LAURAGUAIS, BRIGITTE
LâURAGUAIS, l'arrêtant.
Eh ! c'est la charmante Brigitte ! Vous ici , mon cœur! l'innocence et la candeur chez une chanteuse de l'Opéra! c'est du nouveau, d'honneur !
( Il prend des mains de Brigitte le bouquet de roses rouges.) BRIGITTE.
J'apporte des roses à mademoiselle Arnould.
LArRAGCAIS.
En vérité ces dames ont d'heureux privilèges !
Air du menuet d Exaudet.
Ce bouquet. Tant coquet, Me retrace L'ensemble enchanteur et frais De vos piquants attraits , Oii brille tant de grâce !
Sa rougeur De fureur Vient, je gage, De voir son éclat terni , Par ce jeune et joli Visage !
BRIGITTE
Comme c'est galant !
LAURAGUAIS
Je crois bien! c'est le dernier madrigal de Dorât... Ah cà , mon ange, êtes-vous toujours aussi cruelle? ne vouiez-vons pas enfin écouter un ami qui vous donne de bons conseils?
BRIGITTE
Mais, monsieur le comte , vous savez bien que je ne peux pas, puisque je vais me marier avec Magloire.
LAURAGUAIS
Magloire ! qu'est-ce que c'est que ça ?
BRIGITTE
C'est un coureur.
LAURAGUAIS
Comment !
BRIGITTE
Oui ; c'est un petit coureur qui vient d'entrer au service de mademoiselle Arnould ; c'est son filleul. 11 est un peu bête, à ce qu'on dit; mais il doit hériter de son oncle, qui est baigneur-étuviste... Alors...
LAURAGUAIS
Oui... oui, une espèce de laquais, qui vous apporterait en dot le titre de femme de chambre... Non, ma belle, cela ne peut vous convenir; vous n'êtes pas plus faite pour végéter dans une obscure boutique que pour obéir à la sonnette dans une antichambre.
BRIGITTE
Vous croyez?
LAURAGUAIS
Certainement. Regardez autour de vous... ce luxe, cet éclat, cette opulence! vous pouvez avoir tout cela... et mieux que cela ; l'on ne vous demande qu'un peu de bonne volonté; laissez-vous être heureuse !
BRIGITTE
Mais que faut-il faire?
LAURAGUAIS
Eh ! mon Dieu , rien de plus simple ; dites un mot, et je vous présente à Francœur, le surintendant de la musique du roi. Vous êtes jolie , vous chantez à miracle , vous irez aux nvies... à l'Opéra, et il y a en vous de l'étoffe pour ruiner dix fermiers-généraux.
BRIGITTE
Je sais bien... mais ce pauvre Magloire ?...
LAURAGUAIS
Vous faites son bonheur en consentant au vôtre ; je lui fais avoir un emploi dans les aides et gabelles , à cent lieues d'ici... mille livies de gages.
BRIGITTE
Il serait possible!... raille livres à Magloire!...
LAURAGUAIS
Foi de gentilhomme!... Vous consentez à tout , n'est-ce pas ?
BRIGITTE
Mais... monsieur le comte...
LAURAGUAIS
Allons donc...
Air: Un soir dans la forêt voisine ( Amédée Beauplan).
Vous aurez de riclies dentelles Quand vous serez à l'Opéra ; Les étoffes les plus nouvelles , Chevaux, carrosse et cœtera...
BRIGITTE
Quoi! monsieur, j'aurai tout cela?
LAURAGUAIS
Et puis , dans tout Paris , ma chère , De vous bientôt on parlera.
BRIGITTE
Ah ! quel honneur ! . . .
LAURAGUAIS
Je vois déjà A vos pieds une ville entière...
BRIGITTE
Vraiment ! vraiment !
Ah ! c'est bien séduisant !
Même air.
Eh quoi ! j'aurais un équipai»e.
Et je pourrais , heureux destin !
Aller commander de l'ouvrage A mon ennuyeux magasin !
LAURAGUAIS
Ma belle , ce sera divin...
Voyez d'ici ces demoiselles , Que votre splendeur éblouit, Étouffer toutes de dépit!
Maintenant vous régnez sur elles !