‹ Pièces de théâtreChapitre 904 sur 1069 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Mme GIBRALTAR, CHARLOTTE, ANTOINE, puis LE RÉGISSEUR *.

jiNTOiNE, s'écliauffant.

Et maintenant, mademoiselle, à nous deux ?

A nous trois, si vous le voulez bien.

ANTOINE

Vous, Charlotte, vous sous un costume de nymphe, avec un maillot rose, et une jupe de gaze très-claire et très-courte! Ah! Charlotte, je ne vous en fais pas mon compliment sincère !

M™e GIBRALTAR.

Vous êtes bien difficile, tout le monde la trouve charmante comme ça.

ANTOINE

Alors, c'est donc pour plaire à tout le monde qu'elle est venue ici?

M™s GIBRALTAR, irès-vite.

Eh bienl pourquoi pas? n'est- elle pas libre de ses actions ? c'est votre exemple qui l'a gagnée , qui l'a encouragée. Elle est décidée à prendre le théâtre, à présent, à faire sa fortune sur les planches... c'est son idée: voilà.

ANTOINE

Mais, vieille portière, je ne vous parle pas. * Mme Gihrallar, Antoine, Charlotte.

MAGASIN THEATRAL

M™s GlBr.ALTAn.

Vous en avez le droit... moi, je veux vous parler, j'en ai le droit-z-atissi.

CHARLOTTE

Oui, monsieur, ma marraine a raison! je n'ai besoin ni de vos avis ni de vos reproches... tout est fini, tout est rompu entve nous: ainsi agissons comme bon nous semble chacun de notre côté.

ANTOINE

A merveille! mademoiselle veut être libre à cause de sa nouvelle liaison sans doute, à cause de l'autre jeune premier! car il s'est vanté de vous avoir suivie, l'autre jeune premier, de vous avoir fait la cour, le malhonnête... et c'est pour lui que vous vous êtes mise dans les nymphes, que vous avez quitté votre état d'ouvrière en dentelles 1 Vous voyez, vous ne répondez rien, vous êtes interdite! Ah! votre affreux sang-froid me jette hors des gonds! Charlotte, je suis hors de mes gonds!

Pas si haut, jeune homme ! vous pourriez vous casser un gros vaisseau dans la poitrine, et vous avez besoin de tous vos moyens pour la fin de la pièce.

AXTOINE.

Mais taisez donc votre bec, vieux détroit de Gibraltar que vous êtes !

M"*^ GIDRALTAR *.

Insolent! Charlotte, ma fille, n'écoute plus les propos de ce malappris, ne songe qu'à l'avenir brillant qui se développe devant loi; t'auras des cachemires, des adorateurs, des déclarations.

Ici ou frappe los li-ois coups.

LE RÉGISSEUR, eutraui par la coulisse et se plaçant à la droite d'Antoine.

Monsieur Saint-Preux, ch bien, vous n'entendez donc pas les trois coups?. ..Allons vite! votre épée, votre toque.

II lui passe son IjauJrier.cl lui donne sa loq^ue cl ses ganls.

ANTOINE, mettant son épée et ses ganls. Ah ! c'est comme ça ! vous voulez des adorateurs, des déclarations, des poulets! ch bien, moi aussi j'en aurai des déclarations; moi aussi, j'en aurai des poulets, que m'écriront des femmes de la plus haute société.

Ah! parbleu! vous m'y faites penser! j'ai justement une lettre pour vous, qu'on vient de déposer dans ma loge.

ANTOINE

Une femme ?

M™e GIBRALTAR, lu lui donnant.

J'en ignore entièrement.

ANTOINE , l'ouvrant.

Ça doit être une femme. {Il lit.) « Monsieur, » par un heureux hasard, je me trouve au spec- » tacle ce soir. » {S' interrompant.) Un heureux

Antoiue, M'""' Gibraltar, Cliarlclte.

hasard ! je ne me trompais pas... {Lisant.) » Je suis » très-mal placé aux secondes, sur le derrière... )) je vous trouve très-mauvais... » Uein? « Mais » ça m'est égal! ce qui ne m'est pas égal, c'est » de garder chez moi des ouvriers qui jouent le » mélodrame, chose peu en rapport avec l'ébé- » nisterie ; veuillez donc ne pas remettre les pieds » dans ma fabrique.

«Léonard Canichet. »

m™s gibraltar.

Léonard Canichet! mon souvenir de 1811 !

CHARLOTTE

Vous l'entendez; il vous chasse de chez lui! ANTOINE chiffonne la lettre dans ses inains, et la

jette à terre, M"^*^ Gibraltar la ramasse et

remonte ' .

Ah! je m'en moque pas mal; tout ça ne m'empêchera pas de réussir, d'avoir des succès, et après, de me passer de tout le monde, des fabricans stupides et des maîtresses coquettes. Allez donc, v'ià mon caractère!

Il est champêtre, il est voluptueux, votre caractère !

LE RÉGISSEUR, qiu regarde dans la coulisse, à Antoine.

Eh bien, à quoi songez-vous donc? vous allez manquer votre entrée.

ANTOINE *

3Iun entrée! ah! c'est vrai, je n'y étais plus...

la fureur, la jalousie... Mon entrée! qu'est-ce

que j'ai donc à dire ? [Il cherche à se rappeler.)

« Mon brave Adhémar, je viens chercher des

armes, j"ai soif de vengeance *' » S'intcrrom-

pant.) Oh! oui, j'ai soif, je donnerais quinze sous d'un verre d'eau. Un verre d'eau, régisseur, un verre d'eau !

LE RÉGISSEUR

Y pensez-vous? c'est à vous... allons!

ANTOINE

Oui, oui. {Il répète.) « Mon brave Adhémar, des armes... » Ah! Charlotte, ce que vous faites là ! vous verrez.

LE RÉGISSEUR, le poussant en scène.

Mais allez donc, malheureux I allez donc !

Antoiue sort ; le re'gisscur rentre dans la coulisse.

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