GEORGET, JUSTIN
JUSTIN. Les voilà partis... tant mieux... je suis ben aise de me trouver seul à seul avec toi.
GEORGET. Ah ! et pourquoi?
JUSTIN. Voilà, frère... c'est pour te demander si tu ne pourrais pas, outre ma semaine, me donner quelque argent... la moindre chose.
GEORGET. Comment? encore? Ah! ça, Justin, sais-tu que tu deviens une sangsue par trop incommode. . encore de l'argent! mais qu'est-ce que çà veut dire ? pourquoi faire? Il faut que ton gousset soit percé, c'est pas dieu possible ! car avec loi les pièces de cent sous, ça file avec une facilité abusive... Justin, fais -y attention, mon garçon, tu te figures que tu habites le Pérou, tandis que nous sommes dans la rue aux Ours... Je te préviens que ça ne peut plus marcher comme ça.
JUSTIN. Mais i'rère... tu te souviens que la semaine dernière tv ne m'as presque rien donné.
GEORGET. La semaine dernière, j'avais des paiemens à faire... monsieur. (/f part.'] C'te diable de roulette m'avait plumé la semaine dernière. Ah ça, est-ce que ce gail lard-là jouerait aussi? [Haut.) Justin!
JUSTIN. Frère...
GEORGET. Ecoute-moi avec calme et respect; je dis respect, parce qu'étant ton aîné de quinze ans, j'ai droit à des interrogatoires paternels : jusqu'à ce jour, petit frère , je t'ai travesti de ma confiance ; mais depuis dix -huit mois, tu n'es plus le même...
JUSTIN. Comment?
LA Tir.EI.IRE.
GEORGET. Je m y connais : depuis dixhuit mois, Ui es devenu soucieux et caclit)tior. . tes plaisirs, je ne sais pa* où lu 1rs prends, ta monnaie, je ne sais pas A «]U(>i que tu la consacres... enfin, tout ce que tu fais est de la mythologie pour moi, de la pure mythologie.
JUSTIN. Par exemple ! mais je fais comme les autres, je m'amuse comme les camarades... d'ailleurs, tu sais bien que l'argent est rond , et que ça roule.
GEORGET. Oui, mais avec toi ça roule à la vapeur. . . Justin. . . tu n'es pas. . . tu n'es Das joueur, an moins?
JLSTIX, arec chaleur. Moi. joueur! (A part ) C'est lui qui me demande ça. {Haut.) Moi, joueur! Il faudrait donc que je ne me souvienne plus des conseils de notre père. [Georget fait un mouvement.) Moi, aller jouer l'argent qu'on gagne avec tant de peine!
GEORGET, atfc impatience. Hé ben, c'est bon, c'est bon! je te demande ça... parce que, Yoii-tu, le jeu, c'est dangereux pour des petits pigeons comme toi... faut connaître ça.
JUSTIN. Ohl sois tranquille... c'est pas là mon genre de spéculation .. j'en ai un autre que je mitonne... tu verras. {Lui tendant la main.) ÈiWons , frère... un peu de laissez-aller...
GEORGET. T'as toujours fait de moi ce que t'as voulu... je veux bien encore te lâcher quelque pièces de métal... (Mouvement de joie de la part de Justin.) Mais je te préviens que dorénavant, je désire savoir où tout ça s'engloutit; sans quoi, zéro à ton budget, rien de rien... et pour toute jouissance, tu iras prendre des bains froids, ou pêcher à la ligne, plaisir des innocens qui abrutit; mais qui ne coûte rien.
JUSTIN. Ça suffit, Georget, je te dirai tout.. . allons . fouille à la poche; cette morale-là vaut bien une gratification.
GEORGET, tirant de C argent de sa poche. Voilà ce qui reste à la maison, quinze francs ! d'abord cent sous pour la chose promise et sacrée de chaque semaine (// xamettre cinq francs dana la tirelire.) A présent, le reste est pour toi.
JUSTIN Hé ben! mais... et toi... il ne te reste rien ?
GEORGET. Moi, je vai.'î port'T ces livreslà, trente reliures à la liradelle. trunclie dorée, ça me fera unequaronlaiuede francs. [A part.) Avec ça, on peut faire sautiT la banque.
Il va arranger son paquet.
JUSTIN, cL part. Quarante francs! et ce soir il n'aura plus rien. ..oh! je ne dois plus
aitemlre; av.'oin'il Iiui même, il saura tout, puisse-t-il après ça se corriger! {(hi entsna Tili chanter dtnu la couH.-<sr.) Ah! voilà Titi. {lira regarder à ta porte.) .\h ! mOQ Dieu ! quel air triomphant !