SCENE XIII
SUZANNE, puis GENEVIÈVE.
Musique, SL'Z \^^E seule. Elle s'en va, tant mieux! Méchante femme !.. aller dire que j'aime ce jeune homme... tandis que le seul pour qui je donnerais ma vie... {elle regarde si personne iie la coit, et tire un petit portrait de son sein, quelle contemple en lui souriant) le voilà... Tu es toute ma richesse, toi... tu m'entends , tu me réponds...
L'orchestre joue en sourdine l'air : Le nom. de celui que faime. Elle va pour lui donner un baise»-, et le cache brusquement en entendant venir Geneviève.
GKNEVlÈVE, accourant tout effrayée. Ah!
mamselle , je vous cherchais... je n'ai pas une {goutte de sang dans les veines.. Pauvre colonel ! pauvre brave homme!..
SUZ.W.XR , alarmée. Mon tuteur ?
GENEVIÈVE. Je viens de rencontrer Martial avec deux épées sous son bras... faut lui rendre justice. . . il était pâle comme un mort... j'ai cru qu'il allait se battre; mais ça ne pouvait pas être pour lui. (D'une voix entrecoupée.) C'est vot' tuteur, mamselle! .. il a cherché dispute, je nesais pourquoi , au jeune homme de l'Opéra ; dans une heure ils doivent se battre, au bout de la grande avenue du bois. .. et comment voulez-vous qu'il en réchappe, lui qui est blessé à la main... et ces jeunes gens, qui sont tous d'une adresse! . . .
SL'ZA\NE , atterrée. Se battre! je ne le souffrirai pas... je cours me jeteri à ses pieds.
GENEVIÈVE. Vous ne le trouverez plus ; il est allé chercher un camarade à Vincennes, et s'il n'en rencontre pas, c'est Martial qui sera obligé de lui servir de témoin... au bout de l'avenue. Le pauvre garçon ne pourra jamais aller jusque là.
SLZ.VN\E, très- émue. Se battre pour moi !.. ah ! mon Dieu!., mon bienfaiteur, mon seul ami... il faut empêcher...
GEXEVIÈVE. Certainement, il faudrait empêcher... mais comment? Si on pouvait donner un faux avis à l'autre ^ l'enfermer quelque part ou le retenir adroitement... SUZANNE, frappée d'une idée. Le retenir! GENEVIÈVE, pj-ès de la fenêtre. Oh! il n'y a plus moyen! le v'ià qui va passer sous cette fenêtre pour se rendre sur le terrain.
SUZANNE s'élance à la fenêtre. Lui !
GENEVIÈVE. Il ne vous voit pas. {Suzanne fait uri geste de coquetterie en souriant.) Vous le forcerez bien de vous regarder... comment ça?...
Suzanne pousse un pot de tleurs qui tombe en dehors.
GENEVIÈVE. Eh bien! vous lui jetez un pot de fleurs sur la tête?... Oh ! ça a-t-il passé près !... au fait, il lève le nez...
RAPHAËL , en dehors. Ah çà ! que diable ! on fait attention... Que vois-je ?..
GENEVIÈVE , à Suzanne. Il se radoucit.
Suzanne, à la fenêtre, se confond en excuses par gestes.
RAPHAËL, en dehors. Non, non, madame, je ne suis pas blessé , et je bénis cet accident....
Il lui fait des re've'rences ; Suzanne les lui rend d'oQ
air gracieux.
GENEVIÈVE, à part. Que de révérences !
RAPHAËL, en dehors. 11 y a si long-temps
que je désirais me rapprocher de vous....
Si vous daigniez me permettre...
GENEVIÈVE, 4 la fenêtre. Hein? Dites donc, mamselle , il demande à vous saluer de plus près?
SUZANNE, aoec joie. Va le chei'cher.î GENEVIÈVE. Que je l'amène ici !,.. Ah!
je devine... c'est joliment adroit ! {A part.) Mais ces jeunes filles, ça ne connaît pas le danger... nous autres femmes mariées, nous n'oserions jamais... {A la fenêtre.) V'ià que j'y vas, monsieur... {Elle sort en échangeant des signes Ui^ec Suzanne.) Nous le tenons î
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