VAUDORÉ, ALEXIS
ALEXIS, entrant sur le dernier mol de f^audoré. Me voilà !
VAUDORÉ, à part.
Est-ce qu'il m'a entendu?
ALEXIS, à f^audoré.
Deux mots, monsieur l'artiste.
VAUDORÉ
Lesquels, aimable indigène?
ALEXIS, avec mélancolie.
Voilà ce que c'est : j'ai besoin d'épancher mon jeune cœur dans un cœur qui me comprenne.
VAUDORÉ
Épanchez, mon jeune ami, épanchez.
ALEXIS, du même ton.
J'ai besoin de frotter mou ame passionnée contre une ame sensible.
VAUDORÉ
Trottez, mon jeune ami, frottez ferme.
ALEXIS
L'aveu sera long : sachez, pour commencer, que l'amour m'a rendu stupide.
VAUDORÉ
Vous m'étonncz.
ALEXIS
C'est comme je me fais l'honneur de vous le dire.
Au fait, vous en êtes bien capable. Mais quelle est la Vénus hyperboréenne qui a procréé cette métamorphose ?
ALEXIS
Vous ne devinez pas ?
VAUDORÉ
Je ne devine point.
ALEXIS
Eh bien! apprenez que j'ai donné ma démission d'homme spirituel depuis l'arrivée de la ravissante étrangère dans ce château.
VAUDORÉ, avec transport .
Qu'entends-je? il serait vrai, cher Moscovite! cette femme distinguée aurait apprivoisé votre cœur! {A part.) 0 bonheur des bonheurs ! voilà bien le légume demandé!
ALEXIS
Oui, artiste français, ta compatriote m'a inondé d'amour, m'a abruti des pieds à la tête... approuves-tu le choix de mon cœur?
VAUDORÉ
Ton cœur, jeune enfant du Caucase, ton cœur s'est attaché à tout ce qu'il y a de mieux dans ma patrie, à la femme modèle, à la femme phénix, à la femme... l'épithète ne me vient pas.
ALEXIS
Unique?
VAUDORÉ
Unique... oui... et tu as deviné toutes ses perfections au premier coup d'œil... toi, simple Russe... ô intelligente créature ! viens dans mes bras que je t'étreigne.
C'est du INord maintenant que nous vient la lumière ! // embrasse Alexis ai'ec transport.
[A part.) Eu voilà un qu'il faut laisser monter en graine pour semer des jobards.
ALEXIS, se dégageant.
Je suis infiniment flatté...
VAUDORÉ, continuant.
A présent, noble Ostrogoii\itz, ce n'est pas tout que d'aimer, il faut allumer, brûler, incendier le cœur de la belle Parisienne.
ALEXIS
Je suis prêt à incendier, mais comment?
VAUDORÉ
Par une foule de présens tous plus magnifiques les uns que les autres.
ALEXIS, ai'cc transport.
Je lui donnerai trente serfs et trois villages.
VAUDORÉ
La Parisienne ne hait pas les serfs, mais elle préférera les villages, surtout si elle peut les convertir en bijoux, dentelles, cachemires, billets de mille francs et autres ornemens à l'usage de sou sexe.
LA MAITRESSE DE LANGUES
ALEXIS
Oh merci ! merci, grand homme, de tes conseils. J'entortillerai cette beauté de laine du Thibet , je la noierai dans une mer de voluptés, je ferai donner trois fois par jour le knout à tous nos esclaves pour la récréer et la divertir.
VAUDORÊ.
Ces ravissantes distractions ne manqueront pas de la séduire, mais il faudrait d'abord lui adresser quelque poulet tendre et brûlant... un poulet à la Tartare.
ALEXIS, tirant une lettre desapoche.
Voici le poulet en question, je l'avais préparé d'avance.
VAUDORÊ.
Déjà! {Âpart.) Diable 1 cet animal-là est mieux dressé que je ne croyais.
ALEXIS
Mais je suis tremblant comme le saule pleureur, je n'ose le lui remettre.
VAUDORÊ.
J'oserai pour vous, passez-moi le poulet. ALEXIS, baisant laniain de f^audorè.
0 mon bienfaiteur ! puissent tes vertus obtenir un jour leur récompense!
VAL DORÉ
Merci... mais je l'entends : laissez-moi dompter le cœur de l'étrangère à votre profit, et allez vous promener.
ALEXIS
Français, je vais rêver à elle et me parfumer la moustache.
Ça ne vous fera pas de mal, au contraire.
Alexis sort.
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