‹ Pièces de théâtreChapitre 914 sur 1069 · LAURAGUAIS, BRIGITTE · texte numérisé non relu

LAURAGUAIS, BRIGITTE

LâURAGUAIS, l'arrêtant.

Eh ! c'est la charmante Brigitte ! Vous ici , mon cœur! l'innocence et la candeur chez une chanteuse de l'Opéra! c'est du nouveau, d'honneur !

( Il prend des mains de Brigitte le bouquet de roses rouges.) BRIGITTE.

J'apporte des roses à mademoiselle Arnould.

LArRAGCAIS.

En vérité ces dames ont d'heureux privilèges !

Air du menuet d Exaudet.

Ce bouquet. Tant coquet, Me retrace L'ensemble enchanteur et frais De vos piquants attraits , Oii brille tant de grâce !

Sa rougeur De fureur Vient, je gage, De voir son éclat terni , Par ce jeune et joli Visage !

BRIGITTE

Comme c'est galant !

LAURAGUAIS

Je crois bien! c'est le dernier madrigal de Dorât... Ah cà , mon ange, êtes-vous toujours aussi cruelle? ne vouiez-vons pas enfin écouter un ami qui vous donne de bons conseils?

BRIGITTE

Mais, monsieur le comte , vous savez bien que je ne peux pas, puisque je vais me marier avec Magloire.

LAURAGUAIS

Magloire ! qu'est-ce que c'est que ça ?

BRIGITTE

C'est un coureur.

LAURAGUAIS

Comment !

BRIGITTE

Oui ; c'est un petit coureur qui vient d'entrer au service de mademoiselle Arnould ; c'est son filleul. 11 est un peu bête, à ce qu'on dit; mais il doit hériter de son oncle, qui est baigneur-étuviste... Alors...

LAURAGUAIS

Oui... oui, une espèce de laquais, qui vous apporterait en dot le titre de femme de chambre... Non, ma belle, cela ne peut vous convenir; vous n'êtes pas plus faite pour végéter dans une obscure boutique que pour obéir à la sonnette dans une antichambre.

BRIGITTE

Vous croyez?

LAURAGUAIS

Certainement. Regardez autour de vous... ce luxe, cet éclat, cette opulence! vous pouvez avoir tout cela... et mieux que cela ; l'on ne vous demande qu'un peu de bonne volonté; laissez-vous être heureuse !

BRIGITTE

Mais que faut-il faire?

LAURAGUAIS

Eh ! mon Dieu , rien de plus simple ; dites un mot, et je vous présente à Francœur, le surintendant de la musique du roi. Vous êtes jolie , vous chantez à miracle , vous irez aux nvies... à l'Opéra, et il y a en vous de l'étoffe pour ruiner dix fermiers-généraux.

BRIGITTE

Je sais bien... mais ce pauvre Magloire ?...

LAURAGUAIS

Vous faites son bonheur en consentant au vôtre ; je lui fais avoir un emploi dans les aides et gabelles , à cent lieues d'ici... mille livies de gages.

BRIGITTE

Il serait possible!... raille livres à Magloire!...

LAURAGUAIS

Foi de gentilhomme!... Vous consentez à tout , n'est-ce pas ?

BRIGITTE

Mais... monsieur le comte...

LAURAGUAIS

Allons donc...

Air: Un soir dans la forêt voisine ( Amédée Beauplan).

Vous aurez de riclies dentelles Quand vous serez à l'Opéra ; Les étoffes les plus nouvelles , Chevaux, carrosse et cœtera...

BRIGITTE

Quoi! monsieur, j'aurai tout cela?

LAURAGUAIS

Et puis , dans tout Paris , ma chère , De vous bientôt on parlera.

BRIGITTE

Ah ! quel honneur ! . . .

LAURAGUAIS

Je vois déjà A vos pieds une ville entière...

BRIGITTE

Vraiment ! vraiment !

Ah ! c'est bien séduisant !

Même air.

Eh quoi ! j'aurais un équipai»e.

Et je pourrais , heureux destin !

Aller commander de l'ouvrage A mon ennuyeux magasin !

LAURAGUAIS

Ma belle , ce sera divin...

Voyez d'ici ces demoiselles , Que votre splendeur éblouit, Étouffer toutes de dépit!

Maintenant vous régnez sur elles !

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