‹ Pièces de théâtreChapitre 839 sur 1069 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les Mêmes, LEONARD.

LÉONARD , à la cantonnade. Riez î. riez!. {Il entre et a un côté de ses rétemens couvert de hune ; son cîiupeau lui cache presque les yeux.) Voilà des êtres parfaitement brutes!, rire des infirmités d'autrui me paraît un procédé bien inférieur.

W^^ JOLIVET. Ah! mon Dieu!, monsieur Léonard, coiiime vous voilà fait!.

SYLVIE. Qui a donc pu vous éclabousser de cette manière-là ?.

LÉONARD. Qui?, parbleu, un cabriolet., un fat de cabriolet qui m'a choisi exprès pour sa victime.

M"^ JOLIVET. Oh! exprès!.

LÉONARD. Oui, exprès !. car ces choseslà n'arrivent qu'à moi.. Oui, je le répète! exprès , puisqu'il y avait là cinquante personnes qu'il pouvait éclabousser aussi bien que moi.. J'ai couru après lui pour apostropher son insolent conducteur , je l'ai rattrapé, et sans hésiter, je l'ai appelé : rien du tout ! . Alors , il m'a allongé un immense coup du manche de son fouet., qui nous a laissés , moi et mon chapeau , dans la situation ridicule où vous nous surprenez..

M""' JOLIVET. Ça séchera..

LEONARD. Ça séchera !. ça séchera vraisemblablement.. En attendant, me voilà joli garçon..

Air : Qu'il est flatteur d' épouser celle.

A mon départ, propre et sans tache ,

J'étais d'une seule couleur...

Comme le lis quand il se cache ,

Comme la rose en sa fraîcheur ;

Mais depuis le moment funèbie

Où cet animal ma taché...

Je m' fais vraiment l'effet d'uu ïèbre ,

Ou bien d'un œillet panaché.

J'ai un guignon inusité., quoi que ce soit cherche sans cesse à me vexer., et tout le monde me déteste..

SYLVIE. Tout le monde ?.

LÉONARD. Oh !. excepté vous, je le sais.. Eh bien!, ce même amour dont nous sommes atteints l'un et l'autre est encore pour moi une source d'amertume , puis que M'"'' Jolivet me refuse votre main à laquelle j'aspire d'une façon déplorable.

SYLVIE. Déplorable...

LÉONARD. Déplorable! belle Sylvie...

c'est le mot... Elle absorbe mes facultés et l'imagination dont j'étais farci... Croiriez-vous que je me surprends à battre la mesure à contretems... ou à ne pas la battre du tout... ou bien encore à me la battre sur les doigts... et il n'est pas dur d'être la proie d'une passion aussi violente et dont les résultats ne peuvent se calculer !

M"»" JOLIVET. Calmez-vous , monsieur Léonard... Je ne vous ai pas refusé positivement...

LÉONARD. Quoi! vous consentiriez à cette union fort assortie... succulente, madame Jolivet?

M°>^ JOLIVET. Eh bien ! oui, j'y consens..

LÉONARD. Ah! enfin je goûte lebonlieuJi'

M'^« JOLIVET. J'y consens.. . mais à uue condition...

LÉONARD. Bon... à une condition... Je connais ça. .. c'est-à-dire que vous ne consentez à rien...

M™** JOLIVET. Comment?

LÉONARD. Madame Jolivet... bien que nion physique ne manifeste pas le génie d'un poète, d'un auteur ou de tout autre écrivain public, croyez bien que jnon intelhgence s'élève de beaucoup au-dessus de la grue... C'est vous faire entendre que je n'ignore pointée que ça signifie, quand on du à quelqu'un : « à une condition. .. C'est toujours quelque chose d'impossible qu'on va lui proposer.

M""^ JOLIVET. I\Iais si ma condition à moi était facile à remplir?

LÉON.VRD. Ce serait miraculeux! Voyons, la curiosité me pousse à vous prier de vous expliquer ?

LE MAGASIN THEATRAL

M"* JOLIVET. Voici... Yous Jj.i^ncz pou d'argent...

LEONARD. Tiaiiclioiis le mot... incsappointenums sont luesquins...

M™" JOLIVET. Il en coûte clavantag,c pour vivre quand on est deux... (juc lorsqu'on est seul...

LÉONAUD. C'est une des lois inconunodes de la civilisation.

M'"" JOLIVET. Kl) bien! il faut que vois troTivie;-. une place qui vous occupe dans la journée , et qui double vos appoiuteinens.

LÉONARD. Si je l'obtiens, vous m'accordez la main de votre fdle?

M""' JOLIVET. Je vous en donne ma parole.

LÉONARD. Oli ! si je ne craignais pas de paraître absurde .. je m'évanouirais...

SYLVIE. Qu'avez-voMs donc?

LÉONARD. Je suis au condjle de la félicité... Sylvie, on in'oftVe juslement une place... une place de conuuis cbez un banquier.

Air lit: Tiirenne.

Oui, cV-st vr;iinicnf tin bonheur nui niV-nivrc , l'iuces , emplois , moi , <jni li-s dcdai^Miais. . . Moi , qui juiaisde liaïr, de poursuivie Tous les moi lois ; rnKn, moi cpii voulais Me leliici- dans le fond des foièts !

Aujourd'hui , ça clirnij^e de ("ace , PouiTais-je encore étie ours, lorsque je \o;

La loitun' m'ollVii un emploi , Ueffarflaiil S) Lu-..

L'auioui- me gaidei- une place.

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