Oh ! si vous ne l'aimiez pas, connnent nommeriez-vous votre conduite avec elle? et si , après votre conduite avec elle , vous ne l'épousiez pas comment alors nommeriez-vous votre refus ?

ALFRED. Mais , madame , après ce qui était convenu entre nous...

LA COMTESSE. Ilien n'était convenu , monsieur... ou j'ai tout oublié...

ALFRED. Madame...

LA COMTESSE. Mais je sais qu'il était convenu avec ma fdle, monsieur, que vous medemanderiez la main de ma fille. . . vous me l'avez demandée , et je vous l'accorde.. .

ALFRED. ?dais je ne puis...

LA COMTESSE , se h\.a:il. Ah I VOUS ne

pouvez parce que nous sommes deux

femmes , n'est-ce pas? parce que non-; n"avons ni père , ni mari qui nous di'-fen-

dent Vous ne pouvez — lorsque vous

avez déshonoré une enfant si jeune

qu'elle ignorait ce que c'était que le déshonneur... vous ne pouvez... dites-vous

ALFRED. Mais, madame, depuis ce tems... un autre amour... que je crus partagé...

LA COMTESSE. Je ne vous comprends pas , monsieur.

ALFRED, se relevant. Alors je vois qu'il faut être clair et précis... je vais l'être... Je ne puis épouser Angèle...

LA COMTESSE. Ahl...

ALFRED. Mes projets d'avenir...

LA COMTESSE. Malheureux malheureux que vous êtes I

ALFRED. Madame !

LA COMTESSE. Vos projets d'avenir I...; et qui les a réalisés jusqu'à présent?.... Ohl oh! tout cela c'est ma faute... mais vous voulez donc que j'aie des remords toute ma vie? que ces remords me conduisent au tombeau dans le désespoir et dans les larmes ; car c'est moi , oui, monsieur, c'est moi , moi qui suis la seule cause du malheur de mon enfant... c'est moi qui, en quelque sorte, me suis jetée entre elle et vous. . . Oh ! notre première conversation m'est bien présente , allez. Vous veniez pour me la demander, monsieur, lorsque, connue une folle, comme une insensée , je vous ai développé mes projets

à moi Oh! qui pouvait se douter

aussi J'aurais dii deviner tout cela

ou plutôt j'aurais dû, connue c'est le devoir d'une mère , veiller sur ma fille , ne pas la perdre un instant de vue, m'ou-

blier pour elle et je n'ai rien fait de

tout cela aussi ma fille est perdue,

aussi je suis perdue

ALFRED. Perdue...

LA COMTESSE. Oui, monsieur... si vous résistez à mes larmes... et je n'ai que mes

larmes, monsieur car je ne puis vou{

y forcer, moi je ne puis que me

traîner à vos pieds, en baiser la poussière, vous crier avec les sanglots et les gémissenrens d'un cœur brisé : K endez l'honneur

à ma fille, épousez ma fille Puis, si

vous me repoussiez , monsieur, et ce serait

affreux la prendre dans mes bras

l'emporter hors du monde dans quelque coin , dans quelque retraite... où nous

puissions cacher nos larines Ah ! oui ,

voilà tout ce que je puis... Oh I je le sais, monsieur, je le sais , et voilà ce qui fait mon désespoir...

ALFRED. Oh I madame... mais vous vous exagérez...

LA COMTESSE. Notre malheur, monsieur ! oh! non celui de ma fille,

peut-être... car c'est la moins coupable de nous deux... et par conséquent la moins

malheureuse. Mais moi! oh! voir sa

fille à seize ans... retranchée de la société, comme si le linceul des morts avait passé sur elle... maudissant le jour où elle est née , et peut-être la mère qui l'a mise au

jour pleurant, pleurant et se dire :

C'est moi, c'est sa mère. Oh ! je m'exagère pas mon malheur... oh! monsieur, monsieur, dites, en est-il, en connaissez-vous un plus grand ?...

ALFRED. Oui , je sais que la fatalité nous pousse.

L.A COMTESSE. Et votre enfant, monsieur... Pauvre enfant! qui n'a }x>int de-

vous qui fera

uu couvent je vous

vous paie-

Uiandé à naître, et qui est né... né dans la lionte, pour vivre dans la honte... que condamnez à une vie sans avenir, gir sa mère, et qui rotigira t'elle... Oh! cet enfant... au nom de cet

enfant! Dieu, monsieur, a voulu que

l'homme le plus implacable eût des entrailles de père... Vous vous laisserez toucher Mon Dieu.' j'avais des choses si

finissantes à vous dire , avant de vous voir... et, maintenant que je vous vois, je nai que des larmes .. Oh ! prenez pitié de nous , monsieur... prenez pitié de nous,

et le Seigneur vous bénira Oh! je le

vois... oh ! vous vous attendrissez!... Mon

Dieu! mon Dieu! donnez-moi de ces

mots , de ces accens du cœur qui persuadent, qui entraînent! Mou Dieu ! je

vous le demande à genoux !

ALFUF.D. Eh bien ! madame, voyons...

L\ COMTESSE. Oui, oui. Voyons, quo voulez-vous, que désirez-vous?... Moi, je me retirerai dans abandonuLMai le peu que j'ai rez ma dot, et voilà tout.

M.FRF.I). Oh !

1.4 COMTESSE. Oui ; à xui homme , je le sais , il faut de la fortune , et vous ferez bien d'acceptci ce que je vous offre, monsieur. 3iais, à moi , il ne me faiit rien

plus rien...

ALFRED. Ehjjien, meurent mes projets d'avenir et d'ambition ! Madame, montez dans ma voiture ; allez chez votre notaire... amenez-le ici; et... si vous voulez bien me faire l'honneur de m'accorder la main de madempiselle Angèle...

LA COMTESSE. Vous dites, monsieur?...

Ah!...

AlFiiEl), .Te dis, ma mère , que suis prêt 5 devenir son époux.

LA COMTESSE. Ah ! . . . VOUS u'èies pas un homme , vous êtes un ange ! laissez-moi vous baiser les mains , vous embrasser les

genoux. Oh! mon Dieu, mon Dieu!

mon enfant , ma pauvre enfant !. . . tu n'auras donc rien à reprocher à ta mère!

Oh! monsieur, monsieur... oh! que je vous remercie I...

ALFUED. Eh bien I madame , ne perdez pas uu instant; allez...

LA COMTESSE. Oui... oui... Adieu...

ALFRED , reoena'iit i ivement en scène et ionnarit. Dominique! Dominique!

DOMINIQUE , paraissant. Monsieur ?

ALFRED. Lu cabriolet de place... le premier venu... et à la poste aux chevaux.

DOMINIQUE. Nous partons.

ALFRED. A l'instant à la minute

cours. {Dominique sort.) Voyons , ai-je tout

ce qu'il faut... de l'or... desbiHets.

passeport... Ah! mon brevet.

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