SCENE IV
Les Mêmes, M"^ S.\INT-FÉLIX, en )eune première de mélodrame, puis W^^ GIBR.\LTAR, amenant COCO en amour.
Le Re'gisseur,de temps "a autre, disp.iraît dans la coulisse*.
M"'" SAINT-FÉLIX, accouraut parla porte du fond. Qu'est-ce qu'on me dit, que c'est mon entrée? [Regardant dans ht coulisse.) Oh! j'ai encore une scène devant moi. (A Désormeaux.) Tiens, c'est mon auteur... Bonjour, mon amour d'auteur.
DÉSORMEAUX
Bonjour, mon héroïne; toujours belle comme une reine! ...
U"'« SAINT-FÉLIX
Il faut bien faire quelque chose pour le public. Bonjour, Derville : vous ne voulez donc pas me faire jouer dans vos vaudevilles ? ** derville.
Mais, ma bonne, vous ne chantez pas.
M"* SAINT-FÉLIX
Qu'est-ce que ça fait? en ôtant les couplets... Mais non, tenez, il n'y a que mon petit Désormnaux qui me comprenne. Dites donc, me faitesvous un nouveau rôle? Vous le savez, je n'arrête jamais les pièces, je ne suis jamais malade, moi; et puis, vrai, je ne suis à mon aise que dans vos drames ; cela se joue tout seul, il n'y a qu'à ouvrir la bouche.
DÉSORMEAUX
Ça se conçoit, mon style est si naturel, si coulant!... Soyez tranquille, ma belle, vous aurez bientôt un rôle magnifique, un diamant!
M™e SAIST-FÉLIX.
Avec un beau costume, n'est-ce pas?
Elle remonte vers la coulisse.
DÉSORMEAUX**^
Superbe... El vous répétez toujours la pièce de ce jeune homme, hein? quand ça passe-t-il?
M™« SAINT-FÉLIX
Ah! ne m'en parlez pas! ça va tout de travers. C'est d'un mauvais ! mon rôle est détestable, un vrai cauchemar! tous les effets sont pour le premier rôle. Oh! que je vous conte donc un petit cancan.
Elle prend Desormeaux par le Lras, et se promène avec lui en causant tout Las au fond.
DERVILLE, à part.
C'est cela, la pièce ne vaut rien, parce que son rôle ne lui plaît pas! voilà comme on nous juge.
Il rôde un moment sur le théâtre et rentre bientôt au fojcr.
* Derville, Désormeaux, M"" Saint-Félix.
** Derville, M™» Saint-Félix, Désormeaux, *** Derville, Désormeaux, M™« Saint-Félix.
LES COULISSES
u«ne GIBRALTAR, arriï-anrai'ec Coco costume en amour; j
ils viennent du fond à gauche" .
Nà, Coco. A présentquetevoilà ficelé en amour,
j'espère que tu vas le tenir propre et tranquille.
coco.
Oui, maman. Mais j'ai bien mal à l'estomac.
Vois-tu, malheureux enfant! c'est les prunes que t'as mangées; tu n'en fais jamais d'autres! Trois quarterons, je crois bien ! il y aurait de quoi révolutionner l'estomac d'un tambour major. Allons, va te mettre dans le foyer, tu seras mieux qu'ici; va, va.
Elle pousse Coco vers le foyer.
coco.
Oui, maman. Mais j'ai bien mal à l'estomac.
Il entre dans le fo} er.
Fasse Dieu qu'il ne soit pas indisposé comme le jour qu'il a mangé tant de molasse! j'en frémis! Mais c'est assez m'occuper de Coco, il faut un peu songer à ma filleule. Ah! monsieur Antoine! ah! vous faites fi de nous, vous nous repoussez avec dédain! Oh! vous vous en mordrez les pouces, car je vous ménage un grand pied de nez pour ce soir.
LE RÉGISSEUR, près de la coulisse.
"Vite, vite, madame Saint-Félix, à vous! la scène du jugement; apprétez-vous.
M™"^ SAINT-FÉLIX, àguuche, quittant vivement Désormeaux.
Me voilà, me voilà! Allons! bon! je viens de faire un accroc à ma robe *'.
LE RÉGISSEUR
Mon Dieu, madame, vous ne prenez jamais garde à rien !
M™'^ SAINT-FÉLIX
Je vous trouve charmant de crier! {Se regardant.) Pas moyen d'entrer en scène dans cet étatlà I comment faire?
Eh bien! est-ce que je ne suis pas là, moi, avec tout ce qu'il faut pour les accidens?
Elle prend une aiguille'e de fil à son ficliu, et se met à raccommoder la robe.
M™« SAIST-FÉLIX.
Vite, vite, ma petite madame Gibraltar.
M""' Gibraltar passe à sa gaucbe.
LE RÉGISSEtR.
Faites de grands points.
M™<= SAINT-FÉLIX, uii réfjisseur.
Dites au débutant d'allonger la scène, de prendre des temps.
Désormeaux répète chacune des phrases de M""' Saint-Félix au Régisseur, qui est près de la coulisse, et qui les redit à la cantonade au débutant.
* Coco, M^f Gibraltar.
** Mm» Gibraltar, M"ic Saint-Félix, Désormeaux, le Régisseur.
M™e GIBRALTAR.
Dites-lui de s'évanouir, ça ne sera pas long.
LE RÉGISSEUR
Allons, vite, en place, les gardes.
Il place les gardes au second plan et retourne à la coulisse. M™^ SAINT-FÉLIX.
Ah! mes cheveux en désordre. (Elle détache ses cheveux qu'elle étend sur ses épaules; à un comparse.)D'\tes donc, vous, monsieur le chef des gardes, après ma condamnation à mort, ne m'entraînez donc pas si vite.
M^e GIBRALTAR.
C'est vrai ; je l'ai remarqué : elle a à dire : « Et Dieu, là-haut, connaît mon innocence. » Vous la faites toujours filer avant son innocence, ça lui coupe son effet.
LE RÉGISSEUR, à M°^^ Saint- Félix .
A vous.
M°ie GIBRALTAR, reprenant sa première place. Kà, c'est fini, enlevez! c'est payé.
Musique de mélodrame.
LE RÉGISSEUR
En marche !
M°>e SAINT-FÉLIX , à Désormeaux en marchant au milieu des gardes. ■
Hein, mon auteur, quel air altéré! Faites-moi donc monter une groseille dans ma loge, pendant qu'on va me condamner à mort.
DÉSORMEAUX
J'y CQUrs.
Il sort par le fond. M™f Saint-Félix, prenant toul-à-coup l'air d'une victime, entre sur la scène à pas comptés, précédée et suivie de deux gardes.
La France est sauvée. Maintenant, faut que j'aille finir d'habiller Charlotte. Dieu ! la petite friponne, scra-t-elle séduisante comme ça!
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