GEORGET, JUSTIN, MARIE, CABILLOT
Au lever du rideau , Cabillot est assis devant la table à gauche et mange. Georget et Justin, au fond, rangent des livres sur un établi, Marie à droite ourle des torchons.
JUSTIN. Allons! v'ià tout en ordre. ..tout l'ouvrage de la semaine; de la reliure joliment soignée!
GEORGET. Fort bien , petit frère ; pour lors, proverbe général: quand l'ouvrage est finite , faut la porter chez le bourgeois ; en échange de laquelle on vous donne du quibus en effigies quelconques.
MARIE. Ah! dame, cousin, c'est que c'est aujourd'hui le grand jour!
GEORGET. Comme tu dis; c'est le grand jour que celui où l'on ya démolir c'te vieille tirelire. (// l'indique.) Dont le contenu doit emplir les poches de Jean Cabillot... n'est-ce pas, goulu?
CABILLOT, mangeant. Ecoutez donc emplir mes poches, c'est tout simple, M. Georget; sans quoi de ça, votre frère Justin y serait obligé d'aller à la guerre... puisqu'il a attrapé un numéro qui ne valait rien, et que je sommes son remplaçant.
JUSTIN. Et ça coûte cher un remplaçant!
CABILLOT. Laissez donc ! vous n' me payez pas mon prix
MARIE. N'importe, M. Cabillot, nous vous sommes bien reconnaissans... ( yl part.) Et moi surtout; ce bon Justin, ça m'aurait fait tant de peine.
CABILLOT. Reconnaissans? j' veux bien, mais ça n'empêche point que si vous ne me donniez point mon argent à ce soir, je ne partirais point... dû!
GEORGET. On sait ça, Lorrain.., mais dieu merci, grâce à la tirelire, nous serons en mesure... on a fait chaque semaine sa petite économie. (O/a/ii sa casquette.^ C^est
I,E MAGASIN TnEATRAL.
not' pauvre père qu'a eu cette idéf-ià...et je dis qu'elle est bonne ! Tous les jours, on «e retranche ce qu'il y a de suptiflu'dans [e strict nécessaire, et au bout de quelques années, on trouve un homme au fond de la tirelire; c'e.^t comme ça que je me suis trouve libéré du service militaire, et Justin le sera 6 son tour, par le même procédé... car moyennant cinq cents francs dont une partie doit se trouver ià... c'est toi, Lorrain, qui te chargrcras de devenir un jour à sa place maréchal de France.
CABILLOT. Ça me fera plaisir de deven.r maréchal de France... mais eu attendant, i' veux tout de suite mes cinq cents Iraocs. JLSTIW 11 ne s'endort pas, le Lorrain GEOUGET. Nous ferons nos comptes après le dîner... et à propos du dîner, tiens, Marie, A-'là d' quoi faire les provisions... tu sais qu'il nous faut un petit
extra.
Marie se lève.
MARIE. Oui, mon cousin.
JUSTIN, riant. Ah! c'est vrai; nous traitons aujourd'hui; Phrosine, la brocheuse, (l oit venir, et de plus , mon camarade ïili e Talocheur, bon cœur au fond, mais au d ehors un casseur fini !
MARIE. Oh! celui-là, il est toujours déchiré de quéque part.
JUSTIN. C'est égal, c'est un bon garçon.
GEORGET. Et puis il cst amusant. Ensuite, voici ta semaine, Tdarie, neuf livres dix sous. [Il la paie, à Justin.) Toi, je te l'ai payée d'avance.
MARIE. iUerci , mon cousin , je vais descendre pour faire les provisions.
CABILLOT, se levant et tenant un énorme morceau de pain. Si vous permettez, mamzelle, je vas m'en aller avec vous, j'ai fini de déjeuner.
GEORGET. C'est ça... allez vous promener, Lorrain, ça vous fera voir Paris.
CABILLOT. Ah! j'y tiens pas; c'est déjà pas si beau... c'est des maisons en pierre, tout bonnement, comme à Nancy! d'ailleurs, avant d' partir, y a qu'une chose que je désirons voir, à Paris, voyez-vous?
GEORGET. La Colonne, pas vrai?
CABILLOT. Non, c'est les abattoirs.
GEORGET. Les abattoirs sont un monument public qui ont bien leurs charmes.
MARIE. Allons, venez, M. Cabillot.
JUSTIN. Allez, Lorrain, allez gagner de l'appétit; nous ferons un bon dîner, et ensuite nous pincerons une galopade, hors barriàrife.
CABILLOT. Et puis, de-là, je m'en irons à votr' place tout d' même... quand vous m'aurez payé, s'entend.
Air :
Ici, pour faire bombance, Il faudra nous réunir, Puis viendra la contredanse ; En un seul jour que d' plaisir I
MARIE, d part.
Je garde celui que j'aime !
CABILLOT.
Moi, i' m'en vas l' long des trottoirs? J'ons une impatience extrême D'admirer les abattoirs.
Reprise de f Ensemble.
Ici , etc.