SCENE IX
VAUDORÊ, à l'écart, LÉONIDE.
LÈONiDE, sans voir d'abord f^audoré.
Ça va très-bien! la famille est dans le ravissement; je les pétrifie d'admiration. Le père dresse les oreilles à chaque mot que je dis; les filles ouvrent des yeux comme des portes cochères, et le jeune boyard pousse des soupirs comme n'importe quoi. En voilà un musée grotesque! VAUDORÊ, vivement.
Léonide !
LÉONIDE, jetant un cri.
Ahl tu m'as fait une peur!...
VAUDORÊ.
Ne fais pas attention. {Tirant un billet de sa poche, et le lui présentant.) Prends.
LÉOXIDE.
Heiu?
VAUDORÊ.
Lis.
LÊOXIDE.
Quoi?
VAUDORÊ.
Ça.
LÉONIDE
C'est...
VAUDORÊ.
Oui.
LÉONIDE
Mais...
VAUDORÊ.
Lis.
LÉONIDE, prenant le billet.
Ce sera plus tôt fait. {Elle lit) «Adorable » Milna, je n'y résiste plus, je mets ma fortune » à VOS jolis pieds...»
VAUDORÊ.
Ah! sapristi! je me suis trompé d'épître.-
LÉONIDE, furieuse.
Qu'est-ce que ça signifie?
VAUDORÊ, à part.
Léonide, Léonide, il y a amphigouri de poulet. LÉONIDE, retenant la lettre que J^audoré veut reprendre.
Ah! monstre! c'est une déclaration de toi à^la fille du boyard !
VAUDORÊ.
Léonide, ça y ressemble; mais tu me rendras justice plus tard.
LÉONIDE
Non, brigand, non, je veux te la rendre tout de suite! {Elle lui donne un soufflet.) Voilà ce que tu es!
VAUDORÊ.
Léonide , votre procédé me touche sensiblement.
LÉONIDE, continuant de lire.
«Les arts et mes nobles parons vous attendent.» {S' interrompant.) Ses nobles parens!...
VAUDORÊ.
Léonide, Léonide, respectez au moins le sang dont je suis issu!
LÉONIDE
Je ne respecte rien, je me moque de tout, je te poursuivrai jusque dans les bras de ta Moscovite, je t'arracherai les yeux et à elle aussi, et à son abruti de père, et à tout le monde!
VAUDORÊ.
Léonide, encore une fois, ton orageuse passion l'égaré; ce second billet renferme une proposition d'hymen sonnante, remarque bien ce mot, que t'adresse le jeune Ostrogoff. Dans mon désespoir généreux, je me décidais à quitter ces climats en enlevant la fille du boyard, pour te laisser en paix
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jouir d'un bonheur si bien fait pour tes vertus paisibles...
LÉONIDE
Ah!... et que dit ce billet?
VAUDORÉ
Il dit que tu seras, à ton choix, comtesse, duchesse ou princesse russe, que tu auras un équipage, des châteaux, une table excellente, et du homard à chaque repas.
LÉONIDE
De l'homard! j'adore l'homard !
VAUDORÉ
Et, par-dessus le marché, un mari bon enfant, susceptible d'une infinité de choses risibles. Enfin ce fortuné boyard sera à la fois ton époux et ten serf.
LÉONIDE, avec iran'-port.
Mon serf!... Ce rnot me décide! j'épouse, j'épouse à outrance; puis je vole à Paris , je divorce avec les socques , les omnibus et le parapluie ; je ne marche plus qu'en landau, je dine chez Véry, je goûte chezFélix, je soupe chez Véfour; j'éclabousse mon ancien magasin de modes, je me fais faire des chapeaux par ces demoiselles, et je leur parle tartare pour les humilier.
VAUDORÉ, avec joie.
Léonide, ma Léonide, je te retrouve encorel
LÉONIDE
Tu me retrouveras toujours, Vaadoré.
VAL'DORÉ
J'y compte ; et maintenant alliance offensive et défensive contre les roubles de la famille; il faut séduire, entraîner, subjuguer toute cette ménagerie russe, il faut les écraser par nos talens. Ce soir , concert , danses variées , tours d'adresse et mystifications françaises à l'usage des amateurs. Les billets une fois pris , le boyard en paiex'a la valeur.
LÉONIDE
Ainsi, convenu? Tu me plantes là pour la fille du boyard?
VAUDORÉ
Tu me trahis indignement pour le filsdumême?
LÉONIDE
Je te deviens indifférente.
VAUDORÉ
Je te deviens odieux.
LÉONIDE
Je suis pour toi la dernière des dernières.
VADDORÉ.
Tu me regardes comme ce qu'il y a de plus insignifiant au monde.
Air : Trompons-nous.
Au diable la fidélité !
Qu' chacun s'en ailT de son côté.
Adieu donc, toi que j'aimais.
Je n'en veux plus désormais!
LÉONIDE
Adieu donc, mon ancien.
Désormais tu n' m'es plus rieu.
VAtDOKE.
Trahissons nos sermens.
Comme font tous les amans.
LÉOMD;:..
Mais, du moins, nous 1' disons Et nous nous en prévenons.
ENSE1VIBL5.
Trompons-nous (bis), tout le monde en est là. On ne fait que cela.
Trompons-nous : c'est charmant De se tromper francliement.
Trompons-nous, C'est si doax. !
Demandez à tous les époux.
VAUDOKÉ.
Chutl le voici!
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