‹ Pièces de théâtreChapitre 870 sur 1069 · TOL'S · texte numérisé non relu

TOL'S

Bra\o! bras a! bravi !

ALEXIS

Oh! j'en pleure, j'en ai mal aux nerfs! charmant cornet, va, Comme ça grince!

MAGASIN THEATRAL

OSTROGOFF.

Le fait est que cet instrument va à l'ame ; mais je brûle de passer à un autre exercice.

Je vous proposerais bien la danse, mais il me faudrait un danseur.

VAUDOUÉ.

Présent! je suis une vraie Taglioni... à peu de chose près.

ALEXIS

Vous me stupéfiez! Ah ! ça, vous possédezdonc tous les talens ? ô Parisien! et ô Parisienne!

VACDORÉ.

C'est notre état.

LÉONIDE

Pour lors, avec la permission de l'honorable société, nous allons exécuter un menuet gracieux, qui a enlevé tous les suffrages à la Grande Chaumière et au bal d'Idalie ; c'est la Cachucha Française, {avec solennité) autorisée par M. le préfet de police.

L'orcliestre joue le galop de Rîusard ; Vaudore et Le'onidc> exécutent un cancau gracieux ; l<'S autres personnages, en les regardant, marquent la njcsure avec leurs janjJits ■comme par entrainemcut.

ALEXIS, dansant comme malgré lui.

Je n'y tiens plus, j'ai une fourmilière dans les mollets! Papa, papa, il faut que je me iiiéle à cette danse voluptueuse.

MiLNA, entraînée.

Et moi aussi.

ÉvA, dansant.

Et moi de même.

OSTROGOFF.

Arrêtez, mes enfans, l'étiquette nous défend...

VAUDORÉ, dansant.

Au diable l'étiquette !

LÉOMDE, de même.

Nous sommes tous égaux devant la queue du

chat.

OSTROGOFF, gigotant malgré lui.

Ils ont raison, au diable l'étiquette!

VAUDORÉ, lui prenant la main.

En avant deux, cher boyard.

Galop gênerai. Tous les personnages sortent en galopant par une des portes du fond ; Ostrogofl, Alexis, VaudoreS Léonide et Milna rentrent aussitôt en scène par une autre porte, toujours en galopant, puis ils s'arrêtent essoufflés.

ALEXIS

C'est enivrant! c'est étouffant! c'est étourdissant!

OSTROGOFF.

Jeunes indigènes de Paris, vous m'avez rajeuni complètement avec votre Cachetouça; aussi je ne veux plus que vous quittiez mes domaines et mes enfans; y consentez-vous?

LÉOMIDE.

Ça dépend.

VAUDORÉ

C'est une question.

OSTROGOFF.

Vous hésitez! je vous donne à chacun dix mille roubles d'appointemens fixes, et quinze cosaques de gratification.

LÉONIDE, avec dignité.

L'argent ni les cosaques ne peuvent rien sur mon ame.

VAUDORÉ

iSi sur la mienne, grand boyard ; rattachement peut seul nous retenir.

LÉOXIDE.

Et nous vous sommes attachés comme le lièvre à l'ormeau.

VAUDORÉ

Comme la vigne à son échalas.

ALEXIS

Ah ! papa, mon illustre papa, je sais un moyen d'cnchainer à jamais près de nous ce couple désinléressé.

OSTROGOFF.

Lequel, ù mon fils?

LÉONIDE

Lequel, ô beau Russe ?

ALEXIS

Us sont dignes par leur mérite et leurs vertus de devenir membres de notre famille; qu'ils enlacent leurs rameaux aux branches de notre souche.

ÙSTltOGOFF.

Je ne comprends pas...

IJref, donnez-moi pour épouse notre maîtresse de langues et unissez au jeune artiste, ma sœur Milna, qui l'aime et qui en est idolâtrée.

OSTROGOFF.

Qu'enteuds-je ! ( A Milna. ) Il serait vrai, ma fille?

Milnà baisse les yeux.

ALEXIS, se jetant aux genoux d'Ostrogoff. Cimentez ainsi, ô mon père, une union indissoluble entre la France et la Russie... qui ont vécu en froid jusqu'ici, quoi qu'on en dise.

OSTROGOFF.

Je ne sais si je dors ou si je suis éveillé... une semblable union ! Mais que dirait la diplomatie?

VAUDORÉ

Des bêtises... rassurez-vous, noble boyard ; ma délicatesse ne permet pas que je m'immisce dans une famille contre le gré de son chef.

LÉONIDE

Pour des milliards de millions, jamais je n'entraînerai un fils dans la désobéissance paternelle.

VAUDORÉ

Je flambe des pieds à la tête pour la fille dont vous avez orné la société.

MILNA, avec Élan.

Ahl

LÉONIDE

Je suis attirée par le magnétisme animal vers le jeune homme que vous avez créé à votre

image.

ALEXIS, avec ivresse.

Ohl

VAUDORÉ

Mais si mon amour vous tracasse...

LÉONIDE

Si ma passion vous donne le moindre tintoin...

LA MAITRESSE DE LANGUES

VACDORÉ.

Je m'éclipse à vos regards, et je vais mourir, n'importe où, du trait qui m'a percé!

LÉOSiDE , sanglotant.

Je transporte dans un autre hémisphère ma langue et mon cornet à piston.

ALEXIS, hors de lui.

Papa! papa! si vous n'êtes pas trempé de larmes, je vous déclare l'ours le plus mal... élevé de la Sibérie.

05TF.0G0FF.

Silence!... qu'on me laisse réfléchir.

li va à la table, et pendant la scène il e'crit. vAUDORÉ, à demi-voix.

Je brûle, je bous, je fris d'inquiétude et d'émotion !

LÉoxiDE, de même.

Ce moment va décider de nos quatre z'existences.

VAUDORÉ

Si le boyard refuse, trépas général!

ALEXIS

Mieux que ça!... il me pousse une idée prodigieusement spirituelle!...

TODS.

Bah!...

ALEXIS

Enlevez-la... enlevez-moi... enlevons-nous tous!

LÉOXIDE.

En ballon?

ALEXIS

Enkibik!...

MiLXA, regardant Vaiidoré.

Ah! oui !

■* VALDÛRÉ.

Ahl non!... jeunesse imprudente!... Où diable nous conduiront-ils vos kibiks?

ALEXIS

AParis... séjour des ris et des jeux.

VAUDORÉ

Très-bien... mais, dans le séjour des ris et des jeux on ne vit pas de l'air du temps, quoiqu'il y soit très-pur... le numéraire n'y coule pas des bornes-fontaines.

ALEXIS

L'amour tient lieu de tout!

LÉONIDE

Quand on ne manque de rien.

ALEXIS

Que faire alors ?... {A Osirogoff.) Papa, songez-y... le suicide est à la mode... deux cœurs passionnés ne se connaissent plus... vous n'avez qu'un fils et deux filles... qui de trois ôte deux, reste un...

LÉONIDE

11 est très-fort sur la soustraction, ce gaillard-

osTROGOFF, écrivant toujours.

Que personne ne bouge !... dans un instaiitvous connaîtrez mon ultimatum.

ALEXIS

Mon cœur bat vite!

LÉOMDE.

Le mien s'agite l

VAUDORÉ

Le mien palpite!

LÉOMDE.

Juste comme un trio d'opéra comique! OSTROGOFF, Se levant et leur présentant un contrat. Yoici ma réponse, nobles étrangers... lisez...

TOUS, lisant et avec un transport de joie. Oh!...

OSTROGOFF.

Vous remarquerez qu'il y a un petit dédit de vingt mille roubles par corps pour celle des parties contractantes qui ferait manquer le mariage.

VAUDORÉ

Ça ne sera pas moi!

UIL.NA.

M moi !

LÉOMDE, prenant le contrat qu'elle serre. >'i moi!

ALEXIS

M moi ! par saint Nicolas, patron delà Russie !

OSTROGOFF.

Je vais donner des ordres pour les apprêts de

ce double mariage, et mettre sous les armes tous

mes vassaux...

LÉOSIDE, à part.

Je suis comtesse, quel avancement!

VAUDORÉ

Je suis boyard!... quelle promotion!

Et moi, je suis.,, je ne sais pas tout ce que je suis !

TOUS

AlB : Je'-veux qu'on chérisse (Postillon). La telle existence !

L'beureux avenir !

A nous la bombance!

A nous le plaisir!

VAUDORÉ, à Léonide.

A nous la cassette Du noble papa !

A nous sa recelte, A nous tout c' qu'il a î

TOUS, ensemble.

La belle existence !

L heureux avenir !

A nous la bombance!

A nous le plaisir!

Ostrogoffsort siiifi de ses enfans.

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