LE VICOMTE, JEANNETON
JEANNETOM.
Air de l'Ambassadrice.
Voilà donc la cour !
Qncl brillant séjour; JY viens .\ mou tour , Ali ! quel heureux jour !
Que ces murs brillans Ont vu de t;alaiis \'A de courtisans \ // ■ \
Traliir leursermens, i '' "■' Comtesse ou fjrisette, Eicnlùt on verra De Jeanne ou d' Jeannette
Qui remportera.
Gardons bien mon masqae,
Montrons-nous ici
Perfide, fantasqne...
Et j'ai re'ussi !
Voilà donc la conr, etc.
{Pendant cet air le vicomte est allé au fond et regarde dans la galerie.)
LE VICOMTE. Prends bien garde d'être reconnue avant le moment décisif.
JEANNETON. Soyez tranquille... pour changer une ravafudeuse en duchesse, il n'y a que cela à faire. ( Elle met son mascjuc.)^i vu, ni connu, comme ou dit. Vous dites donc que nous sommes ici chez M"® la marquise de Saint-Yon ?
LE VICOMTE. Le plus bel hôtel de Versailles après le château royal.
JEANNETON, regardant. Voilà un hôtel comme il m'en faudrait un.
LE VICOMTE. L'appétit vient en mangeant.
JEANNETON. Après ça, ce que j'en dis, moi, ce n'est pas que ça me tente.
Air du Cabaret.
Dans mon hôtel oii tant d'or brille Vous savez comme je me plais , Et, quoicfue je sois bonne fille, Je préférerais ce palais.
A Trianon, j'irais sans gêne , Mais, an moindre revers nouveau...
Comme nftdame Diogène, Je reviendrais à mon tonneau.
LE VICOMTE. Voilà de la vraie philosophie. Mais vous devez être contente de moi, gentille comtesse ? J'ai rendu votre sort égal à celui de la reine de France !
JEANNETON. C'est vrai, ça... La reine de France et de Navarre n'est pas plus brillante que moi... et dire que, dans ce bal, mon arrogante cousineaura une robedout on n'a pas pu trouver la pareille !
LE VICOMTE. Ce n'est pas ma faute, j'espère I . . Pour satisfaire tes désirs de comtesse, j'ai envoyé un courrier à Lyon où cette étoffe avait été fabriquée, le métier en était déjà brisé... par ordre de la Dubarry... on t'a même rapporté le seul morceau qui restât de cette magnifique étotfc.
JEANNETON. Uncaune troisquartsî que faire avec ça, je vous demande ? J'ai pourtant une idée ! oh I mais une idée !
LE VICOMTE. Voyons, voyons.... orientons-nous et sachons où nous en soninios
et où nous allons Uquiis trois mois, je
n'ai reculé devant aucune folie... et nous voilà enfin, malgré tous les obstacles, dans
MAGASIN THEATRAL
ce bal de cours! inipaticmmcat attendu... Voyons, niainlenaut, comiueut tu vas réaliser toutes nos espérances... A t'entendre, c'est aujourd'hui que nous devons porter le dernier coup à notre belle ennemie, en lui arrachant le masque orgueilleux qui la couvre... Ce serait inenie ici, ce soir, que je devrais recevoir de ta main mon brevet de maréchal de camp.
JEANNETOX. Je tiendrai toutes mes promesses, car vous vous êtes conduit envers moi comme un franc et loyal gentilhomme.
LE VICOMTE , gaîmetit. Cela me coûte assez cher.., trois cent mille livres en trois mois !
JEAMNETON. Oh! ça va bien! ça va bien !
LE VICOMTE. Cela ne va que trop bien !
JEAMNETON. Qu'esl-co que ça vous fait?
nous serons vengés?..
LE VICOMTE. Tu as donc quelque secret particulier?
JEANNETON, Peut-être.
LE VICOMTE, Et tu ne veux pas me mettre dans la confidence*
JEAN\ETON. Non, car c'est un secret entre Jeanne et moi... mais, si elle ne s'humilie pas devant sa cousine, ce secret sera demain celui de toute la France,
LE VICOMTE. IMais tu t'imagines donc qu'on aborde aussi facilement la favorite ?
JEAXNETOX. La favorite.,, je me ferai conduire devant elle par le roi lui-même.
LE VICOMTE. Tu oserais parler au roi ?
JEAXA'ETON. Je crois bien!., j'ai aussi de bonnes vérités à lui dire à celui-là...
LE VICOMTE. Connnent! au roi lui-même? {A part.) Où diable mesuis-je fourré?
JE.ANXETON. Et avec votre brevet de maréchal de camp , il faudra qu'il me donne le congé de l'Espérance... ou qu'il dise pourquoi.