‹ Pièces de théâtreChapitre 747 sur 1069 · SCENE Y · texte numérisé non relu

SCENE Y

HENRI , puis ANGÈLE.

HENRI. Oh ! mon Dieu , ce n'est pas la vie que je vous demande, vous le savez ; mais, avant qi»ç x meure , faites de moi l'instrument de votre vengeance, et je vous bénirai.

ANGÈLE , en'rnuornnt la porte. Monsieur Henri, ctes-vous là?

HENRI. Angèie!..

.WGÈLE. Ma mère m'a dit de venir vous joindre, ellerenire avec un notaire... Oli I mon Dieu , tout est donc décidé ?

HENRI , «/;,7r/. Pauvre enfant?

ANGÈLE. Ainsi c'est à vous, monsieur Henri, à vous que je devrai du moins d'être heureuse mère , si je ne suis pas heureuse épouse.

HENRI. Si vous n'ètc? pas heureuse épouse , Angèle?.. .Ce mariage, en s'accom-

Î)ii3sant , n'aurait-il pas fait votre lionjeur?

ANGÈLE. Mon bonlieur... AIi I le bonheur fut l'angL? jjardicn de uies jeunes années ; il s'est envolé avec elles.

HENiu. Cepeiidnnt, Angèle... le bonheur est dajis l'amour.

ANGÈLE , amèrement. Et croyez • vous qu'Alfred m'aime?

HENRI. Mais vous l'aimez.. .. vou.?

ANGÈLE. Henri... Si le déshonneur avait été pour moi seule... s'il n'eût point , er m'atteignant, rejailli sur ma mère et iui mon entant...

HENRI. Eh bien?

ANGÈLE. IMon ami , je vous le jure , j'eusse préféré le déslionneur , la moi' même, àdevenirla femme de cet homme.

HENRI. Que dites-vous, Angèle?

ANGÈLE. Je dis que je n'ai plus qu'uu instant où je puisse pleuier ; que je n'ai plus qu'un ami à qui je ])uisse tout dire... Et cet instant , c'e^t celui-ci , et cet ami , c'est vous... Oh I fi'i ! mes larmes m 'étoullent, Henri... Ohl lais^ez-iuoi j)leurcr.

HENRI. Oui, pleurez , Ang- le... pleurez....

ANGÈLE. Quel avenir de d luleurs me promet cet honune ! si j'en juge par le passé.

HENRI. Et cependant vo n avez jr.i l'aimer... vous si])ure , si eau Iule... Xulle voix d'en haut ne vous aaveitie di; voiler vos yeux et votre cœur , lorsque ce d ■mon s'est a[)proclié de vous.

ANGÈLE. Oh ! si , si !.. ne blas])liénuz pas Dieu... Ce fut de la fascination et non pas de l'amour.

HENRI. Vous... vous, Angèle, vous ne l'auriez jamais aimé?... Ohî... cela ne se peut pas.

ANGÈLE. C'est d'aujourd'iuii seulement que je vois clair dans mon cœur... depuis ce secret fatal que ma mère m'a révélé.

HENRI. Quel secret ?

ANGÈLE. Oh ! vous ne le saurez jamais, Henii! car ce secret n'est pas le mien.... Eh bien , depuis que ce secret m'a été connu... il m'a semblé qu'un voile tombait de mes yeux. Mon malheur fut le résultatd'un charme, d'un prestige, d'une suiiuise... mais je vous le répète, oh I je seui là que je ne l'ai jamais aimé... et j'en suis fière.

HENRI. Oh! mon Dieu, mon Dieu!

suis-je assez malheureux , suis-je assez condaumé !...

ANGÈLE. Vous , Henri!

HENRI , tombant suriine chaise. Elle ne l'a jamais aimé... elle ne l'a jamais aimé... elle auiait donc i)U m'aimer, mo'...

ANGE* E. One dites-vous?

ANGELË.

tiËNUi. Mon Dieu ! mais vous m'avez doue choisi pour épuiser tous les déses- ])oirs?..\ous m'avez montré la vie, et vous me l'ôtez... vous m'avez montré l'amour, et vous me l'ôtez encore... Oh! mon Dieu, mon Dieu .' c'est plus qu'un honnne n'eu

peut supporter Prenez pitié de uioi —

ou tuez-moi de suite...

AIVGÈLE. Henri !

iiEMti. Oh! une heure seulement de son amour.... cette hevu'e , mon Dieu,

vous pouviez me l'accorder cependant

Etail-ce trop d'une heure de bonheur dans ma vie condanmée... Oh ! je serais mort si heureux , si elle m'avait dit une lois Seulement: Henri, je t'aime.... Car je vous aimais, moi , Angèle ; je vous aimais avec passion , avec délire , et j'ai renfermé cet amour dane ma poitrine ; et je lui ai donné mon cœur à dévorer. Ahl Anjjèle! Angèle !...

(Il sanglote.^

AA'GKLE. Monsieur Henri , vous oubliez que je vais être la femme de monsieur Alfred d'Alvimar.

ul:.\ri. Oh ! non, non, grâce au ciel , cela ne sera pas.

A\Gi:LE. Comment?

ALFRED, pciraissani. Me voilà, monsieur.

IICMRI, revenant à lui. Ah ! vous avez été bien long-tems... Vous avez été trop long-tems.

ALFRED. Mes pistolets étaient emballés ; il m'a fallu le tems d'en charger un,

HENRI. Vous-même...

ALFRED. Vous choisirez.

HENRI, s^ éloignant. Très-bien.

ANGÈLE. Où allez-vous ?

HENRI, revenant sur ses pas. Angèle...

priez Dieu !

ANGÈ:.E. Et pour qui ?

HENRI. Pour vous... — Allons, monsieur..?.

nia mère , ma mère,

SCEjNE VI.

ANGÈLE, puis LA COMTESSE et un NOTAIRE.

ANGÈLE , seule. Oh ! que signifient ces paroles, et pourquoi sortent-ils ensemble?.. Grâce au ciel, je ne serai pas la femme de M. d'Alvimar, a-t-il dit. E!i !

mon Dieu I mais a-t-il oublié qu'il n'y a pas pour moi de milieu entre le malheur

et la houle?... Oh venez.

LA COMTF.SSE , an uokûre. Par ici , monsieur , je vous prie... Voici une table, de l'encre , des plumes... ayez la bonté de rédiger le contrat...

LE NOTAIRE. Oui , madame , à l'instant.

LA COMTESSE , à Angine. As- lu VU M. d'Alvimar ?

ANGÈLE. Oui , mais une niinute seulement.

LA COMTESSE. Où est-il?

ANGÈLE. Sorti avec M. Henri...

LA COMTESSE. Ensemble?...

ANGÈLE. Et très-animés , ma mère.

LA COMTESSE. Auraient-ils eu quelque querelle ?...

angeLj". J'en ai peur...

LA COMTESSE. Oh! mon

Dieu ! que dis-tu ?

leu ! mon

I ANGÈLE. Ma

LA COMTESSE. Eh bien?...

ANGÈLE. Avez- vous entendu ?.,.

LA COMTESSE. Le bruit d'une arme

A feu !

ANGÈLE. Hs se battent...

LA COMTESSE , lui montrant h notaire. Silence... IMon Dieu !

(Eilcs restent toutes deux debout et immobiles, à

rûtii l'une de l'autre, s.-'.ns o.ser se rclouraer

Henri jMiiller monte lentement les ;lc<Trfs du perron, pins l'ilhlL' et j.lus [i:\le <]!Il- jeûnais , et vient s'ajipuycr sur la diaise du notiiire, sans être vu par lui.)

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