SCENE XI
VAUDORÉ, LÉONIDE, ALEXIS, OSTROGOFF, MILNA, EVA, VOISLSS, D03IESTIQUES , COSAQUES.
CHOEUR
Air
La famille est réunie.
Et devant nous, à l'instant.
Une Française accomplie Va déployer son latent.
VAUDOEÉ, montrant Léonide.
Pour vous quelle belle conquête!
Vous possédez dans le pajs de- caars Un ange, une femme parfaite.
LÉONIDE , montrant Vaudoré.
Vous possédez l'enfant chéri des arts.
CHOEUR
La famille est réunie, etc.
osTEOGOFF, à f^audoré. Tiens, tiens 1 jeune coloriste, vous connaissez mademoiselle?
VAUDORÉ
Si je la connais! C'est comme si vous me demandiez si je connais la colonne Vendôme, la Madeleine, les Invalides ou l'Iustitut. Si je la con-
LA MAITRESSE DE LANGUES
nais! jour de Dieu! mais, de la rue delà Paix à r la rue Mouffetard, il n'est question que de la célèbre, de la sublime, de l'incomparable.. . LÉONiDE, à demi-voix à f^audoré.
Félicie Gervaux !
VArDORÉ.
De la divine Félicie Gervaux!
osTROGOFF, à Léoiùde .
Et vous, idéale Parisienne, vous avez donc e|^tendu parler du jeune artiste ci-inclus? LtONiDE, vivement.
De ce grand artiste... mais il occupe à lui seul les cinquante-sept langues de la renommée; c'est Raphaël !
VAUDORÉ
C'est Minerve !
LÉONIDE
C'est Horace Verne t !
VACDOBÊ.
C'est M^e de Staël !
LÉOÎÎIDE.
Ah! noble famille du Caucase, que vous êtes heureuse de réchauffer dans votre sein un être aussi radieux !
VACDORÉ.
Une créature aussi gigantesque!
OSTROGOFF.
Que l'on vienne nous dire maintenant que les artistes français ne s'entendent pas, qu'ils sont jaloux les uns des autres 1
ALEXIS
Oui, qu'on vienne un peu non« dire ça, papa,
■ 'VAODORÉ.
Des artistes comme nous s'entendront toujours, surtout quand il s'agira de prouver notre dévouement à votre noble maison.
lÉOXIDE.
A votre charmante progéniture.
VACDORÉ, à Oslrogoff.
Vos enfans tiennent de vous, cher comte, la force, la souplesse et la beauté du corps.
LÉONIDE
Et moi, je me charge de leur inculquer les qualités del'ame.
VACDORÉ.
Ce sont des diamans bruts.
LÉOSIDE.
Que je veux polir.
ALEXIS
Oh! papa! entendez-vous? je suis un diamant!...
LÉONIDE
Brut.
ALEXIS, à Léonide.
Oh! oui, j'ai soif d'être poli.
VAUDOnÉ.
D'abord, mademoiselle dévoilera à vos élégans rejetons toutes les finesses, toutes les ruses de la langue fr ançaise; elle conuait sa langue comme sa poche.
LÉONIDE
J'ai travaillé z'au Dictionnaire de l'Académie Française.
VACDORÉ, à part.
Aie, aïe, aïe! quelle liaison affligeante!
OSTROGOFF.
Maintenant, si nous passious aux artsd'agrément?
LÉONIDE
Vos désirs sont des lois, illustre comte... Par où désirez-vous que nous commençassions?
VACDORÉ.
Si vous m'en croyez, nous débuferens par une romaace sentimentale, avec accompagnement de cornet à piston. (Présentant galamment lecomet à Léonide. ) Allons, jeune virtuose, embouchez la trompette ; d'abord entamons ensemble la partie vocale.
VACDOEÉ.
Aie de M, Eugène Prévost.
Dans la musique rlu quinzième J' suis prolesjeur de piston :
G ma Llancliisseus\ que j'aime A te donner ta leçon !
LÉONIDE
Aussi, de ma fenêtre, Dès que j'te vois paraître.
Je te peins tendrement Sur ce bel instrument L'excès d" mon sentiment.
Lénnide joue du cornet.
VAUDOEÉ.
i. enleDdez-vous ?
AU! que c'est dons!
Sois toujours Mes amours 1 ...
Qu'il me pl.''t, Cher oljjet.
Le son de 'on cornet!
ENSEMBLE
Sois toujours, etc.
DEUXIÈME COVPLET.
LÉONIDE
Mon Dumaaet, je te le jure, C'est toi seul que j' veux clièrir, Et, sous 1' rapport de la figure, J' suis fier' de l'appartenir.
VALBOEÉ.
Ta froideuB est détruite.
Mon talent t'a Sf-duite...
T'occupant tour à tour De musique et d'amour, N'va pas fausser un jour...
Léonide joue du coi net.
VACDORÉ , à part.
Oh! oh! saperlotte, elle vient de faire un cowac?
L'entend ez-vous ?
Ail ! c[ue c'est doux .'
Sois toujours
Mes amours:
Qu'il me pl.iit,
Clier obj<i.
Le Son de liai torael !
EN.SEMBLE
Sois loujour», etc.