SCENE PREMIERE
OSTROGOFF, ALEXIS, MILNA, VAUDOIIÉ , ÉVA , Deux Cosaques.
Vaudoré est assis devant un chevalet et achève un tableau de famille. En face de lui , le comte est placé dans un fauteuil, le liras tendu et tenant un knout ; Milna s'appuie sur le dos du fauteuil et a les yeux fixés sur Vaudoré ; Alexis , debout près d'elle, tient un perroquet, que caresse Eva ; deux Cosaques sont derrière et complètent le tableau.
VAUDORÉ
.\IR : Jeunes beautés^ charmantes demoiselles (.Acléon). Que te tableau, ce portrait de famille.
Me plaît à faire, et charme mon pinceau!
Père chéri, noble fils, tendre fille.
Tout est charmant !... tout, jusqu'à cet oiseau.
Il faut iju'ici j'excelle ;
Peintre heureux !... quand pour nous
La nature est si belle.
L'art est facile et doux.
Par mes couleurs fidèles Retraçant tous vos traits, O mes nobles modèles , Vous vivrez à jamais.
Il faut qu'ici j'excelle, etc.
MAGASIN THEATRAL
CHOEUR
Bravo ! hravo!
Ali ! que c'est beau !
OSTROGOFF.
Jeune artiste français, mon fils, mes filles, mes Cosaques et mon perroquet, nous nous prêtons avec docilité à toutes les poses que vous suggère
votre art mais je ne puis vous dissimuler plus
long-temps que la position de mon bras est une chose des plus pénibles.
ALEXIS
Et moi, je commence à souffrir de la monotonie de ce perroquet.
MILNA.
Par exemple !... il n'y a pas plus de trois heures que nous posons... pour mon compte, je resterai là tant que monsieur voudra, et je me trouve fort bien. {A part.) Je ne le quitte pas des yeux.
VAL'DORÈ.
Puisqu'il en est ainsi, nobles Russes, vous pouvez prendre un peu de repos... Comte Ostrogoff, déposez votre knout... dans ce moment, je suis tout entier à mademoiselle, dont je tiens rœi! gauche.
MILNA, à part.
Quel bonheur I il tient mon œil gauche !
ÉvA , à part.
Il ne s'occupe que de ma sœur, et moi, il ne me fait pas ressemblante du tout... c'est ennuyeux.
OSTROGOFF, qui s'est levé.
Voyons, voyons un peu où vous en êtes. (// regarde.) Oh 1 admirable!
ALF,xis, regardant aussi.
Très-gentil, très-gentil!
OSTROGOFF.
Voilà bien mon air martial, mon regard belliqueux et téméraire.
ALEXIS
Et votre bras, donc!... il est d'une ressemblance!... le knout , surtout... oh 1 le knout est frappant !
VAUDORÉ
Dam ! c'est son état.
OSTROGOFF.
Je trouve que vous avez flatté un peu mon fils.. . à son nez près , dont vous avez respecté les proportions... le nez de mon fils est parlant.
ALEXIS
L'artiste lui rendra cette justice qu'il a posé avec un soin infini... mon nez... je ne cache pas que j'en ai été content.
Comment trouvez-vous les cosaques?
OSTROGOFF.
Fort propres, fort décens... et d'une nuance très-agréable.
VAUDORÉ
J'ai fait mon possible pour vous fournir de la bonne marchandise... c'est fort, c'est solide... et je vous garantis la ressemblance... pour un an...
D'abord , vous voyez que je n'ai pas épargné la couleur... le rouge, le cramoisi... tout ce qu'il y a de plus éclatant et de plus cher... j'y mettrai» plutôt du mien... Tenez, voici une certaine quantité de jaune qui me reste, et dont la délicatesse me défend de profiter... Que désirez-vous que j'en fasse ?
OSTROGOFF.
Ah ! ah !... voyons un peu... Un arbre?...
VAUDORÉ
Nous sommes dans un salon. . et d'ailleurs , cette nuance est peu usitée dans le règne végétal.
ALEXIS
Pour le ciel.... si vous l'employiez au eiel?
VAUDORÉ
Du jaune !
ALEXIS
Ce sera un ciel serin.
Le mot est d'une justesse remarquable.... mait je propose mieux... une idée assez piquante... Je mettrai une orange dans la main de chaque Cosaque... hein?...