TOUTE I.À FAMILLE
Ah ! bravo ! bravo !
VAUDORÉ, à part.
Cette famille est bête comme trente-six oies... mais ceci est favorable à mon projet de la plumer complètement.
OSTROGOFF, avec effusion.
Jeune peintre, plus je vais, et plus votre excellent ton, vos manières distinguées me charment et me captivent... plus aussi je me félicite d'avoir accaparé à mon profit vos rares talens. Mon château, éloigné des grandes villes, et situé dans cette province voisine de la Crimée, n'avait jamais abrité de peintre sous son toit... aussi nous vous avons accueilli avec enthousiasme, comme un phénomène étranger... Il s'agissait d'ailleurs, en cette occasion, de vous enlever à mon rival, le boyard Strikoff, et je vous tiens, je ne vous lâche plus.
VAUDORÉ
N'ayez pas peur que je m'en aille... (Regardant Milna.) Il est de ces liens qui vous enlacent solidement un cœur sensible , et qu'on voudrait resserrer encore davantage. .. Ah ! mais quel est donc ce boyard Strikoff, que vous intitulez votre rival?
OSTROGOFF.
Cet homme , dont je ne puis parler sans indignation, est un de mes voisins... Ce détestable boyard, cet odieux compatriote, qui est pétri d'orgueil et gonflé de jalousie, ne cherche qu'à éclipser ma splendeur...
ALEXIS
Il ne cherche qu'à éclipser la splendeur à papa. . .
OSTROGOFF.
Il ne cherche qu'à m' enlever tout ce qui arrive de remarquable dans ces climats, on artistes, savans, étrangers et bêtes curieuses.
VAUDORB.
C'est une horreur !
LA MAITRESSE DE LANGUES
AtBXIS.
Exemple : Si mon noble père achète un singe pour sa ménagerie , aussitôt l'infâme se procure un orang-outang, et mon noble père est éclipsé.
VAUDORÉ
C'est une turpitude I
OSTROCOFF.
Autre exemple: Si, pour ma serre-chaude, je fais venir des arbustes exotiques de France, il en fait venir d'Italie... encore plus exotiques.
ALEXIS
De malheureuses petites plantes italiennes, qui sont très-frileuses , vu leur patrie , et que cet homme a la fatuité de réchauffer à la vapeur... Que c'est mauvais !
OSTROGOFF.
Mais, cette fois-ci, mon cher ami, je me moque parfaitement de ses plantes et de son orangoutang... vous valez mieux que tout ça.
VAUDORÉ
Vous me flattez.
UILNA.
Obi non.
ALEXIS
Oh ! non.
OSTROCOFF.
Et la personne que nous attendons de jour en jour, la jeune dame que l'on m'expédie de Paris...
VAUDORÉ
La jeune dame ?...
OSTROCOFF.
Lui occasionnera, j'espère, une violente contrariété, susceptible de l'étouffer net.
VAUDORÉ
Mais enfin, quelle personne? .. quelle jeune dame ?
OSTROCOFF.
Gomment ! vous ne savez pas —
On ne vous a pas dit —
VAUDORÉ
J'ignore totalement...
OSTROCOFF.
Apprenez donc, mon aimable artiste...
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