JEANNETON , L'ESPÉRANCE
l'ts Érance, arrivant du côte oppose.
y4ir précèdent .
Ab.'ab!
Quel coup terrible !
Non, non, jamais on ne porta Au cœur d'un guerrier si sensible Une botte comme celle-là.
Ah! ah!...
MAGASIN THEATRAL
JEANIVETON, V interrompant. Tiens! vous ' aussi vous avez du chagrin, monsieur l'Espérance ? moi qui comptais sur vous pour m'égayer un peu !..
l'espérance. Ahlouiche! L'Espérance est au désespoir !.. Jeanneton, délicieuse et délicate ravaudeuse, préparez-vous à recevoir le plus terrible coup, physiquement parlant!
.JEANiVETOiv. Qu'est-ce donc?... mon ami...
l'espÉratvce. Yous me regardez de la tête aux pieds, etvous vous dites, ma charmanie : Quel bel homme je vais avoir!., physiquement parlant.
jeanneton. C'est vrai, je me disçasouvent, et ça me flatte.
l'espérance. Je le crois bien... mais ne vous flattez pas, ravaudeuse de mon être... vous comptez me posséder, et vous ne me posséderez pas.
JEANNETON. Comment?
l'espérance. Le roi , par l'organe de mes chefs, m'a fait dire que j'eusse à rester garçon... et qu'il me donnait cinq sous par jour pour être à son service et non pas au vôtre, physiquement parlant.
JEANNETON. Eh bien ! il est gentil le roi ! Vous qui m'avez toujours dit : Je réponds du consentement de mes chefs... si je m'étais fiée... à ça pourtant!
l'espérance. Jeanneton, chère Jeanneton, l'autorité militaire devient de jour en jour plus vexatoire, relativement à l'hyménée du héros français. . . mais je suis décidé à faire un coup de ma tête.
JEANNETON. Et qu'est-ce que vous pouvez faire?
l'espérance. Je vais me jeter aux pieds du roi... et je lui dirai... Su-e, vous avez une femme... vous en avez même deux .. vous en avez même trois, à ce qu'on dit, sire... celle que je veux prendre est votre parente du côté gauche, car ma personnière est la propre cousine de Jeanne Vaubernier, dite IM-^^Dubarry.
jeanneton, oi'ec ironie. Jolie idée que vous avez là... Jeanne Vaubernier est ma cousine, c'est vrai... mais ce n'est pas au roi qu'il faut aller le dire !
l'espérance, a qui donc?
JEANNETON. A personne!., ça pourrait faire du tort à ma réputation de brave fille, et du chagrin à Jeanne Vaubernier, qui m'a oubliée sans doute... car depuis qu'elleafait fortune, je n'enaiplus entendu parler.
l'espérance. Dam! elle attend peutêtre votie visite !
JEANNETON. Encore possible, mais je
n'irai pas!., pour me faire faire quelque affront.
Air : Je suis la petite Bergère.
Aller chez elle?... Dieu m'en garde!
Je trouverais peut-être là
Un suisse avec sa liailebarde ,
Qui viendialt me dire : Halte-là!
Mais de me voir si Jeanne se propose.
Elle pourra jusqu'à moi pénétrer...
i^Eile montre son tonneau.)
Mon concierge, je le suppose,
Ne i'empécliera pas d'entrer.
l'espérance. Et quand je songe qu'une parente comme ça, si elle le voulait, pourrait vous faire tant de bien !... physiquement parlant.
JEANNETON. Parente, au plus proche degré, fille de frère et de sœur, toutes les deux de Lorraine, d'où nous sommes venues, il y a cinq ans, pour chercher fortune à Paris... avec notre cousin germain... ce pauvre Duval.
l'espérance. Ub joli mirliflor, employé dans la gabelle... et qui fera son chemin à cause de son physique... à la Pompadour.
JEANNETON. Ah! oui, son chemin... ils y ont mis bon ordre.
l'espérance. Que voulez-vous dire ?
JEANNETON. Duval est mort cette nuit!
l'espérance. Mort!., mort, physiquement parlant?
JEANNETON. Oui, mort de misère... de chagrin... et d'un grand coup d'épée...
qu'il a reçu il y a trois jours.
l'espérance. Mort d'im coup d'épée !..
le petit gabellou, honneur à sa mémoire... nous ne mourons que comme ça dans les gardes françaises, mais qui vous a appris. . . ravaudeuse affligée?
JKANNETON. Hier soir, au moment où je fermais mon magasin... un commissionnaire vint me dire qu'on me demandait tout de suite... tout de suite... rue Saint- Jacques... je ne voulais pas y aller... mais on me montra un anneau que j'avaisdonné à mon cousin... et je suivis le commissionnaire... il me conduisit dans une mansarde, où je trouvai ce pauvre jeune homme, expirant à vingt ans... d'une blessure qu'il avait reçue en se battant avec je ne sais qui... il n'a pas voulu, ou plutôt il n'a pas pu mêle dire... tout ce qu'il a pu faire, c'est de me remettre un petit coffret auquel il paraissait attacher un grand prix... car, il était caché dans son lit.... puis il a pris ma main qu'il a mouillée de ses larmes... alors je me suis caché la figure dans mon tablier... et quand j'ai voulu regarder... il n'v avait plus personne!
(Elle pleure.)
LA COMTESSE DU TONNEAU
l'espÉraxce. Ça fend l'ame eu deux...
ça ferait pleurer le dieu Mars en personne ! (// sanglote.) J'entre au débit de consolations.
JEANNEïON. C'est çà!... vous n'en sortez plus...
l'espérance. Ce n'est pas ma faute, ma charmante... c'est la faute de la destinée qui m'envoie journeUemenl tant de peines personnelles à consoler!. , D'ailleurs, ce matin... j'ai donné chez le père Ledur... le débitant... rendez-vous à mon sergentmajor... Je reviendrai vous dire adieu... avant de retourner à Versadles...
JE\N\'ETO\, soupirant. AVj!...
l'espérance. Allons donc !...
Air de la Cachucha.
N' pleurez pas comme ça RavauJeuse gentille...
De fil en aiguille Votre chagrin pass'ra.
.T'tez vos Houx regards Sur votre belle idole...
Venus se console En voyant le dieu Mars
JEAKKETON.
Queir triste chance 1 Perdr' rexistence Quand eir commence...