‹ Pièces de théâtreChapitre 899 sur 1069 · SCENE YI · texte numérisé non relu

SCENE YI

Les Mêmes, ANTOINE'.

ANTOINE , sous un costume à la Louis XIII comique et faisant une sortie de scène tragique. Oufl voilà le second acte fini! j'en peux plus!

Air : Je voulais bien j Je l'Oulais pas C'a Fiancée).

C'est érciulant !

C'tsl assommant!

Dieu: qu'un début cause de peine!...

J'ai dit ma scèu' tout d'une haleine ; Malsré mon succès éclatant.

C'est accablant,

C'est assommant !

Dans toute la salle on bourdonne :

J' suis sûr qu'on dit : Quel mal il s' donne ! Toyez, ce pauvre débutant,

C'est assommant (bis).

Malgré mon succès éclatant Vraiment,

C'est accablant,

C'est éreintant,

C'est assommant!

* Florigny, Antoine, le Régisseur.

LES COULISSES

Je n'ai plus une goutte de salive dans la bouche. Je crois que j'ai produit de l'eCfet; car j'ai joliment crié! Eh bien! régisseur... franchement, trouvezvous que j'ai bien été?

LE r.ÉGISSEUn.

Mais oui, mais oui: seulement un peu froid.

a:<toine.

Un peu froid! ah 1 j'adore la plaisanterie!... un peu froid!.. . je suis en nage, on me tordrait.

Ici le garçon d'accessoires change les fauteuils, et prJpare une table eldts flambeaux qu'il porte sur le lUéilre au Smcplan.

FLORiGNY, lui présentant la mai)i.

Mon cher ami, vous venez partager mon cmploij mais je ne vous en veux pas! parole d'honneur, je ne serai jamais jaloux de vous.

ANTOI?(E.

Vrai? eh bien! c'est d'uu bon camarade.

FLORIGNY

Je suis comme ça; d'ailleurs vous avez pris le rôle d'une manière toute particulière; c'est un tout autre genre, une toute autre couleur.

AXTOISE.

Oui, je crois y avoir mis pas mal de couleur, malgré l'émotion d'un début; car j'ai eu un fier îa^, comme vous dites! D'abord, quand je suis entré en scène, c'est la rampe qui m'a sauté aux yeux et qui m'a fait loucher en plein. Après ça, le trou du souffleur, où j'avais toujours peur de fourrer mes jambes, dans la chaleur de la déclamation. Ensuite tout ce monde, toutes ces têtes qui me regardaient!... c'est-à-dire que dans le premier moment, je ne savais que faire de mes deux bras. On m'aurait obligé de me les ôter; je n'y étais plus. >'éanmoins, j'avais entamé ma grande scène d'amour, et déjà je me livrais à tout ce que la passion a de plus chaud, de plus dévergondé, lorsque des troisièmes part tout-à-coup un miaulement ridicule, qui m'arrête tout court au beau milieu de ma tirade. Kouin, kouiu, kouin. C'était un mioche en bas âge qui réclamait sa pâture du soir! Saperlotle, j'enrageais en me disant : A quoi songe donc M. le préfet de police, de ne pas reléguer toas les enfans au-dessous de cinq ans... avec les cannes et les parapluies!

FLORiGNY, en riant.

On s'en occupe.

ASTOI.NE.

Joignez à cela les portes de loges qui sifflent sur leurs gonds quand on les ouvre, et qui vous feraient croire des choses désagréables, si l'on n'était pas sûr de soi.

FLOuiGNY, à part.

Ah ! il croit que ce sont les portes qui sifflaient !

ANTOINE

Vraiment, monsieur le régisseur, faites -moi graisser vos portes, ça vous regarde.

LE r.ÉGlSSEUR.

Soyez tranquille, j'espère que vous n'aurez pas long-temps à vous en plaindre.

ANTOINE

Tant mieux, encore! tant mieux.

FLûuiGNY, avec lequel le Régisseur disparait dans la dernière coulisse, riant.

Il est à mettre sous verre, le débutant; il est ravissant I

ANTOINE , les regardant s^éloigner.

Ils ont l'air très-content... je crois que je serai engagé. Allons, allons, ça va; j'ai un bon quart d'heure à moi, je n'ai plus que ma grande scène du troisième acte. {Il tire une brochure de sa poche.) Il faut que je la repasse. [Au pompier qui est toujours assis sur le banc à gauche. ) Pardon, pompier, une petite place, s'il vous plaît. (Il marmotte en lisant. ) « Oui, mon père... oui, c'est votre fils qui embrasse vos genoux! qui embrasse vos genoux... vos genoux.»

Il uludie pli;s Las.

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